Nos données Facebook font la joie des criminels

ConsommationMalgré les nouvelles règles, la vente de données et le ciblage publicitaire restent d’actualité et débouchent même sur des arnaques.

Depuis quelques semaines, des annonces proposant des Lego à prix cassés sont publiées sur Facebook. Malgré le réalisme des sites vers lesquelles ces publicités redirigent l’Internaute (très similaires au site officiel de Lego), il s’agit d’arnaques. Par communiqué, le groupe danois confirme, «avoir connaissance de l’existence de sites induisant les consommateurs en erreur».

Depuis quelques semaines, des annonces proposant des Lego à prix cassés sont publiées sur Facebook. Malgré le réalisme des sites vers lesquelles ces publicités redirigent l’Internaute (très similaires au site officiel de Lego), il s’agit d’arnaques. Par communiqué, le groupe danois confirme, «avoir connaissance de l’existence de sites induisant les consommateurs en erreur». Image: DR

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Apparue sur Facebook ces derniers jours, l’annonce publicitaire est extrêmement alléchante. En amont du fameux Black Friday (qui se déroulera le 23 novembre prochain), un site de ventes en ligne profite de cette actualité commerciale pour proposer des Lego à prix cassés. Château Harry Potter à 68 euros au lieu de 339,99 euros ou encore le nouveau Faucon Millenium (Star Wars) cédé pour 80% du prix d’origine, tout est fait pour séduire les amateurs et collectionneurs de la célèbre brique en plastique. Une offre toutefois trop belle pour être vraie!

Car malgré le réalisme du site vers lequel cette publicité redirige l’internaute – très similaire au propre site du géant danois – l’impression d’être confronté à une arnaque survient rapidement. Elle se concrétise après quelques recherches. Baptisée winnerattop.com (puis quelques jours plus tard childtocoll.com), la plate-forme n’a absolument rien à voir avec Lego. Ouvert le jour même de l’arrivée de sa publicité sur le réseau social, le site serait géré depuis la Chine.

Visiblement, ce type d’annonces autour de l’univers de Lego se multiplie depuis plusieurs semaines. Par communiqué, le groupe danois confirme «avoir pris connaissance de l’existence de sites induisant les consommateurs en erreur». Sans vouloir commenter d’actions spécifiques, Lego assure «prendre ces incidents au sérieux et faire tout son possible pour protéger au mieux ses clients ainsi que sa marque».

Exploitation des données

Cette accumulation d’annonces fallacieuses autour de l’univers de Lego relance un débat qui pose problème depuis plusieurs années: l’utilisation de nos données par les géants du web ainsi que le ciblage publicitaire qui en résulte. Les arnaqueurs qui se cachent derrière les sites frauduleux basés sur l’univers de Lego profitent en effet pleinement des données vendues par Facebook, Google, Amazon et autres géants de la Toile ainsi que de leurs algorithmes permettant aux publicitaires d’atteindre la clientèle la plus ciblée possible.

Experte internationale en cybersécurité et professeure à l’Université de Lausanne, Solange Ghernaouti ne se dit pas surprise par l’existence de telles arnaques et estime que nous ne sommes qu’au début d’un tsunami d’usages abusifs, détournés ou criminels des données. «Leur collecte massive et leur vente sont en effet au cœur du modèle d’affaires développé non seulement par Facebook, mais aussi par les autres Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), NATU (Netflix, AirBnB, Tesla et Uber) ou BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi) pour la Chine, rappelle-t-elle. Or les criminels ont bien compris comment tirer parti des possibilités du numérique et des réseaux sociaux pour étendre leur champ d’action et être encore plus performants. Tant qu’il n’y aura pas de freins à l’exploitation sans limites de ces données (ndlr: sous la forme de pressions publiques et de lois), les dérives et scandales se poursuivront.»

«Sans régulations supplémentaires, je crains que nous ne tombions définitivement dans une société de la défiance»

Solange Ghernaouti, experte internationale en cybersécurité et professeure à l’Université de Lausanne.

Depuis longtemps, la spécialiste alerte sur les pratiques des géants du web et estime qu’il n’est plus raisonnable, aujourd’hui, de les «laisser se dédouaner en affirmant que la responsabilité finale est à attribuer au consommateur». Pour Solange Ghernaouti, l’autorégulation a atteint ses limites. «Il devient urgent de mettre en place des régulations supplémentaires et d’élaborer de nouveaux mécanismes d’éducation au numérique et d’alertes pour avertir les internautes de manière précoce des menaces. Sans cela, je crains que nous ne tombions définitivement dans une société de la défiance.»

Explosion des arnaques

Au vu des opérations menées par les experts de la fondation Switch, cette forme de cybercriminalité économique explose depuis deux ans en Suisse (sous le domaine «.ch»). Au mois d’août 2017, lors d’une seule opération, ils mettaient un terme à l’existence de quelque 4500 enseignes en ligne frauduleuses. «Grâce à une étroite collaboration avec les autorités et des processus renforcés, nous avons été en mesure de supprimer d’internet ces boutiques dont l’ambition était d’extorquer des fonds ou de voler des données de cartes de crédit aux internautes», se réjouissaient-ils. À titre de comparaison, en 2016, le total de fermetures ne dépassait pas les 700 sites.

Vers plus de transparence

Cette croissance impressionnante d’arnaques en tous genres prouve que la lutte s’annonce encore longue. Elle semble toutefois aller dans le bon sens. Même si les protections supplémentaires des données personnelles (mises en place au printemps dernier) ne portent pas les fruits escomptés, les esprits semblent effectivement évoluer dans la bonne direction.

À Bruxelles, de plus en plus d’eurodéputés estiment qu’une utilisation abusive des données à caractère personnel «bafoue les droits fondamentaux de milliards de personnes dans le monde». Ils appellent ainsi à toujours plus de transparence de la part des géants du web tant américains que chinois.

D’ici là, les amateurs d’achats en ligne devront rester vigilants et surtout faire preuve d’esprit de discernement face à des offres exceptionnelles. À titre de précaution, en collaboration avec l’Office fédéral de la police (Fedpol) et d’autres autorités, Switch met à disposition sur son site toute une série de conseils pour limiter les risques. (24 heures)

Créé: 06.11.2018, 21h32

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