Dans son dernier livre, Jacques Attali néglige les succès alpins

EssaiPour l’écrivain français, les pays qui possèdent des côtes seraient avantagés par rapport aux autres. En Europe, le sud de l’Allemagne, le nord de l’Italie ou la Suisse se portent pourtant comme un charme.

L’écrivain et essayiste Jacques Attali présente son nouveau livre.

L’écrivain et essayiste Jacques Attali présente son nouveau livre. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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Dans son dernier livre (Histoires de la mer, Ed. Fayard, 2017), l’écrivain et essayiste Jacques Attali s’est livré à une approche mi-anthropologique, mi-économique aboutissant à un vibrant plaidoyer en faveur de la mer. Pour le faire, il remonte à l’aube de l’humanité. Le Français déniche des anecdotes savoureuses, rappelant que les premiers hominidés auraient franchi le détroit de 20 kilomètres séparant Bali d’une île indonésienne «à dos de stégodons, sortes d’éléphants très bons nageurs apparus il y a 12 millions d’années et dont les derniers survivants ont vécu sur cette île il y a 11 000 ans». Plus proches de nous, les «peuples de la mer», les Phéniciens, les Grecs, les Carthaginois… sont évoqués par l’essayiste. Et puis Venise et Gênes, naturellement. Ces villes prospèrent, entraînant leurs arrière-pays. Au XVe siècle, les explorateurs – de Christophe Colomb à Amerigo Vespucci en passant par Vasco de Gama et Magellan – contribuent à enrichir des pays entiers grâce à la découverte de nouveaux territoires.

Les Pays-Bas vont à leur tour connaître la bonne fortune grâce à la mer, suivis par les Anglais et – dans une moindre mesure – par les Français. Les flottes commerciales se musclent, militaires et marchands partent à l’assaut des colonies. Des canaux se percent (Suez, Panamá). Les bateaux sont de plus en plus gros. Le vraquier cède sa place au pétrolier et au porte-conteneurs. Aujourd’hui, c’est la Chine qui se profile pour la suprématie des mers, en tout cas aux abords de ses côtes. Et la révolution digitale emprunte aussi les voies sous-marines, Jacques Attali évoquant les 263 câbles sous-marins transportant les données d’Internet.

La thèse du penseur français souffre cependant de grosses exceptions, en Europe du moins: Lyon, et surtout Paris sont prospères sans accès direct à la mer. En Allemagne, il vaut mieux habiter au sud, dans les régions de Munich ou de Stuttgart, plutôt qu’à Brême ou (pire!) à Rostock. En Italie, la riche Lombardie n’envie pas la pauvre Sicile, bordée d’eau de toutes parts. En Espagne, à côté de la flamboyante Madrid, l’Andalousie fait pâle figure. On pourrait évoquer aussi Bruxelles ou le Luxembourg. Quant à la Suisse, elle se porte comme un charme alors qu’elle n’a aucun accès à la mer… Jacques Attali aborde rapidement l’exception helvète mais il reste emprisonné dans ce prisme. Dommage. Le poids de son credo et de son cri («il faut sauver la mer») est donc plus pertinent s’agissant de la question environnementale, en effet très urgente.

Créé: 13.11.2017, 07h59

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