La BNS défend les mesures de restrictions du marché

ImmobilierFace aux pros de l’immobilier, Jean-Pierre Danthine, le vice-président, explique la méthode impressionniste.

Le vice-président de la Direction générale de la BNS, 
Jean-Pierre Danthine. 


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Le vice-président de la Direction générale de la BNS, Jean-Pierre Danthine. Photo: 24Heures

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«Les indicateurs montrent un atterrissage en douceur dans le marché immobilier. Mais la prudence reste de mise.» Face à quelques centaines de professionnels de l’immobilier, secteur parmi les plus remontés face aux nouvelles contraintes réglementaires et aux mesures de politique monétaire, le vice-président de la Direction générale de la Banque nationale suisse (BNS), Jean-Pierre Danthine, s’est évertué hier à Lausanne à démontrer, graphiques à l’appui, la bienfacture de sa stratégie.

Invité pour la seconde fois en deux ans au même événement, l’ancien professeur HEC à Lausanne – qui prendra sa retraite à la fin de juin et deviendra, notamment, professeur invité à l’Université de Columbia (New York) – a répété sa devise de «prudence» pour justifier les diverses mesures introduites afin de freiner le marché.

Un principe de précaution qui peut sembler dépassé quand on est actif dans les milieux immobiliers de l’arc lémanique. Car, dans cette région, toujours marquée par une hausse démographique, le ralentissement est bel et bien une réalité. Peu de monde craint désormais les risques d’un éclatement de la «bulle immobilière».

Moins de croissance

Jean-Pierre Danthine veut bien l’admettre. «On décélère, les taux de croissance faiblissent.» Mais il observe toutefois, à l’échelle du pays, que le marché ne diminue pas. Le volume des nouveaux crédits hypothécaires reste au-dessus de 30 milliards de francs annuellement.

L’augmentation est plus modérée certes, mais toujours supérieure à celle du PIB. Ceci malgré cinq paquets de mesures adoptés depuis l’été 2012, le Conseil fédéral introduisant alors les mesures préconisées par l’Association suisse des banquiers de limiter le recours au 2e pilier pour les fonds propres à 10% de la valeur du bien.

«On peut croire à des mesures discriminatoires pour le marché immobilier, commente le vice-président de la BNS. Non, c’est une approche impressionniste, à petites touches. On ne reproche jamais à un impressionniste de mettre trop de coups de pinceaux quand il peint.»

Instruments tenus à l’œil

En tant que responsable de la stabilité financière au sein de la BNS, Jean-Pierre Danthine tient à l’œil les instruments d’alerte des risques systémiques au plan mondial. Même chose à l’échelle nationale: «des risques subsistent», assure-t-il. Certes, la part de la construction au PIB se stabilise (entre 8,6 et 9,1% depuis 2000, le maximum étant atteint en 2012), mais les prix de l’immobilier continuent d’être très dynamiques dans nombre de régions suisses.

Bien qu’ils se calment nettement dans la région lausannoise et zurichoise pour les maisons familiales, et à Genève pour les appartements, où «il y a un clair recul». Mais le responsable de la BNS rappelait que dans ce dernier canton, les prix y avaient triplé depuis 2000. Autre crainte de «l’impressionniste monétaire»: «Les banques ont toujours une propension élevée à prendre des risques dans le domaine des prêts hypothécaires.» Or, les incertitudes pour l’environnement économique se sont sensiblement accentuées en Suisse… depuis la fin du taux plancher.

«Douche froide» sur l’économie suisse

Huit ans après la pire crise financière, deux chiffres suscitent des interrogations: 56% de l’économie mondiale est soutenue par des taux zéro, 52% des obligations étatiques offrent moins de 1% de rendement.

René-Pierre Giavina, stratégiste financier à la BCV, les a mis en évidence hier à Lausanne pour bien faire comprendre le caractère exceptionnel de la situation actuelle. Ils sont la démonstration d’une politique des banques centrales extrêmement accommodantes afin de relancer les économies dans le monde.

Or, malgré une croissance du PIB positive – bien que modérée – beaucoup d’incertitudes demeurent pour ces prochains mois, selon l’économiste de la BCV. Les indicateurs aux Etats-Unis et en Europe – si on oublie un peu la Grèce – sont au vert, mais la Chine est toujours en phase d’atterrissage en douceur. Le scénario actuel n’est pas exempt de risques, une baisse incontrôlée des prix fait toujours question.

La Suisse, elle, doit se remettre après la «douche froide» de la BNS, selon les termes de René-Pierre Giavina. L’économie stagne et le coup de frein devrait se répercuter sur la progression du PIB en 2015. Une dégradation de l’emploi paraît inévitable, selon lui. La question est de savoir à quel niveau, et si les salaires seront touchés. Le paradoxe, nouveau, est que la croissance de notre pays risque d’être inférieure à celle de la zone euro! (24 heures)

Créé: 29.04.2015, 06h57

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