Les cours du houblon fragilisent les brasseries artisanales

Matières premièresEn cas de météo défavorable persistante, les prix des bières d’auteur risquent d’augmenter de 5%.

La quantité de houblon récoltée en 2015 s’est révélée de 38,5% inférieure à celle de 2014.

La quantité de houblon récoltée en 2015 s’est révélée de 38,5% inférieure à celle de 2014. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Les amoureux de la bière doivent s’attendre à des hausses de prix pour leur nectar favori. Rien qu’en Suisse, à cause de la sécheresse et de la grêle, la quantité de houblon récoltée l’an dernier s’est révélée de 38,5% inférieure à celle de 2014. Sur l’ensemble de la planète, la production aurait diminué d’un tiers au cours de la même période. Dans ce contexte, les brasseurs suisses, à vocation artisanale, déplorent déjà une forte hausse des coûts des matières premières.

«Pour les houblons récoltés en 2015, nous avons dû payer en moyenne 50% de plus qu’un an auparavant», observe Ulrich Schmidt, maître brasseur chez Rugenbräu, à Interlaken. Julien, brasseur chez Père Jakob à Soral (Genève), témoigne lui-même d’une envolée des tarifs: «Au début de l’année, nous avons reçu notre dernière livraison de houblon. Elle nous a coûté trois fois plus cher que l’an dernier.» Le cours des fleurs femelles du houblon, servant à aromatiser le prestigieux breuvage, ne constitue toutefois pas l’unique facteur influençant directement les coûts de production.

Atouts gustatifs

Du coup, nombre de brasseurs suisses prêtent toujours une plus grande attention à l’évolution des salaires et des coûts énergétiques. Il n’empêche que les plus petits brasseurs, dont la compétitivité s’avère davantage liée à des aspects gustatifs, paraissent sérieusement exposés au risque de devoir augmenter leurs prix.

Ils sont en effet beaucoup plus dépendants du houblon et se protègent moins facilement de la volatilité des marchés avec des contrats à long terme. Ils disposent en plus de capacités de stockage nettement plus restreintes que les entreprises de dimension industrielle.

Prévision de Mise en bière

«Nous n’avons donc plus qu’à espérer que la récolte de cette année se révèle bien meilleure que celle de 2015. D’ici là, nous continuerons à produire de la bière de qualité, en nous serrant quelque peu la ceinture», indique le brasseur de Père Jakob.

Partageant les mêmes espoirs, Daniel Lador, codirecteur et fondateur de Mise en bière, échoppe lausannoise vouée aux bières artisanales, n’exclut toutefois pas une prochaine hausse des prix: «Il faut en effet s’attendre à une hausse d’environ 5% en 2017, si la récole de houblon de cette année est aussi décevante que la précédente. Avant cela, je ne prévois pas d’effet de l’augmentation actuelle des coûts des matières premières sur les prix de vente.»

Thomas Kaderli, le porte-parole de Denner AG, un des plus grands distributeurs de bières en Suisse, considère lui-même comme «significative» l’envolée des cours du houblon. Cette évaluation paraît d’autant plus fondée au regard de la nature du marché suisse de la bière. Les trois quarts des 4,6 millions d’hectolitres de bière bus chaque année en Suisse proviennent des 623 brasseries indigènes. Environ cinquante d’entre elles assurent 99% de la production nationale. Cela signifie que près de 600 entreprises, appelées souvent «mini» ou «microbrasseries», se livrent une lutte acharnée pour survivre.

«Pour toutes ces PME, la pression sur les prix est colossale», confirme le directeur de l’Association suisse des brasseries, Marcel Kreber. Denner AG et Coop ne prévoient d’ailleurs aucune augmentation de leurs prix sur les bières.

Créé: 07.05.2016, 14h50

Le malt helvétique renaît enfin

Quelle émotion pour les amoureux de la bière en Suisse! Au début du printemps, la renaissance officielle du malt helvétique a pu être célébrée à Satigny (Genève). Après trente ans d’absence! La construction de cette malterie a été financée par une coopérative, le Cercle des agriculteurs de Genève, avec le soutien de la Confédération (30%).

Aujourd’hui, au bout du Léman, près de 80 hectares sont consacrés à la culture de diverses orges brassicoles. Cette infrastructure permettra d’atteindre une production annuelle de quelque 250 tonnes.

Rappelons que cette denrée est produite à l’issue d’une germination artificielle, puis le séchage de l’orge. Sans oublier des opérations ancestrales, comme le trempage, le nettoyage ou le touraillage. Ce processus aboutit à la production d’une matière première fondamentale pour la fabrication de la bière ou du whisky. Une vingtaine de paysans participent cette aventure.

Un projet similaire pourrait incessamment voir le jour entre le Jura et le Jura bernois. La production de telles institutions permet aux brasseurs d’utiliser pour leurs propres créations un malt labellisé Suisse Garantie.

Un atout commercial non négligeable sur un marché helvétique où 500 à 600 artisans misent sur une haute qualité et une identification au terroir, contre une cinquantaine de rivaux fournissant 99% de la bière fabriquée en Suisse (voir ci-dessus). Le houblon helvétique existe lui aussi, mais il ne couvre pas les besoins du pays.

P.RK

Articles en relation

Prendre un bain de bière, c'est possible en Autriche

Original En Autriche, une brasserie invite les amateurs de houblon à se tremper dans un spa rempli de bière. Bon pour la peau, paraît-il. Plus...

Le succès des petits brasseurs menacé par le manque de houblon

Bières Les petites brasseries ont le vent en poupe mais le succès de leur produits repose sur des houblons spéciaux, dont la production ne parvient pas à satisfaire la demande. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.