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L’œil est devenu le nouvel eldorado de la pharma

Coup sur coup, Roche et Novartis ont présenté deux nouveaux médicaments, appelés à rapporter des milliards.

À l’instar de ses concurrents, Novartis fait des troubles de la vue «une priorité stratégique».
À l’instar de ses concurrents, Novartis fait des troubles de la vue «une priorité stratégique».
Keystone

Ces dernières années, les géants de l’industrie pharmaceutique ont tous, peu ou prou, suivi la même voie: désengagement des vaccins ou des antibiotiques et recentrage sur l’oncologie, les maladies neurodégénératives ou auto-immunes et… l’ophtalmologie. Autant on perçoit immédiatement le retour sur investissement pour les premiers secteurs – le cancer, Alzheimer, la sclérose en plaques ou Parkinson rapportent gros en raison des coûts de recherche – autant on peine à voir l’intérêt financier de la quatrième catégorie. Et pourtant, comme l’explique le président de Novartis, Jörg Reinhardt: «Pour Novartis, les troubles de la vue représentent une priorité stratégique sur le plan de la recherche.»

Et pour cause. Que ce soit en Occident, avec une hausse croissante des cas de glaucome et de dégénérescence maculaire (DMLA, une destruction progressive de la macula, la partie centrale de la rétine) chez les plus de 60 ans, ou bien en Asie où la myopie affecte aujourd’hui 90% des enfants et des adolescents, le nombre de personnes touchées par une perte de vision ne cesse de croître. Deux chiffres suffisent à s’en convaincre: selon l’institut de recherches Mordore Intelligence, la croissance annuelle de l’ophtalmologie va atteindre 4,8% d’ici à 2025 et le chiffre global de la branche (médicaments, chirurgie et technologies médicales) va friser les 72 milliards de dollars.

Poule aux œufs d’or

L’œil est donc devenu l’une des nouvelles poules aux œufs d’or de la pharma. Pour preuve, rien qu’en Suisse, la course à laquelle se livrent Roche et Novartis. Fin octobre, les deux géants bâlois ont coup sur coup annoncé chacun des avancées majeures dans le traitement de la DMLA. Le 27 octobre, Novartis a ouvert les feux avec la présentation de son médicament RTH 258, dont la vertu principale, par rapport aux deux blockbusters existants, le Lucentis et l’Eylea, est de ne nécessiter plus qu’une injection dans l’œil tous les deux mois contre une fois par mois pour ses prédécesseurs. Son homologation, aux États-Unis et en Europe, est attendue d’un jour à l’autre et sa commercialisation devrait débuter en 2019.

Le 29 octobre, Roche a immédiatement répliqué avec un concurrent direct au RTH 258, le Faricimab, en phase clinique III, et dont l’avantage est de réduire le temps d’injection à une fois tous les trois ou quatre mois. Comme le souligne très judicieusement Bruno Balic, analyste financier chez Baader Helvea, à Reuters, «le marché de la dégénérescence maculaire est de plus en plus couru, avec des traitements médicamenteux se distinguant de moins en moins entre eux, aux bénéfices thérapeutiques marginaux, mais aux prix très élevés». La question, ajoute-t-il, est de savoir «pendant combien de temps cette vache à lait pourra être traite, avant le signal de fin!»

Qu’on en juge. À eux seuls, le Lucentis – développé par la filiale de Roche Genentech, vendue aux États-Unis pour Roche et ailleurs dans le monde par Novartis – et l’Eylea de Bayer et Regeneron ont rapporté 9 milliards de dollars à leurs laboratoires respectifs en 2017 et figurent dans le top 10 de leurs meilleures ventes. Les deux nouveaux produits de Roche et Novartis, le Faricimab et le RTH 258, sont appelés à réaliser chacun un chiffre d’affaires annuel supérieur à 1 milliard de dollars et donc à passer dans la catégorie des blockbusters.

Chers et peu efficaces

Certes, les cas de DMLA pouvant conduire à la cécité vont se multiplier avec une population vieillissante. Cette maladie oculaire frappe près d’une personne sur trois après 75 ans et une sur deux à partir de 80 ans. Mais Swissmedic réduit de plus en plus les nouvelles autorisations de médicaments, en raison de leurs coûts élevés face à des progrès mineurs, voire inexistants. Ainsi, entre 2007 et 2017, seuls six nouveaux traitements oculaires figuraient parmi les 219 autorisations délivrées.

Nul doute que le tour de passe-passe opéré à la fin des années 2000 par Roche dans le domaine de l’ophtalmologie en a refroidi plus d’un. Le géant bâlois avait développé un anticancéreux, l’Avastin, qui s’est avéré très efficace contre la DMLA. Sauf que le prix d’une injection ne dépassait pas les 40 francs. Roche développa alors le Lucentis, aux substances très semblables, mais au prix de 1832 francs la piqûre… La levée de boucliers fut quasi unanime et internationale. Le combat Avastin contre Lucentis et Eylea est loin d’être terminé. En septembre dernier, Novartis, Roche et Bayer ont perdu ainsi un procès de taille qui visait à interdire aux ophtalmologues britanniques de préférer l’Avastin.

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