La crise financière explosait il y a 10 ans

MarchésLe 9 août 2007, au matin, la crise des «subprime» aux Etats-Unis s'étendait à l'Europe, entraînant l'économie mondiale dans le chaos.

Les traders de la Bourse de New York, en novembre 2007.

Les traders de la Bourse de New York, en novembre 2007. Image: Keystone

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Il y a dix ans, la crise américaine des «subprime» déferlait sur l'Europe, dans ce qui restera comme l'une des pires crises financières de l'histoire. Malgré les mesures prises depuis, de nouvelles difficultés ne peuvent être exclues.

Le matin du 9 août 2007, la crise hypothécaire américaine prenait une ampleur dramatique, après avoir multiplié les signes avant-coureurs les mois précédents. En mai, UBS annonçait ainsi la liquidation de son hedge fund Dillon Read Capital Management (DRCM), qui avait subi 150 millions de francs de pertes dans les hypothèques à hauts risques aux Etats-Unis.

Des milliards déversés

La banque française BNP Paribas annonçait le 9 août le gel de trois de ses fonds d'investissement exposés au marché du «subprime». La banque allemande Sal. Oppenheim fermait également un fonds.

En raison des défaillances du système bancaire, la Banque centrale européenne (BCE) et les instituts d'émission américains et japonais ont dû déverser des milliards. A la Bourse suisse, les actions d'UBS et Credit Suisse se sont effondrées, par crainte d'un élargissement de la crise du crédit.

Craintes justifiées

Comme il est apparu un peu plus tard, ces craintes étaient justifiées. L'un après l'autre, les plus grands établissements, comme UBS, annoncent plusieurs milliards de dépréciations et de lourdes pertes. Credit Suisse signale également son exposition à la crise hypothécaire américaine.

La confiance dans le secteur financier est ébranlée, le marché du crédit pratiquement gelé et les marchés financiers dégringolent. Ce qui était au départ une crise hypothécaire et du crédit a basculé vers la pire crise financière de l'après-guerre.

A l'instar d'UBS, plusieurs banques ont dû être sauvées par les différents gouvernements, qui ont déployé des plans de relance financiers sans précédent et densifié la réglementation. Les exigences de liquidités et de fonds propres ont ainsi été durcies.

Mieux outillés qu'avant

La question de savoir si ces règles plus strictes sont suffisantes ou trop laxistes déchire depuis les experts. «Nous pouvons toutefois nous accorder sur le fait que nous sommes mieux préparés qu'avant la crise», relève Eric Scheidegger, chef de la Direction de la politique économique du Secrétariat d'Etat à l'économie (SECO). La leçon la plus importante tirée est qu'il faut éviter toute forme de confort, estime-t-il. «Chaque crise est inattendue et prend une nouvelle forme. Il y aura à nouveau des crises financières».

Même avant 2007, il était connu que les crises immobilières, liées aux activités bancaires, sont l'un des déclencheurs typiques des plus grandes crises, sans pour autant pouvoir les éviter. Avant même le début de la crise, le secteur bancaire était en effet déjà davantage régulé que d'autres branches. «Surmonter les grandes crises prend 10 à 15 ans. Il est donc normal d'être plus confiant 10 ans après, mais il serait faux de croire qu'il n'y aura plus jamais de crises», estime M. Scheidegger.

«Banques zombies»

Christoph Lechner, professeur en sciences économiques à l'Université de Saint-Gall, évalue plus sévèrement la situation. «Nous avons maintenant des banques zombies, des entreprises zombies et des Etats fragiles», estime-t-il.

En Europe, il existe environ 5000 banques, qui profitent de la politique monétaire accommodante de la BCE, estime l'expert. «Si les taux d'intérêt devaient augmenter, une partie de ces établissements ne survivrait pas». Le même danger existe pour les entreprises.

L'exemple de Monte dei Paschi di Siena a montré que les Etats ont à nouveau dû sauver des banques au détriment du contribuable, même si les règles de l'Union européenne (UE) prévoient que les actionnaires et les créanciers doivent répondre en priorité d'une éventuelle crise. «Au lieu de mettre en oeuvre des réformes structurelles, les banques continuent d'être sauvées», critique M. Lechner.

Nouveaux risques

Ce dernier voit en outre poindre d'autres risques avec de nouveaux produits financiers, tels que les «cat bonds» («obligations catastrophe»), lancés dans le secteur des assurances. «Les nouvelles prescriptions obligent les assureurs à ne plus assumer seuls les risques», explique-t-il.

Au final, le risque se répercute donc sur ceux détenant ces papiers, soit les personnes privées, les fonds de pension ou d'autres banques. Une réglementation plus sévère amène ainsi également certains dangers.

Pour Christian Keuschnigg, professeur à l'Université de Saint-Gall, les mesures prises à la suite de la dernière crise doivent encore passer leur premier test réel. «La solidité du système se verra lors de la prochaine récession», conclut-il. (ats/nxp)

Créé: 09.08.2017, 12h22

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