Berne veut encadrer la finance électronique mais pas trop

RéglementationLe Conseil fédéral se penche sur la finance électronique et plus précisément les «Dark Pool» et les transactions à haute fréquence avec sa future loi sur l'infrastructure des marchés financiers (LIMF). Mais pas question d'être trop contraignant.

Le procuteur de New York Eric Schneiderman a publié des discussions internes de Barclays, suspectée de frande avec son dark pool.

Le procuteur de New York Eric Schneiderman a publié des discussions internes de Barclays, suspectée de frande avec son dark pool. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le Conseil fédéral a approuvé mercredi 3 septembre le message relatif à la future loi sur l'infrastructure des marchés financiers (LIMF). Petite nouveauté par rapport à la consultation démarrée à la mi-décembre: le message contient désormais des références aux «Dark pools» et aux transactions à haute fréquence.

QU'EST-CE QU'UN «DARK POOL»? Il s'agit d'une système d'échange alternatif de titres de gré à gré exploité par une banque ou une bourse. Ses clients sont anonymes et ne sont pas soumis aux réglementations des bourses officielles. Ce sont souvent de gros volumes qui y sont traités, d'autant que la liquidité (disponibilité des actions) y est meilleure et les prix n'ont pas besoin d'être affichés.

QUELS SONT LES AVANTAGES? Les clients sont anonymes donc cela évite les spéculations autour des vendeurs et des acheteurs ainsi que les fortes variations de cours qu'entraînent la vente ou l'achat de gros paquets de titres. Seules les positions en fin de séance doivent être rendues publiques.

QUE SONT LES TRANSACTIONS A HAUTE FRÉQUENCES ? Le High Frequency Trading (HFT) regroupe des algorithmes qui permettent l'exécution à très grande vitesse de transactions financières. Ces opérations se font désormais en microsecondes afin d'exploiter les moindres variations des cours. Cette pratique gagne chaque année du terrain et elle domine déjà aux États-Unis.

EST-CE QUE CELA COMPORTE DES DANGERS? Tout d'abord, le HFT rend plus difficile la transparence des transactions et offre plus de possibilités dans la manipulation des marchés. Ensuite, le HFT a déjà provoqué des sueurs froides à plusieurs reprises.

COMMENT CELA ? Le 6 mai 2010, l'indice Dow Jones (DJIA) perd près de 1000 points, soit 10% de sa valeur en 10 minutes, avant de remonter tout aussi brutalement. L'enquête a démontré que les algorithmes ont déclenché une vague massive de ventes après la cession inattendue d'un important montant de valeurs.
Et au début août 2012, les algorithmes de Knight Capital sèment la pagaille à Wall Street en envoyant des milliers d’ordres erronés. La société a été condamnée à régler la facture de nombreuses transactions ayant impacté 140 titres soit 440 millions de dollars au total.
Actuellement, l'Etat de New York poursuit la banque Barclays, accusée d'avoir ouvert la porte de son «Dark Pool», dénommé LX, aux traders de haute fréquence, leur donnant l’avantage de connaître le détails des ordres «Dark Pool» et d'y gagner de l’argent sur le dos des ordres classiques.

QUEL RAPPORT AVEC LA SUISSE? D'un côté les grandes banques suisses UBS et le Credit Suisse exploitent leur propre «Dark pool» où s'échange chaque semaine un demi-milliards de titres. Crossfinder, le «Dark Pook» du Credit Suisse, est même le plus grand du pays. Les autorités américaines leur ont ainsi demandé des informations dans le cadre d'une enquête qui englobe une trentaine d'établissements.
Ensuite, le Conseil fédéral affirme qu'il veut encadrer ces pratiques en fixant le temps minimum de transaction ou en attribuant des licences aux opérateurs.

TOUT EST POUR LE MIEUX ALORS ? Pas vraiment hélas, car le Conseil fédéral n'évoque qu'un système organisé de transactions, faisant craindre qu'il a pris le parti de l'autorégulation à l'image de la Financial Industry Regulatory Authority (FINRA) aux Etats-Unis, qui est une organisation privée chargée de l'autorégulation des transactions à la Bourse de New York.
Le Département Fédéral des Finances (DFF) d'Eveline Widmer-Schlumpf a en effet expliqué au Tages-Anzeiger que «la compétence du Conseil fédéral pour la réglementation des transactions à haute fréquence ne doit pas être explicitement mentionnée».

LE CONSEIL FÉDÉRAL N'EST-IL PAS TROP FRILEUX? Il doit trouver une voie entre réglementation adaptée et sur-réglementation qui étoufferait ces activités, comme le redoutait Rico von Wyss, professeur de finances à Saint-Gall. Mais il ne pourra laisser cette question en suspens. Car si le Parlement doit se prononcer sur LIMF en 2015, les dark pools existent déjà en Suisse, sous forme de Multilateral Trading Facility (MTF) par exemple.
Même SIX, la société qui gère la Bourse suisse, a conclu un accord avec Liquidnet pour créer SLS, une plateforme de liquidité anonyme SLS1) vous permet d'exécuter efficacement des transactions portant sur des blocs de titres importants.

Créé: 05.09.2014, 17h44

Articles en relation

La FINMA appelle les banques à davantage d'auto-discipline

Economie Mark Branson, le nouveau directeur de la FINMA demande aux banques de faire preuve d'une plus grande attention dans la gestion des risques. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.