Nouvelle alerte effrayante sur les pesticides

EnquêteLes cinq leaders de l’agrochimie réalisent «plus d’un tiers de leurs ventes de pesticides avec des produits extrêmement toxiques», selon Greenpeace et Public Eye.

Image: DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Les pesticides n’en finissent pas d’effrayer le monde. L’association suisse Public Eye et sa cousine écologiste Greenpeace UK lancent justement, ce jeudi, une nouvelle alerte effrayante. Les cinq leaders mondiaux de l’agrochimie, réunis au sein du lobby Croplife International, réaliseraient «plus d’un tiers de leurs ventes de pesticides avec des produits incluant des substances extrêmement toxiques».

Des noms? Les firmes allemandes Bayer et BASF, les états-uniennes Corteva et FMC ainsi que la bâloise Syngenta sont les cinq membres de Croplife International, visés par les investigations de Public Eye et Greenpeace UK. Celles-ci ont été effectuées en se référant notamment aux données provenant de deux autres institutions: Philips McDougall, consultant américain spécialisé dans l’agriculture, et Pesticide Action Network, organisation internationale, vouée à la recherche sur les nuisances des produits phytosanitaires.

Il en ressort qu’en 2018 les recettes provenant des produits incriminés, supposés hautement dangereux pour la santé des êtres humains et l’environnement, auraient atteint 4,8 milliards de dollars (presque autant en francs), sur des ventes de pesticides s’élevant en tout à 13,4 milliards pour les cinq sociétés.

Éclairage de Syngenta

Laurent Gaberell, responsable de l’agriculture et de la biodiversité chez Public Eye, précise où se concentre la majeure partie des risques générés par une partie de la production des membres de Croplife International. «Notre enquête démontre que les pays en développement ou émergents apparaissent comme les terrains de jeu privilégiés des géants de l’agrochimie. Ils y effectuent près de 60% de leurs ventes des produits phytosanitaires les plus dangereux.» Le Brésil et l’Inde seraient les deux États les plus exposés de la planète, parmi ceux où les réglementations et les contrôles seraient les moins présents.

La direction de Syngenta nous apporte son propre éclairage: «Les évaluations et les conclusions de Public Eye reposent sur la liste de Pesticide Action Network. Les 19 éléments qui y sont mentionnés sont enregistrés au moins dans un État membre de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). Et 18 d’entre eux sont enregistrés chez au moins quatre membres de l’OCDE. Une homologation par cette institution (ndlr: domiciliée à Paris) et l’ensemble de données qui l’accompagne constituent un des standards de sécurité les plus élevés dans le monde.»

Pas d'alignement entre Berne et Bruxelles

La Suisse apparaît elle-même encore très embarrassée dans les arbitrages relatifs à l’autorisation ou l’interdiction de tels ou tels fongicides, insecticides ou herbicides. Mandaté par la Confédération, KPMG a rendu un rapport sévère sur cette situation, l’automne dernier. Le consultant dénonçait ainsi un véritable «conflit d’intérêts», du fait d’une politique des pesticides pilotée par un Office fédéral de l’agriculture par essence toujours très proche des paysans. Notons en outre que, l’an dernier, treize produits phytosanitaires étaient encore utilisés en Suisse tout en étant interdits dans l’Union européenne. En la matière, l’alignement entre Berne et Bruxelles n’est de loin pas à l’ordre du jour.

Créé: 20.02.2020, 08h09

Articles en relation

Le Conseil fédéral met les paysans un peu plus au vert

Agriculture Moins d’engrais, de pesticides et de CO2: la politique agricole 2022+ fixe de nouveaux buts au secteur. Mais les critiques pleuvent. Plus...

Les fabricants de pesticides perdent leur bras de fer sur le chlorothalonil

Environnement Jugé cancérigène, le fongicide contesté sera interdit dès le 1er janvier. Après des mois d'attente, Berne a balayé les objections des fabricants, dont Syngenta. Plus...

Le contrôle des pesticides en Suisse est défaillant, selon KPMG

Environnement Le système d’autorisation des substances phytosanitaires est lent, opaque et ne protège pas l’environnement, estime le consultant. Des réformes sont promises pour 2020. Plus...

Le géant agricole Fenaco bannit le chlorothalonil

Pesticides Le fongicide controversé ne sera plus distribué par la coopérative. En attendant une interdiction officielle qui tarde à venir. Plus...

La Suisse peine à interdire des pesticides dangereux

Agriculture Le Matin Dimanche Il faut des années pour bannir les produits identifiés comme toxiques, y compris pour l’homme. Pour la première fois, la Confédération admet des défaillances dans son système d’autorisation Plus...

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.