Pour les chaînes payantes, l’atout sportif est menacé

TélévisionL’entrée en force des opérateurs sur le marché du sport télévisé fait fondre les marges des groupes de médias.

En France, SFR vient de piquer à Canal+ et BeIN Sports, les droits sur la Ligue des champions.

En France, SFR vient de piquer à Canal+ et BeIN Sports, les droits sur la Ligue des champions. Image: Eric Gaillard

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Canal+ et BeIN Sports en France, Sky en Grande-Bretagne ou encore ESPN aux Etats-Unis, les groupes de médias, spécialisés ou non dans le sport, souffrent non seulement face à l’explosion des droits de retransmission des programmes sportifs, mais aussi face à l’entrée en force des gros opérateurs sur ce marché.

Alerte rouge sur ESPN

Pour la troisième fois en quatre ans, ESPN, ce géant américain spécialisé dans les chaînes sportives payantes, annonçait au printemps dernier une réduction de ses effectifs. En tout, le groupe américain, en mains de Disney depuis 1996, a supprimé quelque 800 postes afin de pallier la chute continue de ses abonnés. Les six chaînes sportives du groupe, qui comptaient cent millions d’abonnés en 2011, n’en revendiquent en effet plus que 90 millions aujourd’hui. D’après les analystes, cela se répercuterait par un manque à gagner d’un milliard de dollars pour Disney.

Or en parallèle, les retransmissions sportives ont connu aux Etats-Unis le même phénomène qu’en Europe… leur prix a explosé. Prenez le basket. Le nouveau contrat entre ESPN et la NBA, couvrant les neuf prochaines saisons, est évalué à 12,6 milliards de dollars. Après avoir contribué au rayonnement du groupe, la rentabilité d’ESPN est aujourd’hui devenue la principale source de préoccupations des analystes qui suivent le géant américain du divertissement.

Nouvelle concurrence

En Europe, l’équation est légèrement différente. Si le prix des droits sportifs y explose également, les chaînes payantes font surtout face à l’essor d’une nouvelle concurrence: celles des opérateurs télécoms. En Grande-Bretagne, la chaîne Sky (filiale du groupe Murdoch) l’a compris depuis 2012 avec l’apparition des chaînes de l’opérateur téléphonique BT (ex-Britsh Telecom).

Les deux concurrents se mènent depuis une guerre larvée, essentiellement dans l’octroi des droits pour diffuser les matches de Premier League en Angleterre. Finalement, depuis l’année dernière et jusqu’en 2019, les deux concurrents se partagent les droits contre la somme record de 6,9 milliards d’euros (sur trois ans).

En France, le bras de fer est similaire. Il s’est même envenimé à la fin du printemps entre Canal+, BeIN Sports et SFR, puisque la filiale d’Altice leur piquait la totalité des droits sur la Ligue des champions sur sol français. Mais pour y arriver, l’opérateur a dû y mettre les moyens. Selon la presse française, le montant déboursé pour une année serait de l’ordre de 370 millions d’euros, soit plus du double de ce que payaient conjointement les deux chaînes (145 millions).

Face à une telle concurrence, les groupes de médias ont compris qu’une alternative au sport pour attirer ou du moins conserver leurs abonnés devenait aussi urgente que nécessaire. «Etant donné que dans le sport, la situation est difficile, Canal+ doit pouvoir se développer dans la création», expliquait Yannick Bolloré, le PDG d’Havas et fils de Vincent Bolloré. Une stratégie suivie par Sky, qui souffre aussi d’une érosion importante de ses abonnés. Le groupe britannique compte en effet investir massivement dans la création de séries originales, estimant même que cela coûterait moins cher que les droits de retransmissions du sport.

Marché très tendu en Suisse

La situation, en Suisse, est très similaire à celle en Europe. La SSR fait aujourd’hui face à Swisscom, UPC Cablecom ou encore Sunrise. Pour sa filiale de pay-TV, Teleclub, le géant bleu vient de s’accaparer les droits de diffusion des championnats de football de Super League et de Challenge League. Un achat à 35 millions de francs qui lui permettra de compenser la perte de ses droits sur la Ligue nationale de hockey sur glace. Ces derniers, contre 35,4 millions, viennent en effet de passer sous le giron d’UPC et seront diffusés sur MySports dès son lancement en septembre. La filiale du géant américain Liberty Global compte d’ailleurs sur cette nouvelle chaîne payante pour relancer son secteur TV et contrer la perte de ses 8000 abonnés au dernier trimestre.

Les opérateurs restent discrets sur les retombées économiques suivant de tels investissements. Swisscom ne souhaite ainsi divulguer ni le nombre d’abonnés de sa chaîne sportive ni sa rentabilité. «Nous n’avons aucune obligation boursière à diffuser de telles informations», se contente de répondre leur porte-parole, Christian Neuhaus. Dans un récent article, nous évoquions toutefois que le sport était un vrai atout pour les opérateurs, leur servant de produits d’appel. «Grâce à des offres inédites, nous pouvons acquérir de nouveaux clients qui idéalement seraient aussi intéressés par nos autres produits», confirmait Matthias Krieb, membre de la direction chez UPC Cablecom. (24 heures)

Créé: 09.08.2017, 07h19

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