Bernard Nicod: «Je suis parti de zéro!»

BILANQue ce soit dans la gérance, le courtage ou la construction, le groupe détient environ 10%des parts du marché vaudois.

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«JE SUIS PARTI DE ZÉRO, comme petit employé de gérance à 1400 francs par mois, derrière un guichet. Dans la vie, on doit partir de zéro. C’est le système américain, le seul valable», déclarait en avril 1982 Bernard Nicod. Une chose est sûre: son «rêve américain», devenir le numéro un vaudois, a été largement atteint. Son ambition était aussi de former un groupe immobilier intégré, allant de la conception d’un plan de quartier en passant par le nettoyage d’un lavabo. Comment expliquer son succès? Sa force de travail - ce fonceur travaille même les week-ends - et son flair légendaire.

J’ai convoqué huit copines et leur ai donné à chacune un appareil téléphonique. Elles ont appelé tout le canton de Vaud jusqu’à ce qu’on trouve un acheteur.

Avant de se mettre à son compte, Bernard Nicod démarre en 1974 comme stagiaire au sein de la régie lausannoise Nafilyan. «Le Dr Ferid Nafilyan était un grand monsieur, un homme très cultivé, qui me considérait comme son fils spirituel.» Constatant la mollesse des ventes, Bernard Nicod demande à son patron de le placer dans ce service. On lui confie un immeuble qui ne se vendait pas depuis deux ans et demi. «J’ai convoqué huit copines et leur ai donné à chacune un appareil téléphonique. Elles ont appelé tout le canton de Vaud jusqu’à ce qu’on trouve un acheteur.» Sous sa férule, les ventes passent alors de 8 à 56 millions par an. Bernard Nicod devient associé avec un tiers des parts de la société. Lorsque le Dr Ferid Nafilyan lui annonce son intention de céder ses parts à son fils, il préfère revendre ses actions et partir.

Quelques mois plus tôt, son premier immeuble construit, abritant six appartements à Belmont, avait été livré avec quatre mois de retard et une augmentation du prix de 15,8%. «Je me suis dit: dans ce métier, il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. J’ai commencé à me dire qu’il me faudrait avoir ma propre structure.» Il quitte la régie Nafilyan en 1977 et s’associe à Julien A. Perret, agent général de la Patria, syndic de Pully et colonel. Il cessait son activité d’agent général et détenait un portefeuille d’immeubles en gérance. Ils s’associent au 1er avril 1977 sous le nom Nicod Perret et démarrent avec 17 immeubles sous gestion. Nombre de ses concurrents lui prédisent une faillite dans les six mois… Il faut dire qu’à l’époque, la région lausannoise compte près de 2500 appartements vides.

En 1979, Bernard Nicod poursuit seul son entreprise. Il parvient notamment à avoir la signature individuelle pour la construction et la vente des 260 appartements de feu Constantin Sfezzo (cofondateur de Matisa en 1945). Dès 1980, il démarre la construction d’un premier immeuble locatif à St-Roch, vendu à une compagnie d’assurances. A ce jour, il a réalisé pas moins de 400 immeubles, y compris des rénovations. Ce fonceur n’hésite pas à bousculer la concurrence. Après six ans à peine, outre l’imposant siège lausannois, son groupe se déploie déjà à Nyon, à Montreux, à Morges et à Vevey. Si l’enfant chéri du promoteur reste le courtage, il n’en délaisse pas pour autant ses deux autres activités: la gérance et la construction.

Le rachat d’Arisa

Pour les dix ans de sa société, le numéro un romand de l’immobilier lance un concours de photographie sur le thème de l’architecture, avec le soutien du journal L’Hebdo. Quelque 450 dossiers sont reçus par un jury de cinq professionnels (dont Charles-Henri Favrod, alors conservateur du Musée de l’Elysée). Le but est de sensibiliser les Romands à l’architecture.

Je prévois la crise de l’immobilier en 1991. La chute va être rapide.

En décembre 1988, Bernard Nicod rachète l’Agence romande immobilière (Arisa). Arisa avait été fondée en 1936, sous la raison sociale Etude Jean Francken. Elle s’est ensuite agrandie pour devenir, en 1960, la Régie Jean Francken. En 1965, elle fusionne avec l’Agence romande immobilière. En 1980, Jean Francken la revend à son principal collaborateur Claude Truan, qui s’associe, en 1983, à LO Holding Lausanne-Ouchy et à la Banque Cantonale Vaudoise. Lors de son rachat par le groupe BN,Arisa employait 36 personnes. Cela lui permet de devenir un des plus gros gérants suisses. Le Groupe Nicod occupe alors 120 personnes.

