L’effet Greta relance les trains de nuit en Europe

Transports publicsLa Suisse pourrait profiter du développement des trains de nuit promu par les Chemins de fer autrichiens.

Andreas Matthä, patron des Chemins de fer autrichiens, est en pourparlers avec la compagnie ferroviaire allemande et suisse.

Andreas Matthä, patron des Chemins de fer autrichiens, est en pourparlers avec la compagnie ferroviaire allemande et suisse. Image: Keystone

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Alors qu’on pensait que les trains de nuit étaient passés de mode, qu’ils avaient perdu la bataille contre les compagnies aériennes low-cost et les bus, la compagnie nationale des chemins de fer autrichiens (ÖBB) a démontré que ce marché était au contraire très prometteur.

«Au cours des derniers mois, les besoins d'offres en voyage respectueux de l'environnement ont fortement augmenté dans de nombreux pays. Les responsables politiques ont pris conscience de la situation. Les trains de nuit sont très demandés en Scandinavie, en Allemagne mais aussi au Benelux», constate Bernhard Rieder, porte-parole de la compagnie autrichienne. Les réservations sont en augmentation de 10% sur les derniers mois, annonce la ÖBB.

Le succès a permis aux Autrichiens de commander treize rames neuves à Siemens (voir photos) qu’ils viennent de présenter à la presse. Le nouveau service «Nightjet» constitue un investissement de plus de 200 millions d’euros et doivent entrer en service en 2022. Avec une part importante vouée aux couchettes. «Ils sont très confortables et très bien conçus», assure Karl-Peter Naumann, porte-parole de l’association des usagers du train allemand « Pro Bahn », après avoir pu découvrir un prototype à Vienne.

La ÖBB réalise désormais 18% de son chiffre d’affaires voyageurs avec des trains de nuit dans toute l’Europe (vingt-six liaisons, voir carte). Directeur des grandes lignes de la ÖBB, Kurt Bauer a annoncé 1,4 million de passagers sur les lignes “Nightjet” au cours des trois premiers trimestres de cette année (soit autant que tout au long de l’exercice 2017), avec un taux d’occupation de 60% et un petit bénéfice d’exploitation (aucun chiffre n’st indiqué). « On ne va pas s’enrichir avec ces lignes. Mais cette activité est devenue importante pour notre positionnement », a insisté Andreas Matthä, le président du groupe de transport autrichien. C’est-à-dire proposer une alternative confortable et moderne au transport aérien.

« Les Autrichiens ont une longue expérience dans les trains de nuit, notamment vers les Balkans »

La ligne la plus fréquentée est celle de Zurich-Berlin-Hambourg (trois trains par nuit). La clé du succès réside dans une offre combinée avec des places couchettes/lits et assises, sur un réseau reliant Berlin, Munich, Düsseldorf, Hambourg, à Zurich, Vienne, Innsbruck, Venise, Rome, Milan et Zagreb. Pour expliquer ce succès, la compagnie insiste sur un effort dans le service aux voyageurs. « Les Autrichiens ont une longue expérience dans les trains de nuit, notamment vers les Balkans », explique Karl-Peter Naumann.

Pour un Zurich-Hambourg, les premiers prix démarrent à 29,90 euros pour un siège, 49 euros pour une couchette et 139 euros pour une cabine individuelle avec douche et petit déjeuner. Tout dépend évidemment de la période. Si les prix s’avèrent encore supérieurs à ceux des liaisons aériennes low-cost, les trains de nuit présentent néanmoins de gros avantages: alternative à l’avion (facteur de stress), économie d’une nuit d’hôtel, possibilité de travailler et, surtout, participer à la réduction de la pollution.

Le contexte politique étant favorable, les Autrichiens ont décidé d’engager une stratégie de croissance en Europe. En 2020, ÖBB va ouvrir des nouvelles lignes depuis Vienne, vers Bruxelles (via Francfort) et Amsterdam, depuis Zurich vers Hambourg et Berlin. «Ils sont tout à fait capables de gérer tout seul un réseau européen. On ne peut parler de monopole, car ils ont déjà une sacrée concurrence: l’avion et la voiture», estime Karl-Peter Naumann.

Le patron d’ÖBB, Andreas Matthä, est en discussion avec la compagnie ferroviaire allemande, Deutsche Bahn (DB), pour étudier des liaisons avec Berlin. « Nous réfléchissons sur le renforcement de nos coopérations », a confirmé Andreas Matthä au quotidien économique allemand « Handelsblatt». En Suisse, la coopération avec les CFF permettra de faire passer le nombre de liaisons entre Zurich, Brégence (Autriche) et Munich à six par nuit, dans chaque sens. Les deux compagnies songent actuellement à élargir les offres de trains de nuit en Europe vers la Suisse.

Offensive dans le rail

Cette offensive commerciale devrait obtenir un écho très positif de la part du gouvernement allemand. Celui-ci a annoncé une offensive dans le rail pour remplir ses engagements climatiques. Ironie du sort: la compagnie ferroviaire allemande avait abandonné les trains de nuit et vendu aux Autrichien 40% de leur réseau en 2016. La DB enregistrait chaque année une perte de 30 millions d’euros avec ses «City Night Line», chroniquement déficitaires, pour 90 millions d’euros de chiffre d’affaires. « Il y a quelques années, le train de nuit était délaissé politiquement en Allemagne. Ce secteur de niche représentait moins de 1% des recettes de la Deutsche Bahn», explique Karl-Peter Naumann.

Les députés européens allemands (à part l’extrême-droite) ont réclamé à Angela Merkel la création rapide d’une liaison de nuit entre Berlin et Bruxelles. Ce serait un signe fort, estiment-ils, alors que l’Allemagne doit assurer la présidence du Conseil de l’Union européenne au deuxième semestre 2020.

Créé: 05.12.2019, 14h54

Les Suisses aiment le Zurich-Vienne

Philippe Rodrik

Les Chemins de fer fédéraux autrichiens (ÖBB) confirment leur volonté de développer leur offre en trains de nuit (voir ci-dessus). Ce positionnement se renforce, depuis 2017, en étroite complicité avec divers partenaires européen. Dont les CFF.

Les nouveaux “Nightjets” des ÖBB rencontrent il est vrai un réel succès en Suisse. La plus forte hausse de la demande, entre les différentes destinations proposées au départ de Zurich, est observée sur la ligne nocturne Zurich-Vienne, selon la revue spécialisée “Schweizerische Eisenbahnrevue”.

Après quelques hésitations à Berne, encore l’an dernier, les nouvelles attentes des milieux politique, à propos des CFF, paraissent maintenant relativement claires: le réseau doit être adapté afin d’assurer une offre de transport nocturne. L’Office fédéral des transports vient lui-même de présenter différentes pistes en ce sens, devant la commission des transport du Conseil national.

Les premières modalités de soutien au développement du train de nuit, apparemment les plus simples pour la Confédération, relèveraient d’une baisse du prix du sillon. Soit le tarif pour une autorisation de circuler sur le réseau ferroviaire helvétique, à une période donnée. Le subventionnement de liaisons internationales s’avérerait en revanche difficile, au regard du droit européen.

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