Conspué, le diesel fait de la résistance en Suisse

Industrie automobileLes déçus du gasoil ne se jettent pas sur les Tesla. Le déclin du marché est suivi de près par les 8400 plaignants contre VW en Suisse.

Image: Sabine Papilloud (archives)

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L’année écoulée marquera la fin de la grande époque des voitures diesels sur le Vieux-Continent, une motorisation encensée il y a trois ans encore – jusqu’en 2015, les constructeurs mettaient en avant leur moindre consommation et une contribution réduite au réchauffement climatique.

Édito: Diesel, pas (encore) mort

En Suisse, la proportion des véhicules neufs vendus tournant diesel aura atteint un sommet à la fin de l’année 2016 – tout juste en dessous de 40% – avant de se tasser de mois en mois. Mais le gazole n’a pas dit son dernier mot. Selon les détails du décompte annuel publié mercredi par Auto-Suisse, l’association regroupant les importateurs du secteur, le carburant poisseux alimentait un gros tiers des véhicules vendus en 2017, 36% exactement.

Fin d’une passion française

En dépit du scandale du Dieselgate entourant le groupe Volkswagen depuis deux ans et demi mais aussi en dépit des rumeurs – démenties – d’interdiction des moteurs dans les centres urbains suisses ou de l’engouement pour les Tesla, les moteurs imaginés par Rudolf Diesel à la fin du XIXe siècle continuent de représenter la première alternative à l’essence aux yeux du grand public. Et ce malgré un prix du carburant qui n’offre plus aucun avantage en Suisse: en novembre, le prix moyen du gazole à la pompe était de 1,63 franc le litre, contre 1,55 franc pour le sans-plomb 95, selon les données du site d’Union Pétrolière.

Le détournement des acheteurs des modèles diesels n’ayant cessé de s’accélérer ces derniers mois, le début de 2018 confirmera si le tassement se transforme en une débandade similaire à celle à l’œuvre en France. Le diesel a représenté l’an dernier moins de la moitié du marché automobile français, contre près des trois quarts à son apogée, en 2012.

Pas de report sur l’alternatif

François Launaz, le président d’Auto-Suisse joint jeudi au téléphone, remarque que les acheteurs renonçant au diesel «ne se précipitent en rien sur les propulsions alternatives mais reviennent plutôt sur l’essence». Le dernier bilan du marché confirme que les voitures hybrides comme la Toyota Prius – ou les électriques rechargeables comme la Renault Zoé ou les Tesla – ne constituent que 5,6% des ventes, contre 4,7% il y a un an.

Ces parts de marché encore faibles masquent cependant un décollage de 44% des ventes de voitures électriques en 2017. «L’accélération des ventes de véhicules alternatifs reste due aux très gros efforts marketing des constructeurs pour atteindre les volumes exigés par les autorités fédérales surveillant les émissions de CO2 de l’ensemble de la flotte vendue, tempère François Launaz. Nous sommes dans une période de transition dans laquelle les exigences légales (ndlr: en termes d’émissions polluantes) dépassent la technologie disponible», résume ce dernier.

8400 plaignants en Suisse

La poursuite de cette vaporisation de l’engouement des Suisses pour les rudes moteurs dits à «autocombustion» – et donc, in fine, de la valeur de revente de ces véhicules – a également un effet collatéral judiciaire. Il influence la lutte pour obtenir une indemnisation engagée par une poignée des 180 000 clients suisses de Volkswagen dont le véhicule était concerné par le scandale.

À Zurich, une action en dommages-intérêts de la Fondation alémanique des consommateurs (SKS) représente 6000 automobilistes. Du côté lémanique, la Fédération romande des consommateurs a conseillé à quelque 2000 clients de rejoindre la procédure intentée en Allemagne par le Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC). Enfin, à Genève, deux procédures pilotes sont intentées – au pénal et au civil – par l’avocat Jacques Roulet, qui dit représenter 400 clients lésés.

Ce dernier rappelle le beau réveillon que viennent de fêter le géant allemand et AMAG, son concessionnaire local. «En faisant traîner les choses jusqu’à la prescription – qui tombait le 31 décembre 2017 – Volkswagen a éliminé 95% du risque d’indemnisation en Suisse», rappelle l’avocat. Contrairement à ce qui se passe aux États-Unis, «tous les clients qui n’ont pas rejoint une procédure ne pourront bénéficier d’une indemnisation en cas de condamnation du constructeur», précise ce dernier.

Le cœur du combat reste la perte de valeur des véhicules touchés par la fraude. Alors que le site Comparis l’avait estimée à 26%, l’association alémanique SKS, plus prudente, articule un chiffre moyen de 15%. Les procédures ouvertes à Genève en septembre 2016 – un an après le scandale – mentionnent une perte de 14 000 francs sur la valeur de revente d’un monospace VW Sharan BlueMotion acheté neuf 54 000 francs en mai 2014.

Créé: 05.01.2018, 07h30

(Image: Infographie Isabelle Caudullo)

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