«C’est l’entreprise qui crée l’emploi, pas l’État»

Chroniques de Macronie 4/5Alain Marion dirige une société de 2500 personnes et il votait à droite. Mais à ses yeux, Emmanuel Macron a presque toujours raison, même si cela dessert ses propres intérêts.

Entrepreneur heureux. Pour Alain Marion, le président a brisé certains tabous: «Il a su amener le rôle de l’entreprise dans le débat politique.»

Entrepreneur heureux. Pour Alain Marion, le président a brisé certains tabous: «Il a su amener le rôle de l’entreprise dans le débat politique.» Image: Lucien Fortunati

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Une des supériorités incontestables de la France reste l’art du «déjeuner». Contrairement à la Suisse, où l’idée de prendre un repas de midi fait de vous au mieux un hédoniste suspect, au pire un saboteur de productivité, ici, l’art de la table perdure. C’est donc avec chaleur qu’Alain Marion propose de quitter ses bureaux pour «un petit restaurant gastronomique»… Président du directoire du groupe Herige, l’homme pèse 550 millions de chiffre d’affaires, en euros, et dirige 2500 collaborateurs actifs dans la distribution de matériaux de construction, la menuiserie et la production de béton. On est au cœur de la Vendée, pas loin de Nantes, dans un petit village adossé à l’immense siège du groupe.

On prend la route. En Auvergnat généreux, Alain Marion décrit avec admiration le caractère du Vendéen, loyal, fiable, dédié à l’entreprise. Soudain, il s’exclame: «Regardez! Ici, c’est un territoire extraordinaire…» Et il désigne l’impressionnant centre de production de la Laiterie de Montaigu, «qui exporte à l’international», et la non moins massive usine Sodebo, où se produisent des plats cuisinés. «Il y a quarante-cinq ans, c’était une charcuterie. Le propriétaire, M. Bougro, en a fait le leader de son secteur en France. C’est pas pour rien que j’ai fait un détour, je voulais vous les montrer.»

«La table habituelle»

Pas de doute, Alain Marion vénère ce qu’il appelle «les belles entreprises», surtout quand elles sont familiales comme le groupe Herige, qui l’emploie depuis trente ans. Il en a 63.

Mais on arrive au joli village de Montaigu. Sur le trottoir, il tape des dalles du pied – «Ça, par exemple, c’est des produits qu’on a»; au restaurant, la serveuse nous dirige à «la table habituelle».

Pour qui a-t-il voté à la présidentielle, l’an passé? «François Fillon au premier tour, par fidélité envers ma famille politique, mais Macron au deuxième. Et je ne regrette pas mon vote, non, je n’ai aucun regret!» Et il énumère, point par point, les réformes positives. Le plafonnement des indemnités prud’homales: «Ça simplifiera les procédures.» La baisse des cotisations sociales pour les salariés: «C’est -0,5% actuellement, mais l’an prochain, ce sera -1,45% de cotisations. Ça leur redonnera du pouvoir d’achat.» La formation continue: «L’argent aujourd’hui va à une multitude d’organismes, alors que désormais il ira sur le compte des employés, qui pourront mieux s’impliquer.» Le prélèvement à la source: «Ça reporte une partie des frais sur les entreprises, mais si cela permet de faire baisser le coût de la fonction publique, c’est une bonne chose…»

Macron, lui, l’économie est son axe, et cela me semble la bonne formule pour ce pays

Dans le débat sur l’inégalité de statut entre les salariés, avec les contrats de travail à durée indéterminée (CDI, favorisés par Macron) et ceux à durée déterminée, donc plus fragiles pour l’employé (CDD), Alain Marion ne tranche pas: «Je ne crois pas que cela va changer grand-chose.» Dans son entreprise, 95% des employés ont un CDI, sensiblement plus que la moyenne nationale (86%).

«Trop pour les villes»

Au demeurant, tout n’est pas bon chez Macron! Plusieurs baisses de subventions – comme le prêt à taux zéro pour les jeunes couples ou la suppression des subsides pour fenêtres isolantes – vont affecter directement la construction et Alain Marion craint une sérieuse baisse d’activité, surtout dans les zones rurales. «Il travaille trop pour les villes, je trouve que les zones rurales sont les oubliées de ses réformes.» Pourtant, même s’il attend une baisse de son chiffre d’affaires, Alain Marion soutient la démarche: «Sur le fond, ils ont raison, lâche-t-il, il faut faire des économies! Disons que j’aurais préféré une feuille de route concertée et un peu plus de temps…»

«Il a décoincé les esprits»

Le poulpe en entrée était délicieux, sans parler du lieu cuit vapeur au jus de livèche… On arrive au dessert. Alain Marion se redresse sur sa chaise. «L’apport décisif d’Emmanuel Macron, c’est d’avoir osé affirmer que ce sont les entreprises qui créent les emplois. Avant, on pensait que l’État est aussi créateur d’emploi, alors qu’en fait, toutes les contributions à l’État ne font que réduire l’emploi. Ça, Macron l’a amené dans le débat, il a décoincé les esprits…»

On reprend la voiture, on retourne au siège de l’entreprise. À propos, lui qui avait voté François Fillon l’an dernier par fidélité à la droite, que pense-t-il de Laurent Wauquiez, le nouveau président des Républicains? Long silence… «Wauquiez… je sens en lui un politique, mais pas quelqu’un de centré sur l’économie. Macron, lui, l’économie est son axe, et cela me semble la bonne formule pour ce pays.»

On fait quelques pas, il aperçoit sur le côté des parpaings de béton. Tout fier, il tend la main et s’exclame: «Regardez, ça aussi, c’est nous qui le fabriquons!»

«La réforme de Macron renforce le dialogue social»

Gilbert Cette, professeur d’économie à l’Université d’Aix-Marseille

En termes de création d’emplois, la France va-t-elle mieux qu’il y a dix-huit mois?

Depuis le début de 2017, donc avant l’arrivée de M. Macron, les créations d’emplois sont très fortes. Et si cela s’est atténué cette année, le niveau reste élevé, avec plus de 200 000 emplois créés par an. C’est dû pour l’essentiel à la croissance mondiale, mais les réformes Macron vont permettre de consolider ce mouvement.

M. Macron voulait restreindre les contrats de travail à durée limitée (CDD). A-t-il réussi?

En réalité, la France est dans la moyenne quant au nombre de CDD, mais le problème, c’est qu’ils sont plus souvent qu’ailleurs de très courte durée. Il y a un recours très élevé à la courte durée. La réforme du chômage en discussion au parlement devrait inciter les entreprises – mais aussi les chômeurs – à moins mobiliser les contrats courts.

Les baisses fiscales qui ont été accordées, est-ce un cadeau aux riches ou à la France?

Très clairement, c’est un cadeau à la France. La fiscalité du capital était excessivement lourde et atypique par rapport aux autres pays, ce qui constituait une désincitation à l’investissement. Les mesures qui ont été prises ne font que rapprocher la France de la moyenne internationale. Cela dit, c’est une réforme lourde, forte, et qui déploiera des effets.

Le dialogue social entre employeurs et syndicats est-il vraiment encouragé ou rendu plus difficile?

Bien sûr que la réforme Macron renforce le dialogue social. Elle fait passer dans certaines limites les accords collectifs avant le Code du travail, qui ne s’applique alors qu’en leur absence. Les syndicats seront acteurs de ce dialogue, et le paradoxe est que certains d’entre eux, comme la CGT, refusent de prendre ce rôle. D’autres syndicats, comme la CFDT, sont beaucoup plus ouverts à prendre cette responsabilité. (24 heures)

Créé: 07.08.2018, 19h59

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