Caméras de bord: dépassez, vous êtes filmés

AutomobileLes ventes mondiales de caméras embarquées explosent de 10% par an. Leur utilisation devant la police reste cependant très circonscrite. Un sondage montre que les Suisses y sont favorables.

Fin 2017, pour la première fois, un automobiliste a été condamné par le Tribunal fédéral, sur la base d’une vidéo captée par une caméra embarquée.

Fin 2017, pour la première fois, un automobiliste a été condamné par le Tribunal fédéral, sur la base d’une vidéo captée par une caméra embarquée. Image: Keystone

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Une voiture se traîne sur la voie de gauche. Appels de phares d’un autre conducteur qui la «colle». Puis finit, excédé, par doubler par la droite avant de se rabattre et rouler quelques mètres devant, histoire de lui donner une leçon. De tels accès de rage ne sont pas rares sur les autoroutes.

Jusque-là vite oubliées, ces infractions ont désormais des chances d’être immortalisées. Et de conduire les guérilleros de la voie de gauche devant la justice. Après des années de flou, la justice zurichoise a validé comme preuve, en avril, une vidéo fournie par un automobiliste brusqué.

Des décisions appelées à se répéter, alors que les caméras embarquées se popularisent. Surveillance des accidents de stationnement, vols d’objets dans le véhicule… À une époque où tout le monde se filme en permanence, nombreux sont ceux qui pensent y trouver une protection. Selon un sondage réalisé en Suisse par Comparis en juillet, 70% des personnes interrogées estiment que ces «dashcams» contribuent fortement à l’élucidation d’accidents.

Marché en pleine explosion

«Les dashcams connaissent une croissance phénoménale – leurs ventes annuelles totalisent 23 milliards de dollars au niveau mondial et on parle d’une augmentation de plus de 10% chaque année jusqu’en 2023», remarque John Plassard, consultant Mirabaud auprès de Cambridge Securities. Une croissance aujourd’hui tirée par la Chine, le Japon, la Corée ou l’Australie, après la large diffusion de ces appareils en Russie. Alors que les États-Unis restent à la traîne – moins de 250 000 pièces y ont été écoulées l’an dernier – le Vieux-Continent se convertit à la surveillance généralisée.

L’institut GfK estimait les ventes en Europe à 2 millions de pièces en 2016. Aux côtés des géants du secteur comme Garmin, Delphi, HP ou Philips, une foule de plus petits fabricants – comme Blackvue, Toguard, Dod Roadeyescams ou Magellan – se sont lancés sur le créneau. En Suisse, le nombre de caméras de bord «ne cesse d’augmenter, du fait que de plus en plus de nouveaux véhicules en sont équipés», estime le Touring Club (TCS), sans disposer de chiffres précis sur cette diffusion.

«La fourniture de telles vidéos reste un phénomène rare»

L’espoir des fabricants reste que les enregistrements de ces boîtes noires acquièrent force de preuve devant la justice. Et que les compagnies d’assurances proposent des rabais de primes à ceux qui en sont équipés, à l’exemple du Royaume-Uni, où les ventes ont explosé de 600% entre 2016 et 2017.

Et en Suisse? «Nous n’avons pas suffisamment de recul pour émettre de recommandation sur leur adoption», indique-t-on au sein de Vaudoise Assurances. De l’aveu de la compagnie, la mise en avant de telles vidéos par les victimes d’un accident reste «un phénomène rare».

La dashcam face à la justice

Sur le front juridique, la situation s’éclaircit. Depuis l’apparition des caméras de bord en 2013, le préposé fédéral à la protection des données «déconseille fortement l’utilisation dans l’espace public» de ces images prises à l’insu des automobilistes. Même l’argument, «compréhensible», de la collecte de preuves en cas d’accident, «ne permet pas de justifier une infraction à la protection de la personnalité».

«C’est le rôle des forces de l’ordre de constater les infractions»

Résultat, la justice du canton de Schwytz a rejeté ces enregistrements en 2017 encore. Le virage est intervenu en fin d’année, avec la condamnation d’un automobiliste par le Tribunal fédéral, sur la base de telles vidéos. Au printemps, la justice zurichoise s’est engouffrée dans la brèche en utilisant également ces enregistrements pour rendre un verdict. Une évolution également à l’œuvre en Allemagne cette année.

De son côté, le TCS ne voit pas d’un bon œil les «justiciers» qui utilisent leurs enregistrements pour dénoncer d’autres usagers de la route, souvent pour des infractions de moindre importance. «C’est le rôle des forces de l’ordre de constater les infractions», rappelle l’association des automobilistes, qui exprime «le besoin urgent de lignes directrices claires».

La bulle des GPS et des GoPro

Cet engouement permet à peine aux fabricants de GPS de souffler. Car leurs ventes sont menacées par l’installation d’origine de leurs appareils sur les nouveaux véhicules – dont la plupart, même d’entrée de gamme, sont déjà dotés d’un GPS. Le géant allemand Garmin dit ainsi enregistrer des ventes de «navigateurs personnels» inférieures de près de 20% à il y a un an. Et admet que le marché est «saturé».

John Plassard, l’analyste de Mirabaud, rappelle de son côté le boom des caméras de type GoPro il y a quelques années, «une bulle qui s’est rapidement dégonflée et qui a forcé les acteurs du secteur à trouver d’autres relais de croissance, notamment les drones». Pour les dash­cams aussi, le répit pourrait être de courte durée. Car les batteries de caméras montées d’origine sur les voitures – pour leur donner une vision à 360° – commencent, elles aussi, à tout garder en mémoire.

Créé: 20.08.2018, 12h23

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La Russie, là où tout a commencé

C’est une pluie de météorites en 2013, du côté de Tcheliabinsk, qui a définitivement fait de la Russie le pays de la dashcam. Un spectacle imprévisible, personne n’attendait à son balcon, smartphone en main.

Les images étaient pourtant là, nettes, sans zooms saccadés de vidéos d’amateurs. Un astre aveuglant tombant du ciel, au-dessus d’une avenue anonyme. La fin du monde, immortalisée par des caméras tournant en continu derrière les pare-brise.

Les Russes ne cherchent pas à filmer le ciel. Mais à disposer de preuves – même si elles n’ont pas de valeur légale –, en particulier contre ceux voulant les mettre en cause dans de faux accidents. À l’époque, il se vendait déjà près de deux millions de ces minicaméras par an en Russie, autant que dans toute l’Europe aujourd’hui.

Un reportage de l’agence AFP relatait alors un autre aspect de cet engouement. Face à l’arbitraire policier, il n’y a souvent que deux solutions pour contester une infraction routière. Le billet glissé dans la main. Ou le visionnage de la vidéo.

P.-A.SA.

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