Quand la clim menace de faire disjoncter la planète

Réchauffement climatique L’air conditionné met déjà sous pression le réseau de nombreux pays. Ces besoins vont tripler en trente ans, alerte l’AIE.

1,6 milliard de climatiseurs sont en fonction dans le monde. Ceux qui sont vendus en Europe ou au Japon consomment un quart de moins que ceux disponibles aux États-Unis et en Chine.

1,6 milliard de climatiseurs sont en fonction dans le monde. Ceux qui sont vendus en Europe ou au Japon consomment un quart de moins que ceux disponibles aux États-Unis et en Chine. Image: REUTERS

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Longtemps éloignée – même dans son sud – de la culture américaine du «tout-clim», l’Europe se laisse un peu plus tenter à chaque nouvelle vague de chaleur. Dans la voiture comme au salon.

Si les chiffres de ventes au cours de la canicule qui s’achève ne sont pas encore sortis, le nombre d’appareils à air conditionné écoulés a doublé en l’espace d’une décennie en Suisse. Où les citoyens «dépensent environ 300 millions de francs par an pour payer l’électricité consommée par les climatiseurs et autres installations du genre», soulignait, au début du mois, l’organisation de protection de l’environnement WWF.

Alerte sur le «cold crunch»

Que dire alors de la démocratisation de l’air conditionné parmi les 2,8 milliards d’êtres humains vivant dans les régions les plus chaudes du globe – et dont seuls 8% ont accès à un climatiseur? Cette évolution exigera des quantités d’électricité impossibles à fournir aujourd’hui, selon un rapport choc de l’Agence internationale de l’énergie. Publiées en mai, ces projections alertaient sur la crise du froid – ou cold crunch – à venir. Le rafraîchissement de l’air est en passe de monopoliser les besoins supplémentaires en électricité au niveau mondial. Sans surprise, les points chauds sont la Chine, l’Inde et l’Indonésie.

Aujourd’hui sur la planète, un cinquième du courant arrivant dans les bâtiments sert à faire tourner la clim ou des ventilateurs. En Europe, environ un logement sur dix est maintenant équipé de l’air conditionné, contre neuf sur dix aux États-Unis ou au Japon.

Triplement des besoins

Si rien n’est fait, les projections de l’AIE dessinent un triplement de la consommation de ces appareils au cours des trois décennies à venir. Ce qui nécessitera de mettre en place des capacités de génération équivalentes à ce que produit actuellement l’ensemble des centrales électriques en activité aux États-Unis, en Europe et au Japon. Le directeur de l’AIE, Fatih Birol, estimait en mai dernier que cette boulimie des climatiseurs demeurait «l’une des zones d’ombre les plus critiques» dans le débat énergétique actuel.

Selon cette agence, considérée comme la «voix» des pays industrialisés sur la scène énergétique, «le coût de construction et d’entretien des infrastructures électriques nécessaires est d’autant plus élevé que ces dernières ne sont utilisées que durant des périodes limitées». En clair, avant tout durant le jour. Dans un pays comme l’Inde, le rafraîchissement de l’air pourrait pomper 45% du courant généré durant ces périodes de pic, contre 10% aujourd’hui. Et les projections de l’AIE sont loin d’être les plus apocalyptiques: le scénario esquissé prévoit qu’un tiers des besoins électriques additionnels requis soit fourni par des panneaux solaires.

Une clim plus économe?

Une manière d’éviter cette «crise du froid» serait évidemment de faire l’impasse sur ces appareils de réfrigération, en popularisant les bâtiments à haute performance énergétique utilisant les dernières techniques de circulation d’air naturelle et de matériaux légers. Autre exemple, le réseau de climatisation se servant de l’eau à 7 °C du fond du lac mis en place à Genève, technique également à l’œuvre à Hongkong. Et pourquoi pas le bon vieux ventilo de plafond, qui, rappelle le WWF, exige un moteur d’une dizaine de watts, quand un climatiseur affiche facilement une puissance de 1000 watts?

L’AIE insiste sur un palliatif plus trivial: l’amélioration des performances du 1,6 milliard d’appareils aujourd’hui en fonction. À l’heure actuelle, les climatiseurs vendus en Europe ou au Japon consomment un quart de moins que ceux disponibles aux États-Unis et en Chine. La généralisation de tels équipements – à coups de normes et de contrôles – est de nature à refroidir les scénarios les plus alarmistes. Elle permettrait, en trente ans, d’éviter de devoir mettre en place l’équivalent de la production électrique actuelle de l’Union européenne. (24 heures)

Créé: 09.08.2018, 20h06

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