«Les employeurs annoncent beaucoup plus de postes vacants qu'avant»

Marché du travail Le chômage a atteint un nouveau seuil en début d'année dans le canton de Vaud. Les explications de Françoise Favre, cheffe du Service de l'emploi.

Françoise Favre a repris officiellement le poste de cheffe du Service de l'emploi (SDE) au 1er janvier, après avoir assuré l’intérim depuis avril 2019. Elle observe que

Françoise Favre a repris officiellement le poste de cheffe du Service de l'emploi (SDE) au 1er janvier, après avoir assuré l’intérim depuis avril 2019. Elle observe que "le marché du travail est plus instable qu’autrefois, mais il bouge énormément". Image: Patrick Martin

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Les chiffres du chômage dans le canton de Vaud reflète l’image d’une économie en excellente santé. A fin décembre 2019, le taux par rapport à la population active s’inscrivait à 3,6%, c’est encore mieux que fin 2018 (3,8%). Le taux annuel moyen était de 3,4% en 2019 (2,3% pour la Suisse), alors que l’année a été marquée par beaucoup d’incertitudes sur la scène internationale. Françoise Favre, qui a repris officiellement au 1er janvier dernier le siège de cheffe du Service de l'emploi (SDE) - après avoir assuré dès avril 2019 l’interim d’un office qu’elle sert depuis bientôt 20 ans – explique ce bilan.

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Comment analysez-vous les chiffres du chômage?
L’économie vaudoise est extrêmement résistante malgré un léger fléchissement du PIB suite au ralentissement de l’économie mondiale et les incertitudes liées au conflit Chine-US, à Hong Kong, à l’euro et au Brexit. Mais le marché intérieur est dynamique, la marche des affaires est bonne, notamment dans la construction, la population continue de croître et la croissance de l’emploi est deux fois supérieure à celle de la Suisse. Cela prévalait en 2018, et cela s’est poursuivi en 2019. Tous ces éléments concourent aux bons chiffres du chômage. Nous avons ainsi un taux historiquement très bas qui est descendu jusqu’à 3,1% en juin. Il faut remonter à 2008 pour retrouver un taux annuel moyen de 3,4%. A fin décembre, avec la hausse saisonnière, il y avait 15 000 chômeurs inscrits et 24 700 demandeurs d’emplois.

Mais Vaud reste au-dessus de la moyenne suisse?
Dans notre canton, les chômeurs en fin de droit restent dans les statistiques du chômage. C’est un aspect méconnu. Depuis 2005, ces personnes sont toujours suivies dans les ORP et comptées dans nos statistiques, à moins qu’elles décident de ne plus rester inscrites. Elles sont considérées comme chômeurs, donc disponibles de suite pour un emploi. Ainsi à fin janvier 2020, le canton de Vaud compte 71% de l’ensemble des bénéficiaires de l’aide sociale en Suisse inscrits dans un ORP. Si on ne les comptait pas, notre taux de chômage perdrait 0,5 point. On serait donc - à taux comparable aux autres cantons - à 3,3% à fin janvier 2020 et non à 3,8 % comme annoncé.

Malgré tout, on est très au-dessus du taux de chômage d’avant les années 90 de crise, inférieur à 1%? Le socle dit incompressible a augmenté autant que cela ?
Vraisemblablement, on ne va pas retrouver ce niveau des années 80. Cela s’explique certainement parce que la population a changé et le canton également. Il y a eu une évolution démographique et économique importante, avec un volume d’affaires plus important, Les bilatérales et l’accord sur la libre circulation des personnes ont amené de nouveaux travailleurs, ce qui a certainement profité au canton.

N’est-ce pas la structure du monde du travail qui a beaucoup changé?
C’est vrai, elle a évolué très vite. On ne peut plus dire à quelqu’un au chômage: vous pourrez vous replacer de manière durable dans un même emploi. Vraisemblablement, le fait d’avoir un emploi durable ne signifie peut-être plus «pour une durée indéterminée» mais bien le fait de pouvoir se maintenir, se replacer de manière constante sur le marché de l’emploi. De plus en plus de gens doivent en changer plus souvent car il y a de nouveaux types d’emplois, de plus en plus de courtes durées, des missions temporaires.

