La dernière usine de tabac de Suisse pourrait fermer

BroyeFermenta est appelée à disparaître, laissant un peu plus seuls les planteurs de tabac du pays

Image: Philippe Maeder

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A l’image de Philip Morris International (PMI), qui a énormément investi dans son siège lausannois et son site de Neuchâtel, ou de Japan Tobacco International (JTI), qui inaugurait mardi son prestigieux siège mondial à Genève (lire notre édition du 28 octobre), les géants du tabac rayonnent en Suisse.

Pour la filière des agriculteurs producteurs, les temps sont plus difficiles. Leur nombre est en diminution constante et ils sont en passe de perdre un chaînon essentiel de leur production: l’unique entreprise du pays qui transforme et conditionne les feuilles de tabac pour les fabricants de cigarettes, Fermenta à Payerne, est en sursis. Alors qu’elle vient d’entamer sa période d’activité annuelle, qui dure de cinq à six mois, il n’est pas exclu qu’elle vive sa dernière saison.

Ancienne usine Nestlé

Patron et propriétaire de cette société familiale, Patrick Weber affirme que la saison 2016 n’est pas garantie. Sa décision est liée à un vaste projet immobilier qu’il prévoit sur sa propriété – reconversion de cette ancienne usine Nestlé de lait condensé – située dans un quartier proche de la gare. Il pourrait trancher ces prochains mois. «C’est un enjeu politique, dit-il. Nous sommes à la limite de la rentabilité et nous réfléchissons à l’avenir. Fermenta est un maillon d’une chaîne, le seul qui est privé. Nous sommes en pleine négociation avec nos partenaires de toute la filière et la récolte 2016 n’est pas assurée pour nous.»

Patrick Weber ne cache pas que des éléments qui relèvent de la politique à l’égard de la filière du tabac suisse pèsent lourds dans la balance. Car, dans la pratique, Payerne ne manque pas de place en zone industrielle pour déménager l’activité, même si les équipements sont lourds et anciens. Toutefois, ce ne sont pas là des milliers d’emplois qui sont en jeu. Née en 1938, Fermenta emploie environ 25 personnes, dont la moitié occupe des postes de saisonniers avec un contrat à durée déterminée.

Le directeur général indique que ses tarifs n’ont pas bougé depuis dix-neuf ans. Or, avec le franc fort, la production de son entreprise coûte selon lui deux fois moins cher à l’étranger. Ses concurrents sont en France, en Italie, en Allemagne ou en Pologne.

Ces jours, les experts des marques de cigarettes et des producteurs sont à pied d’œuvre dans des locaux voisins à Payerne pour fixer les tarifs des feuilles de Virginie et de Burley, les deux variétés cultivées en Suisse. C’est la Société coopérative pour l’achat du tabac indigène (SOTA) qui prend en charge la production sous la houlette de SwissTabac, la fédération des associations de planteurs régionales. Une fois enregistré, le tabac – sous forme de balles – est transféré chez Fermenta par tapis roulant où, après une phase de stockage en quarantaine, il passe par toute une chaîne de «nettoyage», de découpe et de réhydratation aux conditions requises.

Il y a actuellement 166 planteurs en Suisse – dont plus de 80% dans la Broye – pour une surface globale de 451 hectares. Ils étaient plus de 300 il y a dix ans pour 644 hectares. Fabrice Bersier, cultivateur à Vesin et président de l’Association des planteurs de tabac de la Broye vaudoise et fribourgeoise, BroyeTabac, remarque que leur nombre recule au même rythme que celui des agriculteurs dans leur ensemble, soit de 2 à 3% par an.

«On aimerait infléchir cette tendance. Mais ce n’est pas facile», dit-il. Pourtant, le rendement de cette culture offre un complément de revenus bienvenu à l’heure où les prix des denrées agricoles sont en chute libre. De plus, défend le président de BroyeTabac, la diversification des cultures est appelée de ses vœux par la politique agricole qui vient de tracer ses nouvelles lignes directrices.

Redevance en baisse

Les produits de tabac fabriqués en Suisse par les multinationales PMI, British American Tobacco et JTI contiennent seulement 4% de tabac indigène, de peu de parfum et de nicotine, et qui sert avant tout de «remplissage des cigarettes». Le revenu de cette matière première est défini pour un tiers par le prix du marché et deux tiers par une redevance sur le paquet de cigarettes (0,3%), une source qui dépend donc de la consommation. Or, déplore Patrick Weber, le franc fort a sensiblement accru les achats frontaliers. Cette année, avec des conditions météo difficiles, la production suisse de feuilles de tabac devrait ainsi atteindre 900 à 950 tonnes contre 1050 tonnes en 2013.

Créé: 28.10.2015, 21h05

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