Derrière Cambridge Analytica, l’influent clan Mercer

InternetCette société, spécialisée dans l’analyse de données, fait partie de la machinerie mise en place pour favoriser l’accès de Donald Trump à la Maison-Blanche.

Robert Mercer et sa fille Rebekah. Cette dernière gère la Mercer Family Foundation, très influente dans les milieux ultraconservateurs.

Robert Mercer et sa fille Rebekah. Cette dernière gère la Mercer Family Foundation, très influente dans les milieux ultraconservateurs. Image: GETTY IMAGES

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Dans l’affaire Cambridge Analytica, le pillage des données n’est pas la seule source de tracas pour Facebook. S’y ajoute la dimension politique, puisque cette société, spécialisée dans l’analyse de données et qui officie sur le marché des campagnes électorales, fait partie de la machinerie mise en place pour favoriser l’accès de Donald Trump à la Maison-Blanche. Derrière elle, un nom: celui de Robert Mercer, 71 ans, considéré comme l’un des milliardaires les plus influents de la politique américaine.

Lire: Facebook démontre déjà sa réelle vulnérabilité

Programmeur doué, Robert Mercer a fait carrière chez IBM, avant de faire fortune en prenant la tête du fonds d’investissement spéculatif Renaissance Technologies. Adhérant discrètement aux thèses de l’ultradroite américaine, il soutient depuis des années des campagnes politiques. Mais son style n’est pas celui du simple donateur. Ce spécialiste du traitement des données s’est mis en tête d’utiliser le big data à des fins politiques. Il investit en 2014 quinze millions de dollars dans la société américaine Cambridge Analytica, basée à Londres. Un certain Steve Bannon, qui deviendra plus tard conseiller du président Trump (avant d’être banni), siège alors au sein de son conseil d’administration.

En février 2017, juste après l’entrée en fonction de Donald Trump à la Maison-Blanche, un expert en data de l’Université d’Elon, en Caroline du Nord, Jonathan Albright, qualifiait le programme de Cambridge Analytica de véritable «machine de propagande», capable de repérer sur Internet les individus adhérant à une même idéologie et de les influencer. «C’est un niveau d’ingénierie sociale jamais vu auparavant. Ils capturent les gens puis les tiennent en laisse émotionnelle et ne les laissent jamais partir», expliquait l’expert au quotidien britannique The Guardian.

Robert Mercer, qui ne parle jamais aux médias, a la réputation d’être un homme discret. Le peu que l’on sait de son univers mental, et de ses convictions politiques, tient aux confidences d’ex-partenaires en affaires et à ses propos rapportés de dîners mondains. En privé, l’homme se lâcherait volontiers sur «l’inutilité du Civil Rights Act», qui a aboli la ségrégation raciale aux États-Unis en 1964, et sur toutes les thèses complotistes circulant sur le couple Clinton. Il est climatosceptique, voue un culte aux armes à feu.

Joueur de poker, Robert Mercer avait d’abord misé sur Ted Cruz dans la course à la Maison-Blanche, puis il a parié sur Donald Trump comme on parie sur un bon rendement, écrivait en avril dernier The New Yorker. Il a dès lors largement investi pour cette victoire, diversifiant ses stratégies. Breitbart News, la plate-forme qui soutient les thèses de l’Alt-right, l’ultradroite américaine, a été financée à hauteur de 10 millions de dollars par Robert Mercer.

Nombre de think tanks ultraconservateurs sont arrosés par la Mercer Family Foundation, que gère sa fille, Rebekah, tout aussi influente que lui. Les Mercer auraient pesé sur la nomination de plusieurs conservateurs dans le cabinet de Donald Trump. Un clan faiseur de rois, ou pas. C’est aussi aux Mercer que Steve Bannon doit son ascension à la Maison-Blanche, puis sa disgrâce pour avoir défendu l’idée d’une taxe sur les super-riches.

Passé maître en entrepreneu- riat philanthropique, Robert Mercer tient les politiciens par ses dons. «Mercer a entouré le président de ses hommes, et ceux-ci ont une influence démesurée sur la conduite du pays, tout simplement parce que Robert Mercer paie pour leur siège», écrivait en mars 2017, dans le journal de Philadelphie The Inquirer, David Magerman, ex-employé de Renaissance Technologies.

Créé: 21.03.2018, 19h07

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