«Je ne crois pas à l’imminence d’un bain de sang commercial causé par Trump.»

Place financièreSerge Robin, grand connaisseur du Moyen-Orient, prend la tête d’Arab Bank Switzerland, enseigne genevoise ancrée dans l’histoire.

Serge Robin succède à Nicolas Chikhani chez Arab Bank Switzerland.

Serge Robin succède à Nicolas Chikhani chez Arab Bank Switzerland. Image: Vincent Perego

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Après trente-cinq ans d’activités bancaires diverses, Serge Robin songeait à mettre ses expériences au service d’un conseil d’administration. Coup du sort, sa réputation, sa connaissance et son amour du monde arabe l’amènent à rencontrer Wahbé A. Tamari, président du conseil d’administration d’Arab Bank Switzerland. Il se trouve qu’à ce moment-là, celui-ci ne recherche pas d’administrateur. Il a en revanche besoin d’un solide directeur général pour diriger l’opérationnel.

Serge Robin tombe alors sous le charme d’une banque genevoise très présente sur les marchés du Moyen-Orient et ancrée dans l’histoire de la place financière suisse. Dans le conseil d’administration, quelques noms renforcent sa conviction. Comme celui de son vice-président: Jean-Pierre Roth, président de la direction générale de la Banque nationale suisse de 2001 à 2009.

Du coup, Serge Robin accepte et prend ses fonctions le 1er juillet, succédant ainsi à Nicolas Chikhani. Sans craindre les menaces de guerre commerciale mondiale entretenues par le président des États-Unis, Donald Trump. Entretien.

Vous avez appris votre métier chez Lombard Odier & Cie. Votre longue expérience chez des banquiers privés, indéfiniment responsables vis-à-vis de leurs clients, influencera-t-elle votre conduite des affaires chez Arab Bank Switzerland?
Toutes mes expériences me servent. Que ce soit chez Lombard Odier & Cie, UBS, Merrill Lynch ou Gonet & Cie SA. Mais, c’est vrai, ma gestion du risque reste avant tout influencée par cette réalité du banquier privé: il doit payer toute erreur de sa propre poche.

Arab Bank Switzerland a vu le jour en 1962. Son offre n’a-t-elle pas connu de grands changements au fil du temps?
De grands changements, certes. À ses débuts, l’établissement limitait son offre à celle d’une banque de détail et de dépôts. Puis, en 2009, Arab Bank Switzerland s’est dotée d’une offre de gestion de portefeuille globale. Celle-ci comprend des produits structurés et des fonds de placement. Ce dispositif vise aujourd’hui à intéresser notamment les clients détenant des fortunes d’au moins 5 millions de francs. En 2014, nous avons créé une structure au Luxembourg abritant des fonds de placement gérés par nos équipes d’asset management (gestion d’actifs). Arab Bank Switzerland a aussi beaucoup développé ses services de commodity trade finance (ndlr: formes de crédit vouées au financement de transactions dans le négoce de matières premières). En 2015, nous avons aussi ouvert une filiale à Beyrouth: ABSL, l’acronyme d’Arab Bank Switzerland Lebanon. À cela s’ajoute une prise de participation de plus d’un tiers dans le capital d’une société d’investissement à Oman. En plus de cette large diversification de son offre et de ses activités, Arab Bank Switzerland se trouve dotée d’une réelle solidité financière. Son capital s’élève à plus d’un demi-milliard de francs.

Comment ont évolué vos effectifs et votre masse sous gestion en un demi-siècle?
Depuis le début du XXIe siècle, notre banque emploie entre 80 et 110 personnes. Actuellement, nous avons 100 collaborateurs à Genève et cinq à Zurich. Il est vrai que le siège d’Arab Bank Switzerland a été transféré de Zurich à Genève en 2012. Ce déménagement apparaît comme la conséquence logique du développement de nos services de commodity trade finance, dont Genève est le berceau. À cela s’ajoute une clientèle dont 98% des personnes proviennent du Moyen-Orient. Dans cette région du monde, Genève devance souvent Zurich comme référence suisse. Quant à notre masse sous gestion privée, elle s’élevait à quelque 6 milliards de francs en 2000, et c’est 3,8 milliards aujourd’hui. Cette évolution est due en grande partie à une baisse du dollar à peu près constante depuis plus de quinze ans. Maintenant, une clientèle plus jeune, à la recherche de solutions d’investissement plus sophistiquées, participe heureusement à une nouvelle hausse de notre masse sous gestion.

Fondée en 1930 à Jérusalem, Arab Bank dispose de succursales à Ramallah et à Gaza. Dans quelle mesure ce positionnement influence-t-il celui d’Arab Bank Switzerland?
Arab Bank et Arab Bank Switzerland sont des sociétés sœurs, indépendantes juridiquement l’une de l’autre. Nous partageons néanmoins environ 19 000 actionnaires communs. Le premier des deux établissements a commencé et poursuit ses activités avec une vocation: être présent dans tout le monde arabe. Et Arab Bank, cotée au Amman Stock Exchange, est aujourd’hui la banque de référence dans tout le Moyen-Orient.

Les menaces d’une guerre commerciale mondiale entretenues par Donald Trump, la fin graduelle des assouplissements monétaires des banques centrales américaine et européenne, la déprime des marchés: lequel de ces facteurs craignez-vous le plus?
J’observe avant tout une grande agitation. Est-ce que tout cela aboutira à un grand bain de sang commercial et affectera le business? Je ne le pense pas. Je ne peux pas pour autant croire aux vertus d’un protectionnisme à outrance que l’administration de Donald Trump semble vouloir imposer. Les économies et les marchés ne fonctionnent qu’à force d’échanges. Quant au fait que les deux grandes banques centrales commencent à se montrer moins accommodantes depuis le début de l’an dernier, c’est un cycle normal. Il n’a rien d’inquiétant. Lorsque les économies ont moins besoin d’aide pour voler de leurs propres ailes, il me paraît normal que les injections de liquidités soient limitées. Les taux directeurs commencent donc à grimper, mais une explosion de l’inflation reste peu probable. Et la plupart des plus grandes entreprises réalisent des bénéfices. La volatilité des marchés actions devra donc être compensée par des adaptations pertinentes dans les allocations d’actifs. Rappelons d’ailleurs que 85% de la performance d’un compte, avec un risque maîtrisé, dépend précisément d’une allocation d’actifs bien orientée. (24 heures)

Créé: 10.07.2018, 07h38

Articles en relation

Pékin riposte et en appelle à l'OMC

Guerre commerciale Après avoir annoncé une hausse des droits de douane sur 540 produits américains, la Chine a saisi l'Organisation mondiale du commerce. Plus...

Washington et Pékin en guerre commerciale

Commerce Les nouvelles taxes douanières américaines sur les importations chinoises sont entrées en vigueur vendredi matin. Pékin promet une «riposte». Plus...

Commerce: Pékin «ne cédera pas à la menace»

Asie Pékin a réitéré ses avertissements alors que l'administration américaine s'apprête à imposer des droits de douane prohibitifs sur des produits chinois. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 6

Paru le 13 décembre.
(Image: Bénédicte) Plus...