L’emploi bancaire dans le viseur des délocalisations

BanquesUBS amplifie les coupes dans les coûts, sans chiffrer l’impact sur l’emploi. Chez Credit Suisse, les charrettes sont déjà à l’œuvre.

Salle des marchés d’UBS, à Opfikon (ZH). Le directeur général, Sergio Ermotti, se veut rassurant: UBS prendra garde à ne pas «trop réduire la voilure».

Salle des marchés d’UBS, à Opfikon (ZH). Le directeur général, Sergio Ermotti, se veut rassurant: UBS prendra garde à ne pas «trop réduire la voilure». Image: Keystone

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UBS est restée de marbre, hier, lors de la présentation de ses résultats entre janvier et mars, caractérisés par des profits trois fois plus faibles que l’an dernier à pareille époque. Elle n’a pas soufflé mot aux médias et aux analystes sur les possibles suppressions d’emplois à l’œuvre dans ses rangs. Sa consœur Credit Suisse fait preuve de moins de pudeur. La deuxième banque du pays a annoncé en février dernier une accélération de sa restructuration. Parmi les 5400 postes – dont 1600 en Suisse – dont la suppression était initialement prévue d’ici à 2018, 4000 seront biffés déjà en 2016. Cette réduction de postes chez Credit Suisse correspond à 11% de son total de 48 200 postes à plein-temps en fin d’année.

Cela fait pourtant presque un mois que des rumeurs toujours plus insistantes courent à propos des réductions d’effectifs chez UBS. Le Financial Times avançait encore jeudi qu’UBS allait économiser «plusieurs centaines de millions de francs par an en fusionnant le back-office et les fonctions de cadres intermédiaires dans ses activités de gestion de fortune». Plus précis encore, le site d’information sur Internet Inside Paradeplatz indiquait en début de semaine qu’UBS «prévoit de biffer 400 postes en Suisse, soit 2% des 20 000 collaborateurs que la banque aux trois clés emploie dans le pays», après avoir indiqué à la mi-avril qu’elle allait supprimer jusqu’à un maximum de 5000 postes dans le monde.

Délocalisation à la pelle

Quelle sera l’ampleur de la casse chez UBS? Difficile à dire. Ce qui compte, ce n’est pas le nombre de postes mais ce qu’ils coûtent. Le directeur financier d’UBS, Kirt Gardner, l’a très clairement indiqué mardi. «Nous ne gérons pas notre programme (ndlr: de réduction des coûts) en nous fixant un objectif de postes à réduire mais de montant à économiser.» Et il a encore précisé: «Nous allons continuer à déplacer nos employés de pays à charges élevées (ndlr: comme la Suisse) vers des endroits où elles sont moins importantes (ndlr: comme la Pologne ou l’Inde).»

Jugée à cette aune, l’augmentation du nombre d’employés chez UBS – passé de 60 113 à 60 547 en douze mois – ne dit rien de ce qui s’est passé en interne, une partie de ces postes ayant pu être délocalisée. Combien? Et combien jusque-là en Suisse? UBS ne commente pas.

La grande banque a simplement confirmé vouloir faire davantage travailler ensemble son activité de gestion de fortune globale avec celle dédiée aux Etats-Unis. Elle a aussi accéléré la réalisation de son programme d’économies, qui a atteint 1,2 milliard de francs à la fin de mars. Cela lui a permis de rassurer les marchés en affirmant que ces coupes cumulées atteindraient «1,4 milliard en juin et 2,1 milliards à la fin de 2017».

Le directeur général, Sergio Ermotti, a tenté de rassurer. UBS prendra garde à ne pas «trop réduire la voilure, ce qui nous empêcherait de profiter du rebond que nous attendons – ce premier trimestre ayant été inhabituellement mauvais».

Trop petits, les géants suisses?

Mais peut-être que le mal est ailleurs. Lundi, lors d’un forum à Lucerne sur l’avenir de l’euro, le banquier suisse Josef Ackermann, anciennement à la tête de Deutsche Bank, indiquait «que pour des raisons de protectionnisme, les grandes banques européennes n’ont pas profité de la crise pour fusionner, contrairement à ce qui s’est passé aux Etats-Unis».

Même si UBS est considérée par les analystes comme ayant les reins particulièrement solides, parmi ses pairs, elle n’a peut-être plus la taille pour assurer une croissance suffisante de ses recettes. Précisément ce dont elle a dit avoir surtout souffert en début d’année.

Créé: 04.05.2016, 07h28

UBS ferme sa banque d’investissement à Genève

UBS transfère son bureau consacré à l’investment banking de Genève à Zurich. Douze personnes quitteront le quartier des Acacias ou l’entreprise, a appris la Tribune de Genève. La banque centralise ses activités dans la capitale économique du pays, alors qu’elle déplace aussi des postes de Bâle et du Tessin vers cette même ville. La banque d’affaires n’est pas la seule touchée, les services à la clientèle romands subissent des décisions similaires. Contactée, UBS n’a pas fait de commentaire.

Cette secousse s’inscrit dans une tendance de fond. La place financière genevoise, et romande, perd de son importance sur le front de l’emploi. Les banques du canton, selon l’association Genève Place financière, occupaient l’an dernier 1898?personnes en moins par rapport à 2012. Le nombre d’établissements bancaires est, lui, passé de 138 en 2012 à 119 sur cette période.

Les banques font face à des coûts qui sont d’autant plus élevés en Suisse que le franc est fort. Les grandes enseignes, UBS et Credit Suisse en tête, délocalisent une partie de leurs effectifs, notamment en Pologne, un pays où la main-d’œuvre, moins onéreuse, est qualifiée et maîtrise l’allemand. Les métiers du «back-office» – de l’informatique à la recherche et la gestion des paiements – sont les premiers touchés.

Les régulations qui se précisent dans le secteur – et les contrôles qu’elles engendrent – réduisent les marges et exacerbent d’autant plus les charges. La digitalisation de l’économie joue un rôle. Les nouveaux outils remplacent les humains dans bien des tâches.

Les clients, qui sont de plus en plus nombreux à régulariser leur situation fiscale, déboursent davantage auprès de leur administration, ce qui réduit le montant de leurs comptes en banque. Les masses sous gestion des établissements diminuent d’autant. Et Genève, capitale de la gestion de fortune, est proportionnellement plus touchée que les autres centres financiers.

Les milieux syndicaux se disent inquiets. «Les banques proposent trop facilement de délocaliser», selon Denise Chervet, directrice de l’Association suisse des employés de banque. «Aucun effort n’est entrepris pour maintenir des postes ou recourir à des formes de travail plus flexibles», estime-t-elle.

Du côté de Genève Place Financière, on se veut rassurant. «Les emplois purement bancaires diminuent, certes, mais ceux de la place financière restent stables. Les banques sous-traitent davantage, notamment dans l’informatique et le back-office. Ce phénomène est générateur d’emplois dans le domaine parabancaire. Genève a une forte capacité de résilience», estime Edouard Cuendet, directeur de la Fondation Genève Place Financière. En 2012, la place financière du canton occupait 36?300 personnes, un chiffre qui a franchi la barre des 37?000 l’an dernier. Richard Etienne

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