Berne résiste à la tentation américaine sur les taux

EconomieLa Banque nationale ne relève toujours pas le niveau des taux d’intérêt. A l’inverse des Etats-Unis. La raison? Le franc surévalué.

Le président de la BNS, Thomas Jordan, lors de son allocution sous l’œil attentif de son vice-président, Fritz Zurbrügg.

Le président de la BNS, Thomas Jordan, lors de son allocution sous l’œil attentif de son vice-président, Fritz Zurbrügg. Image: Reuters

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«Le taux d’intérêt appliqué aux avoirs à vue détenus à la BNS demeure fixé à –0,75% et la marge de fluctuation du Libor à trois mois entre –1,25% et –0,25%.» Cet extrait du discours tenu jeudi à Berne par Thomas Jordan, président de la Banque nationale suisse (BNS), était très attendu. Notamment par les institutions de prévoyance qui sont de plus en plus affectées par les taux négatifs instaurés depuis plus de deux ans. D’après une récente étude de Swisscanto, 58% des caisses de pension interrogées ont en effet confirmé avoir vu leurs résultats atteints en 2016 par de tels taux (contre 55% un an plus tôt).

Ces atermoiements ne semblent toutefois pas de taille à lutter contre les dangers qui planent toujours sur l’économie suisse, à en croire la Banque centrale. «Faible inflation, capacité industrielle sous-exploitée, franc trop fort», la liste de risques établie par les experts de la BNS ne change pas au fil des trimestres et permet de justifier le maintien d’une politique ultra-accommodante dans une période ou d’autres suivent pourtant un chemin inverse.

Aux Etats-Unis par exemple, la Banque centrale vient une nouvelle fois d’augmenter le loyer de l’argent en montant, mercredi, ses taux d’un quart de point de pourcentage. Après avoir inondé les marchés de dollars, la Réserve fédérale – la «Fed» pour les initiés – serait même prête à réduire son bilan, en cessant notamment de racheter des bons du Trésor américain. «Nous pourrions mettre cela en œuvre relativement tôt», a déclaré sa présidente, Janet Yellen.

Franc toujours surévalué

Jugeant le franc toujours autant surévalué, la BNS prend le chemin inverse. Pour réduire la pression sur la monnaie helvétique, elle confirme qu’en plus des taux négatifs, elle continuera à intervenir sur le marché des changes et donc à augmenter son bilan. Et si cela venait à s’avérer nécessaire, Thomas Jordan n’écarte pas l’option de passer par de nouvelles baisses de taux.

L’espoir d’une évolution conjoncturelle favorable en Europe permet toutefois de remettre en perspective cette stratégie. «Les volumes achetés diminueront si le processus de stabilisation politique se poursuit sur le Vieux-Continent», prédisent les analystes de Credit Suisse, dans une note.

Or les conclusions, tirées d’entretiens menés par la BNS au sein du tissu entrepreneurial suisse, laissent présager une dynamique conjoncturelle favorable. «Les indicateurs économiques disponibles montrent que l’économie suisse se trouve sur la voie de la reprise», estime le patron de la BNS. L’institution table d’ailleurs toujours sur une croissance de 1,7% en 2017.

Tour de vis sur les banques

A l’occasion de cette dernière rencontre avec les médias avant la pause estivale, la direction de la Banque nationale est également revenue sur la problématique des banques et de «la réglementation too big to fail».

Concernant les deux grandes banques – Credit Suisse et UBS – la BNS a salué leur respect des exigences en matière de fonds propres. Par contre, elle estime que des améliorations sont encore à faire au niveau du ratio de levier et cela afin d’être mieux préparée à une éventuelle faillite. «D’ici à la fin de 2019, les grandes banques devront être en mesure de prouver qu’elles pourront, en cas de menace d’insolvabilité, continuer à exercer sans interruption leurs fonctions d’importance systémique en Suisse», estime le vice-président de la BNS, Fritz Zurbrügg.

Ce dernier saluait toutefois certaines avancées, comme la création de leur filiale suisse. En regroupant les fonctions d’importance systémique, notamment les opérations de dépôts et de crédits en Suisse, la Banque nationale estime que cela devrait mettre à l’abri les activités essentielles à l’économie du pays.

Sans faire plus de commentaires, Credit Suisse s’est contentée jeudi «de saluer le fait que la BNS ait reconnu ses efforts pour renforcer sa capitalisation, y compris sa toute récente augmentation de capital».

(24 heures)

Créé: 16.06.2017, 07h11

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