Sans bruit, JP Morgan a doublé de taille en Suisse

BanquesLa discrète banque américaine emploie un millier de salariés contre 500 en 2001. En dépit des années de crise bancaire entre Berne et Washington.

Matteo GIANINI, directeur de J.P. Morgan Suisse.

Matteo GIANINI, directeur de J.P. Morgan Suisse. Image: Lucien Fortunati

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Chut, ne le dites à personne. Présente depuis 1964 à Genève, une banque américaine continue d’y faire de la gestion de fortune et emploie plus d’un millier de personnes en Suisse. En toute discrétion. Et en dépit d’années de tensions diplomatico-judiciaires entre les États-Unis et la Confédération.

Les affaires marchent plutôt bien. «L’an dernier, notre seule clientèle suisse nous a confié 15% de fonds supplémentaires. Nos recettes ont augmenté de 17%», explique, dans un rare entretien, Matteo Gianini, directeur général de JP Morgan (Suisse) SA en charge de la clientèle fortunée installée en Suisse.

Rien à moins de 10 millions

Ce dernier ne souhaite pas dévoiler le montant que représente l’ensemble des patrimoines dont l’antenne helvétique de la banque new-yorkaise a la responsabilité. Quid du chiffre de 80 milliards de francs qui a, un temps, circulé? Le banquier ne dément pas l’ordre de grandeur. Mais rappelle qu’environ la moitié des actifs confiés à la banque reflètent des activités de dépôt pour le compte d’autres institutions financières.

Ce qui équivaudrait donc à 40 milliards de francs de fortunes amenées par des particuliers privés. Selon le banquier, les actifs dont ses équipes ont la responsabilité proviennent, dans des proportions «équilibrées», de Suisse mais aussi du Moyen-Orient et d’Amérique latine – régions traditionnelles d’activité des banques américaines.

À titre de comparaison, une banque genevoise comme Mirabaud gère des fortunes totalisant 25 milliards de francs. Autre point de repère, historique: JP Morgan veillait sur 17 milliards d’actifs en Suisse en 2001, année de sa fusion avec la Chase Manhattan. L’antenne helvétique de cette dernière se voyait de son côté confier 11 milliards par ses clients.

Ces deux établissements employaient alors, à eux deux, environ 400 employés à Genève. L’ensemble réuni sous le nom JP Morgan y compte aujourd’hui plus de 900 collaborateurs. Cachée dans les étages du centre commercial Confédération Centre – et dans un bâtiment anonyme derrière les voies ferrées – la banque emploie pratiquement autant de monde à Genève que BNP Paribas.

Zurich, terre promise

Un plan pour partir à l’assaut des richissimes familles et entrepreneurs installés en Suisse avait été mis en place il y a deux ans, lors de l’arrivée de Matteo Gianini, ex-responsable de la gestion de fortune chez Deutsche Bank.

Priorité au gros gibier. La discussion n’est engagée qu’avec des clients à même d’amener 10 millions lors de l’ouverture d’un compte. Retour en 2001. La barre était déjà fixée à 10 millions par le responsable local de JP Morgan de l’époque, qui indiquait au «Temps» «que [sa] banque continuera [it] à cibler la clientèle la plus riche», après la fusion. Tout change, rien ne change.

Désormais, JP Morgan cible la Suisse alémanique, «où sont installés les deux tiers des fortunes suisses», souligne Matteo Gianini. Il va lui falloir embaucher à Zurich, où son équipe est constituée d’une dizaine de chargés de clientèle – le quart de ceux actifs à Genève. «Nous n’hésitons pas à recruter dans les salons d’étudiants, afin de former nos jeunes collaborateurs au style maison», précise cet ancien de Lombard Odier.

Cachez ces origines?

On en oublierait presque que JP Morgan rime avec États-Unis. Ce qui, en ces temps de paranoïa de contrôle des données essaimées sur Internet par Washington – et après des années de traque judiciaire des contribuables américains en Suisse – paraît dissuasif. Alors, un handicap, cette américanité? «Absolument pas», s’offusque le directeur du marché suisse pour la banque privée, qui dit «n’avoir jamais ressenti une méfiance ambiante de ce type» de la part de ses clients.

Selon lui, ces derniers reconnaissent les services qu’apporte «la force d’une banque internationale, avec ce que cela signifie de produits d’investissement ultraperformants et à même de répondre à des besoins sophistiqués». Matteo Gianini réfute également les soupçons de voir la clientèle locale rabattue vers les États-Unis. «Nous sommes des banquiers suisses et notre volonté reste de renforcer la place financière; nous disons simplement à nos clients que s’ils veulent une banque pour la partie de leurs investissements en dollars, nous voulons être leur premier choix».

Transfert pour travaux

La banque dispose d’un atout par rapport à ses concurrentes historiques de la Cité de Calvin: elle débloque des crédits – pour de l’immobilier, un yacht ou un jet. «Les clients avec lesquels on «engage» sont des clients qui s’ouvrent à nous, en retour nous leur donnons accès au bilan de la banque», résume, en termes choisis, le banquier d’origine tessinoise. Et cela ne gâche rien d’être l’un des piliers de la banque d’affaires à Wall Street lorsque l’on discute avec les propriétaires d’une entreprise.

Les rénovations qui attendent le complexe de Confédération Centre vont forcer JP Morgan à déplacer son QG genevois en fin d’année. «On commence à visiter des alternatives, l’important sera de rester au cœur de la ville», confirme le responsable. Le gros des troupes restera cependant campé dans l’immeuble du quartier de Montbrillant, qui rassemble l’informatique et les équipes de support.

Créé: 01.05.2018, 21h46

Princes et émirs

Pas de fuite de l’argent du Moyen-Orient

L’argent saoudien s’est-il évaporé de Genève après les purges dans le royaume? S’il ne gère pas cette richissime clientèle, Matteo Gianini réfute toutefois tout retrait massif de Suisse, l’an dernier, des avoirs moyen-orientaux. Et il note que «ce marché a, au contraire, continué de croître» pour la filiale helvétique de JP Morgan.
Cet argent venu d’Orient peut s’avérer risqué. Quatre mois après que l’Autorité de surveillance du secteur, la FINMA, eut sévèrement épinglé les manquements de JP Morgan (Suisse) SA dans le contrôle de l’argent issu du scandale «1MDB» ayant éclaboussé la Malaisie il y a quelques années, le responsable de la banque évoque des faits «d’une autre époque». Rappelant qu’il n’était «pas alors en poste», Matteo Gianini répète que, entre-temps, JP Morgan a «augmenté ses effectifs, revu et amélioré ses processus et renforcé son activité de surveillance».
P-A.SA.

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