La courbe des chômeurs de longue durée est en sensible baisse (voir le graphique). A quoi l’attribuez-vous?
Effectivement, c’est vraiment un signe positif. L’explication est qu’il y a un grand dynamisme dans notre marché, énormément de flux: beaucoup de gens qui entrent au chômage, mais aussi beaucoup qui en sortent. Et finalement, le nombre des personnes qui restent longtemps tend à diminuer. Le marché du travail est plus instable qu’autrefois, mais il bouge énormément.

Des mesures particulières, durcies, ont été prises qui incitent les chômeurs à reprendre un travail?
Le dernier changement dans la loi, en 2011, a effectivement, de manière générale, un peu durci les conditions de l’assurance chômage. Mais aujourd’hui, près de 10 ans après, on ne peut plus parler de cela. Les mesures - formations, perfectionnement des langues, marketing de soi, placement en stages, coaching pour les seniors - que nous mettons en place pour les chômeurs connaissent un taux de remplissage très important. Elles ont pour objectif d’appuyer les demandeurs d’emploi afin qu’ils retrouvent le plus rapidement possible leur employabilité et une activité sur le marché du travail. On essaie de dynamiser le plus possible ceux qui ne sont pas tout à fait prêts à retrouver un emploi.

Mais des associations de chômeurs se plaignent de la sévérité des ORP?
Il faut rappeler que la loi sur le chômage est d’abord une assurance. Elle offre des prestations, des indemnités, et en contrepartie, il y a certaines obligations. Mais le canton de Vaud n’est pas plus sévère que les autres cantons dans son application. Même si c’est vrai que le refus d’un emploi convenable donne lieu à une sanction sévère, je m’inscris en faux contre le message selon lequel on sortirait les gens de force en les poussant à la faute et en les sanctionnant. Il n’y a aucune volonté politique ni institutionnelle d’être plus sévère. Au contraire, les conseiller-ères-s ORP sont constamment incité-e-s à assigner les demandeurs d’emploi à des postes de manière cohérente. Nous n’avons aucun intérêt à pousser des personnes à prendre des emplois qui ne seraient pas compatibles avec leur profil et qui seraient voués à l’échec. Le taux d’assignation réussie à un emploi est un indicateur positif et très important dans les ORP.

Quels sont les métiers les plus touchés? Beaucoup d’entreprises disent avoir de la peine à trouver des employés?
Nous faisons le même constat. Dans les sociétés internationales, les grands groupes, ils ont besoin de forces beaucoup plus spécialisées. Ça pose le problème des qualifications. Dans certains métiers, de grosses cohortes sont au chômage: les professions de la vente, employés de bureaux, secrétariat, restauration…. Et la question est comment palier ces besoins de compétences et reformer les personnes qui ne sont plus qualifiées? Bien sûr, il y a une grosse responsabilité dans la formation de base, scolaire et ensuite dans les grandes écoles. Cela pose aussi la question de la formation continue, qui est de la responsabilité principale de l’employeur, mais aussi de l’employé. Et lorsque les employeurs mettent en place de la formation, ils le font forcément dans leur domaine pour palier des compétences qui manquent… Pour l’instant, l’assurance-chômage ne permet pas de requalifier un chômeur et de changer de voie car il n’est pas possible de proposer de la formation de base au frais de cette assurance. L’assurance-chômage ne peut financer que des compléments de formation afin de permettre à la personne de retrouver son aptitude au placement en fonction de ses compétences. Pas de lui en donner de nouvelles.

Vous l’appelez de vos vœux ?
C’est une question qui se pose maintenant compte tenu de la modification du marché de l’emploi, et en particulier du fait que plusieurs métiers vont certainement être obsolètes comme par exemple dans le commerce de détail, le secrétariat, les métiers juridiques de base, etc. Avec les technologies de l’information, la numérisation, ces métiers tendent à disparaître. Ils seront vraisemblablement remplacés, mais il faudra aider les personnes à ajuster leurs compétences. C’est une vraie question, mais c’est à un niveau politique qu’elle doit se poser, notamment dans le cadre de l’assurance-chômage. Cela étant, il est vrai que reformer des personnes nécessite des moyens financiers énormes.

