Deutsche et Commerzbank se lancent dans une fusion risquée

AllemagneLes deux principales banques allemandes sont dans une situation difficile. Le gouvernement pousse à la fusion.

Ci-dessus John Cryan le chef exécutif de la Deutsche Bank.

Ci-dessus John Cryan le chef exécutif de la Deutsche Bank. Image: Kai Pfaffenbach/Reuters

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Cette fois, il ne s’agit plus seulement de rumeurs. Deutsche Bank et Commerzbank ont confirmé dimanche dans un communiqué qu’elles étudiaient les «options stratégiques» d’un rapprochement. L’issue des discussions restait néanmoins «sans garantie d’un accord».

Ces discussions exploratoires sont l’aboutissement du plan du ministre social-démocrate des Finances, Olaf Scholz, qui souhaite créer un «champion» allemand de la finance. En effet, c’est Berlin, qui détient 15% dans Commerzbank depuis la crise financière, qui a insisté pour que les deux établissements discutent de ce projet déjà ancien mais qui n’avait jamais pu être concrétisé jusqu’à présent. La perspective d’une récession a poussé le gouvernement à venir en aide à Deutsche Bank, toujours dans une situation très fragile malgré un retour aux bénéfices. Un «mariage forcé», selon les détracteurs, qui permettra de créer un «champion» de la finance capable d’accompagner les PME du «Mittelstand», l’épine dorsale de l’économie allemande, dans leur développement à l’international. Alors que la tendance est au protectionnisme dans le monde, le gouvernement veut surtout que la première banque du pays reste contrôlée par des Allemands.

La fusion des deux premiers instituts privés allemands donnerait naissance à la plus grande banque de la zone euro après BNP-Paribas. Une sorte de «Deutschland Bank» avec 140 000 salariés, 840 milliards d’euros de dépôts et près de 2000 milliards comme total du bilan.

Au premier coup d’œil, les activités des deux banques se complètent, Deutsche Bank étant spécialisée dans la banque d’investissement, Commerzbank dans le financement des PME et la banque de détail. Mais une fusion est-elle une solution pour sauver ces deux banques malades? «Elle n’a aucun sens. Les économies seraient réalisées par une réduction massive du personnel», juge Hans-Peter Burghof, professeur d’économie bancaire à l’Université de Hohenheim (Bade-Wurtemberg).

Projet périlleux

Le projet est périlleux, préviennent les experts de la finance. Le coût de la fusion risque même de dépasser les économies réalisées, préviennent-ils. «Les grandes banques suisses ou françaises n’ont aucun souci à se faire. Si le mariage se faisait, il faudrait encore des années pour régler les problèmes internes», assure Hans-Peter Burghof. Deutsche Bank, le premier institut financier allemand, a renoué avec les bénéfices en 2017, après trois années de pertes successives. Mais l’action continue de s’effondrer (–40% en 2018) et son image reste ternie par une série de scandales. Le Fonds monétaire international avait jugé en 2016 que l’ancien fleuron de la banque allemande constituait un «risque» pour la finance mondiale. Deutsche Bank n’est plus qu’un «tas de ruines», résume la presse allemande. «Bien que l’action soit au niveau plancher, personne ne veut l’acheter dans l’état où elle se trouve», insiste l’expert Hans-Peter Burghof. Qui a intérêt à une fusion, alors? «Tout le monde s’interroge», remarque le professeur d’économie. Le secrétaire d’État Jörg Kukies, l’ancien patron en Allemagne de la banque d’investissement Goldman Sachs, est sans doute à l’origine de ces «discussions exploratoires». «Depuis qu’il est arrivé à Berlin, les velléités de fusion ont repris», constate Hans-Peter Burghof.

Une opération en faveur des fonds et des grands groupes financiers? Une fusion permettrait de réduire la concurrence très rude sur le marché bancaire allemand. Cela augmenterait les marges. «Les clients et les actionnaires seraient les grands perdants», insiste le professeur d’économie. «Les fonds étrangers sont déjà présents au capital de petites banques et attendent un signal pour se développer sur le marché allemand, encore trop concurrentiel à leur goût», ajoute le professeur. «La fusion est purement politique et n’a économiquement aucun sens», critique Klaus Nieding, vice-président de l’association des petits actionnaires (DSW).

Contribuables à la caisse

Les Allemands sont également défavorables à la création d’une nouvelle banque «too big to fail», qu’on ne pourrait pas laisser tomber en cas de faillite. Les contribuables ont déjà déboursé 68 milliards d’euros pour sauver les établissements bancaires en Allemagne après la crise de 2008. «Ils devront payer une nouvelle fois», craint Gerhard Schick, expert financier du Parti écologiste (opposition). Sans oublier les conséquences sociales qui seraient difficiles à faire passer auprès de l’opinion publique. Selon les différentes projections, entre 10 000 et 30 000 postes sont menacés. Les syndicats ont déjà fait savoir qu’ils s’opposeraient à ce projet qui se fait, selon eux, sur le dos des salariés.

Créé: 17.03.2019, 18h19

Deutsche Bank/ Commerzbank

Total du bilan
1,348 milliard d’euros;
462 milliards d’euros

Rang (Allemagne)
1re banque privée; 2e banque privée

Valeur en bourse
16,5 milliards d’euros;
8,8 milliards d’euros

Nombre d’employés
91 700;
49 000

Nombre d’agences
535; 1000

Valeur de l’action
8 euros; 7 euros

Évolution sur un an
– 40%; – 40%

Rendement
0,4%; 3%

Bénéfice 2017
341 millions d’euros;
865 millions d’euros

Dividende par action
11 centimes d’euro (2017);
aucun (2017)

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