Les craintes de récession hantent les investisseurs

ConjonctureLa guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine s’envenime. Mais la croissance ne devrait pas plonger dans le rouge.

Malgré les incertitudes ambiantes, la récente phase de baisse des marchés actions offrirait un solide point d’entrée. Les perspectives bénéficiaires des sociétés demeurent bonnes et le chômage bas.

Malgré les incertitudes ambiantes, la récente phase de baisse des marchés actions offrirait un solide point d’entrée. Les perspectives bénéficiaires des sociétés demeurent bonnes et le chômage bas. Image: Aly Song/Reuters

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Récession, récession, récession. Les craintes que l’économie mondiale ne connaisse un coup de frein brutal gagnent les marchés. Avec en toile de fond la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, les voyants sont subitement passés à l’orange foncé. «J’anticipe trois baisses de taux aux États-Unis cette année pour un total pouvant atteindre 1%», s’alarme un spécialiste obligataire basé à Genève. Résultat, les Bourses piquent du nez à fin mai, alors que les valeurs refuges que sont le franc et les emprunts d’État américains s’arrachent.

Comme pour lui faire écho, Jérôme Powell, le président de la Banque centrale américaine (Fed), vient de lâcher une bombe. Il a entrouvert la porte à des baisses de taux pour donner de l’air à l’économie, face aux risques liés aux tensions commerciales mondiales. Beaucoup pariaient encore il y a peu sur un relèvement des taux sur le dollar. En Europe, la Banque centrale a également réagi, indiquant que le loyer de l’argent resterait durablement en territoire négatif. Voilà pour le tableau.

Tous ne sont pas pessimistes pour autant. «Je ne privilégie pas un scénario de récession globale», souligne Marie Owens Thomsen, cheffe économiste d’Indosuez Wealth Management. En 2019, l’économie mondiale devrait avancer à un rythme de 3,3%. Certes la croissance va ralentir. «Au dernier trimestre 2019, on se trouvera aux alentours de 2% aux États-Unis et de 1,6% en Europe», précise l’économiste. Mais il n’y a pas de drame à l’horizon.

Le chômage est bas aux États-Unis et en Europe

Les points positifs? Malgré de décevantes statistiques sur l’emploi en mai, le taux de chômage américain demeure proche de son plancher historique, et le commerce mondial reste en (légère) croissance. «Le niveau de chômage demeure également très bas en Allemagne et en Suisse», ajoute-t-elle. Cela soutient le pouvoir d’achat des consommateurs. «C’est un important facteur de stabilité économique, précise François Savary, stratégiste de Prime Partners. L’économie européenne a connu son creux à la fin 2018, les politiques budgétaires plutôt expansives mises en place en Europe soutiennent la croissance.» Tout n’est pas noir, donc.

Les risques sur le commerce international que fait courir la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis? Potentiellement très grands si les volumes de marchandises échangés finissent par plonger. «Mais ce n’est pas le cas actuellement, relève Marie Owens Thomsen. Si les volumes décélèrent, ils restent toutefois en territoire positif.» Par comparaison, le commerce mondial a plongé de 10% lors de la crise de 2008, et de plus de 60% lors de la Grande Dépression des années 30.

L’administration américaine a cela en tête. Même si le président Trump continue de sortir les crocs en multipliant les taxes douanières, récemment encore contre le Mexique, des solutions devraient finir par émerger. «Un accord entre Chinois et Américains prendra quelques mois à être trouvé, et non pas quelques années», assure François Savary. Accusé par Washington de revenir sur les promesses faites pendant les négociations, Pékin commence à sentir les effets de la guerre commerciale. Le FMI vient de réduire à 6% ses attentes sur la croissance chinoise en 2020.

Et si la raison ne venait pas à primer? Là, ce pourrait être problématique. «S’il n’y a pas d’accord et que des tarifs douaniers sont imposés dans tous les sens, les flux d’importations et d’exportations vont continuer de se tarir, ce qui va peser sur l’activité manufacturière, analyse Samy Chaar, chef économiste de Lombard Odier. On aura alors une spirale négative avec une baisse de l’investissement qui amènera des épisodes récessifs.»

Un mouvement amplifié par les algorithmes

Certains voient dans le récent plongeon des rendements américains à dix ans un signe annonciateur de récession. Mais ce ne serait pas le cas. Il faudrait y voir un simple phénomène de marché, lié aux stratégies de portefeuille. «Beaucoup d’investisseurs ont vendu des actions après la hausse de ce début d’année, et racheté des obligations», explique Marie Owens Thomsen. Cela a fait plonger les rendements obligataires et reculer les Bourses. «Tout cela a par ailleurs été amplifié par les fonds gérés automatiquement par des algorithmes, qui suivent les tendances et amplifient les mouvements.» Bref, il n’y a pas de panique à bord.

Les Bourses? La récente baisse offrirait un bon point d’entrée. C’est du moins l’avis d’Anton Sussland, conseiller indépendant en investissement: «Prenez une Société Générale, elle offre un rendement sur son dividende de 9% aujourd’hui.» Lui achète tous azimuts: «Les titres Google, Nvidia, United Technologies, 3M ou encore ArcelorMittal ont été massacrés, alors que ces sociétés offrent de solides perspectives bénéficiaires.» Un pari osé avec la montée des craintes de récession.

(24 heures)

Créé: 07.06.2019, 19h10

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