Deutsche Bank: la lueur d’un redressement

Finance La banque solde son litige avec la justice américaine. Un pas décisif pour le retour de la confiance au sein de l’établissement.

Le patron de Deutsche Bank, John Cryan, voit s’éloigner la menace d’un sauvetage par l’Etat.

Le patron de Deutsche Bank, John Cryan, voit s’éloigner la menace d’un sauvetage par l’Etat. Image: Keystone

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John Cryan peut souffler. Le patron de Deutsche Bank a réglé le principal litige qui faisait obstacle au redressement du premier établissement bancaire allemand. L’amende infligée par la justice américaine pour les tricheries liées à la «crise des subprime» (prêts hypothécaires à risque aux Etats-Unis) sera limitée à 6,8 milliards d’euros. Elle permet d’éloigner un peu plus la menace d’un sauvetage de la banque par l’Etat.

«La décision devrait ramener la confiance au sein du groupe. Il y avait beaucoup d’incertitudes sur le montant de l’amende. John Cryan peut maintenant aller de l’avant. Mais la crise est loin d’être réglée», insiste Hans-Peter Burghof, professeur d’économie bancaire à l’Université d’Hohenheim dans le Bade-Wurtemberg.

Licenciements massifs

La banque n’est pas sortie d’affaire. Elle doit gérer l’héritage empoisonné de «l’ère Ackermann», celle des «golden boys» qui ont transformé ce fleuron de la finance en «boîte de spéculateurs», selon les termes de la presse allemande. Pour cela, John Cryan a dû présenter des excuses cette semaine à la justice américaine et aux clients pour le comportement «inacceptable» de la banque entre 2005 et 2007. Le financier britannique de 56 ans espère le retour de la confiance au sein de ce géant de 100 000 employés. Malgré cet accord trouvé aux Etats-Unis, les incertitudes sur l’avenir du groupe pèsent sur le moral des employés. Au classement des plus grandes banques mondiales, Deutsche Bank ne fait plus partie du top 10 mais se retrouve en bas du tableau à la 78e place aux côtés de quelques maisons asiatiques.

Et le plan de redressement ne fait que commencer: 9000 suppressions d’emplois, dont 4000 en Allemagne. Contrairement à ses prédécesseurs, qui licenciaient à tour de bras pour améliorer les performances, John Cryan doit couper pour sauver le navire.

La situation financière du groupe est très mauvaise. Après avoir enregistré 6,8 milliards d’euros de pertes en 2015, Deutsche Bank devrait rester dans le rouge en 2016. Les actionnaires ne toucheront pas de dividendes pendant trois ans. Elle a provisionné plus de 5 milliards pour régler près de 8000 litiges dans le monde.

Bonus coupés

Les membres du directoire ont annoncé hier à leurs employés qu’ils renonçaient à la partie variable de leurs bonus en 2016 et qu’ils allaient réduire fortement les primes d’intéressement des managers (2,4 milliards d’euros en 2015). Cela concerne 25% des employés de la banque.

Pour retrouver la confiance, John Cryan consacre actuellement une heure d’entretien par jour avec des clients. «C’est le signal d’un changement au sein de la banque», estime Hans-Peter Burghof. Deutsche Bank veut redevenir une banque classique et réduire la partie investissement.

Mais il faudra encore régler des milliers de litiges dans le monde, motiver les employés, ramener la confiance des clients, s’adapter aux nouvelles réglementations bancaires et surtout réussir le virage numérique… «Il faudra beaucoup de temps pour redresser la barre», estime l’expert.

Quoi qu’il arrive, le gouvernement allemand est prêt à intervenir. Malgré les démentis, personne n’imagine qu’on puisse laisser tomber la Deutsche Bank. «C’est un rouage essentiel du système économique allemand. Elle sera sauvée si cela est nécessaire», insiste Hans-Peter Burghof.

Créé: 19.01.2017, 18h28

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