Quels sont vos moyens pour améliorer l’employabilité des chômeurs?
Le gros challenge des ORP est d’être capables de comprendre et de qualifier les compétences des demandeurs d’emploi qui viennent s’inscrire et de les mettre en avant pour répondre aux besoins des employeurs. Pour cela, de nouveaux outils performants ont été mis en place, notamment une plateforme avec une base de données développées par le Secrétariat d’Etat à l’économie SECO, Job-Room, accessible aux demandeurs d’emplois et aux employeurs. Il s’agit maintenant du plus gros site de recherche d’emploi public en Suisse, qui a été développé avec l’obligation d’annonce des postes vacants par les employeurs.

Le canton parle de «succès» au sujet de cette obligation d’annonce?
Oui, car les employeurs ont joué le jeu. Cette obligation d’annoncer les postes vacants, mise en œuvre le 1er juillet 2018, d’abord pour les professions dont le taux de chômage était égal ou supérieur à 8%, et depuis le début de cette année, égal ou supérieur à 5%, c’était un risque de complexification administrative pour les employeurs et les ORP. Mais, même si les ORP du canton de Vaud travaillaient déjà avec les employeurs, nous avons décidé de renforcer cette collaboration de manière simple et efficace. Et il s’avère que ceux-ci annoncent beaucoup plus de postes qu’avant, même sans obligation. Ils voient que dans les ORP, il y a un bassin de demandeurs qui pourraient correspondre aux profils recherchés. Avant cette obligation, on avait en moyenne entre 10 000 et 12 000 postes annoncés par année. En 2018, 21 700 postes ont été annoncés et 27 600 postes en 2019.

C’est énorme?
Oui, c’est beaucoup. Et pour traiter cette charge supplémentaire, nous avons créé une structure administrative particulière constituée de quatre personnes, qui est passée à huit depuis janvier, avec une hotline à disposition de tous les employeurs qui souhaitent avoir des informations sur cette obligation d’annonce et sur la manière de respecter ces nouvelles directives . L’employeur, qui n’a jamais eu affaire avec l’ORP, peut contacter cette hotline pour indiquer qu’il a un poste à mettre au concours, lié ou pas à l’obligation d’annonce, et notre équipe s’en occupe. Celle-ci doit agir vite afin d’être capable de transmettre d’éventuels dossiers de candidat-e-s dans les deux ou trois jours à cet employeur.

L’obligation d’annonce concerne quels métiers?
Dans le canton de Vaud, elle touche particulièrement certains métiers, plus précisément les professions non qualifiées dans les secteurs de la construction, de l’hôtellerie-restauration, du commerce de détail, et certains type de métiers dans l’agriculture.

Créé: 10.02.2020, 09h53

Fin de droits: nouvelle unité de prise en charge

Que deviennent les chômeurs en fin de droits dans le canton?

Dans le canton de Vaud, les personnes au chômage en fin de droits peuvent – si les conditions sont réunies – bénéficier de l’aide sociale appelée revenu d’insertion (RI). Ces personnes peuvent rester inscrites dans les ORP et bénéficier d’un suivi par un conseiller ou une conseillère. Depuis 2015, les départements de l’économie, de l’innovation et du sport (DEIS) et celui de l’aide sociale (DSAS), ainsi que les communes concernées, en particulier Lausanne, ont créé un projet qui tend à suivre et à prendre en charge dans une même structure – appelée Unité commune (UC) ORP (Offices régionaux de placement ) – CSR (Centres sociaux régionaux) les personnes au bénéfice du revenu d’insertion qui sont aptes à travailler. Ces UC ORP-CSR réunissent les compétences des conseillers en personnel et des assistants sociaux pour une prise en charge globale des demandeurs d’emploi. L’idée est d’optimiser le suivi de toute personne employable et capable de travailler tout en résolvant les problèmes sociaux qui entravent leurs recherches d’emploi. Après Lausanne, où s’est déroulé le projet pilote, et l’ouverture d’une UC Yverdon l’an dernier, nous lançons maintenant celle de Payerne; suivront d’ici à 2021 les UC de Prilly, Gland et Vevey. Nous sommes le seul canton à traiter ainsi la problématique de manière globale. L’an dernier, 1800 personnes en moyenne ont bénéficié de ce service.

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