La crise des années 1990

En décembre 1988, c’est un des rares professionnels romands de l’immobilier à voir venir la crise. Il s’exprime à ce propos notamment dans une interview à l’Agefi Magazine: «Je prévois la crise de l’immobilier en 1991. La chute va être rapide.» Idem dans Coopération (février 1989): «Il va y avoir un moment où, entre la surproduction, l’échelle des salaires, la demande, le taux d’occupation, le prix et le marché économique, ça ne pourra que coincer, bloquer et baisser.» Personne ne le prend au sérieux alors. «Au lieu de commencer à vendre massivement pour diminuer l’endettement du groupe (398 millions de francs en janvier 1989, ndlr), mes banquiers sont venus discuter. Ils ne m’ont pas cru. J’ai perdu du temps. En 1988, j’avais réalisé pour environ 170 millions de francs d’acquisitions de terrains et d’immeubles. Au lieu de suivre mes convictions, j’ai commencé à vendre, mais trop lentement! Pierre Lamunière me disait en septembre 1988: tu n’as rien compris. Fais une IPO (une entrée en bourse, ndlr)! Trois jours plus tard, c’était le grand krach.»

Ce commandant d’infanterie de montagne a néanmoins tenu le choc: «Certains promoteurs ont fui à l’étranger, d’autres sont décédés, d’autres ont jeté l’éponge. Pas moi!» En 1992, le Vaudois affirme au Nouveau Quotidien «qu’il y a beaucoup trop d’amateurs dans la profession. J’exagère à peine quand je dis que la moitié ne sont pas à la hauteur.»

Entre 1990 et 1996, il va perdre entre 9 et 10 millions de francs par année. «L’attitude des banques a été globalement excellente, sauf avec l’UBS Vaud à qui je devais environ 150 millions de francs. Heureusement, j’étais cousin par alliance avec Philippe de Weck (président du conseil d’administration de l’UBS de 1976 à 1980, ndlr).»Un accord de rééchelonnement est trouvé avec le syndicat des banques créancières.

Contre vents et marées, le groupe se développe. Il ouvre le plus grand chantier immobilier de Suisse à Nyon où il construit le quartier les Fontaines, soit, sur une parcelle de près de quatre hectares, 500 appartements, 15'000m² de surfaces commerciales et administratives. Et, en août 1991, il inaugure ses bureaux montheysans. En parallèle à cela, il ne cesse de développer l’activité d’entreprise générale, laquelle réalise environ le tiers du chiffre d’affaires du groupe. C’est elle qui se chargera du vaste chantier du Crédit Foncier Vaudois (140 millions) entre 1991 et 1995, à Lausanne.

Du côté de Genève

Bien que du sang genevois coule dans ses veines, du côté maternel, il lui faudra patienter jusqu’à fin décembre 2000 pour s’y implanter à la faveur de la reprise de la Générale Immobilière. «Après des mois de palabres, j’ai signé avec Christian Aouad, mais c’était trop tard. Des résiliations de mandats de gestion étaient arrivées entre-temps.»Un an plus tard, il s’empare de feu la Régie Julliard, aussi en difficulté.

Au final, son bureau de Genève reste relativement petit, tout en étant rentable. «Je ne veux pas m’épuiser à le développer à n’importe quel prix alors que je peux mettre mon énergie ailleurs.»Voici deux ans, il s’était positionné pour le rachat de la régie Brolliet. Bernard Nicod souhaitait que Laure Brolliet y reste encore trois ans, mais celle-ci ne souhaitait pas s’y attarder plus d’un an. Il a préféré renoncer.

En ce qui concerne ses activités d’entreprise générale, celles-ci n’ont guère connu de ralentissement - citons le Lausanne Business Center à Lausanne, l’ajout d’une nouvelle aile en 1998 au siège du Comité international olympique àVidy, le siège de Nespresso Suisse à Lutry en 2002, le quartier des Sablons à Morges, les Hauts de Saint-Jean près de la gare de Nyon (2004-2006), le nouveau centre administratif de Kudelski à Cheseaux ou encore l’extension du site de l’UEFA à Nyon (réalisé en 435 jours seulement).

Actuellement, un contentieux oppose Bernard Nicod à son rival, le constructeur Avni Orllati, avec lequel il avait travaillé de 2012 à 2015. Un procédure pénale est en cours et l’affaire est sous enquête de la justice vaudoise.


PLONGÉE DANS LES CHIFFRES DU GROUPE
RÉSULTATS Le nombre des collaborateurs directs s’élève à 238, auxquels s’ajoutent un millier de concierges et un millier d’ouvriers actifs en moyenne chaque année sur ses chantiers. L’entreprise générale s’occupe actuellement de 23 chantiers. Le groupe gère un peu plus de 43'000 baux. Parmi ceux-ci, on trouve 2070immeubles à fin 2017, soit un état locatif de 507 millions, permettant l’encaissement de 18,5 millions de francs d’honoraires. Son secteur courtage a réalisé 206 ventes l’an dernier, soit un chiffre d’affaires de 320,8 millions et des honoraires de vente de 9,4 millions. Les impôts et taxes payés en 2017 s’élèvent à environ 33,8 millions de francs (y compris ceux versés par les collaborateurs). Le chiffre d’affaires réalisé avec les sous-traitants s’est élevé à près de 160 millions de francs l’an dernier.

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Créé: 04.09.2018, 09h58

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Il y a 40 ans, Bernard Nicod démarrait de zéro.

Il y a 40 ans, Bernard Nicod démarrait de zéro. Que ce soit dans la gérance, le courtage ou la construction, le groupe détient environ 10% des parts du marché vaudois.

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