La Suisse est bien armée pour s'adapter aux robots

VidéoMis à l’honneur jeudi par l’EPFL, les robots ne devraient pas mettre au chômage la moitié de la planète, selon la Banque mondiale.

Vidéo: ROMAIN MICHAUD

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Derrière un filet de protection, une vingtaine de petits ventilateurs montés les uns sur les autres sur plusieurs rangées entament de concert leurs rotations. Dans un vacarme relatif, ils se mettent ainsi à créer du vent artificiel. «Notre but est de simuler des conditions météorologiques afin de permettre aux concepteurs de drones de mettre leurs engins à l’épreuve et d’en démontrer tant la fiabilité que la sécurité», résume en quelques mots Guillaume Catry, cofondateur et CEO de Windshape.

Comme de nombreuses autres jeunes pousses venues de toute la Suisse, cette start-up genevoise fondée en juillet 2017 présentait jeudi sa technologie au SwissTech Convention Center de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPLF). Drones, exosquelettes en tout genre, système d’éducation à l’aide de petits engins robotisés, les robots étaient à l’honneur à Écublens sur impulsion du centre national de compétence en recherches robotiques (NCCR Robotics).

«D’année en année, nous accueillons non seulement plus d’invités, mais aussi de jeunes pousses et de projets de recherches actifs dans la robotique», se réjouissait son directeur, Dario Floreano, en rappelant que la raison première de cette manifestation est de faciliter les connexions entre deux écosystèmes: la recherche et l’industrie.

Des robots encore limités

À quelques semaines de la publication d’une étude choc du World Economic Forum (WEF) assurant que 52% des tâches actuellement effectuées par l’homme seraient remplacées par des robots d’ici à 2025, cette journée dédiée aux machines était aussi l’occasion de remettre l’église au milieu du village.

En passant d’un stand à l’autre, impossible de ne pas constater que la génération actuelle de robots reste effectivement limitée. Aptes à porter des charges colossales, à permettre à des handicapés de remarcher ou à servir d’objets éducatifs, ces engins apparaissent surtout plus comme un renfort pour l’être humain que comme une solution de remplacement.

De quoi donner raison à Philippe Leuba. Le conseiller d’État vaudois estimait en effet dans son allocution inaugurant la manifestation que «les robots contribueront à améliorer la qualité de vie des êtres humains plutôt que de leur nuire comme cela est parfois le cas dans certains films hollywoodiens».

Conséquences sur l’emploi

Présenté le même jour, un rapport établi par la Banque mondiale va dans le même sens. «La peur de voir la technologie mettre au chômage de larges pans de la population est infondée», assurent ses auteurs. Cette crainte viendrait en réalité des pays anglo-saxons. Par la faute d’une faible couverture sociale et d’un niveau insuffisant d’éducation, ces derniers peineraient à s’adapter aux paradigmes provoqués par les nouvelles technologies.

Selon la Banque mondiale, la Suisse se trouverait au contraire dans une situation beaucoup plus favorable. Finances saines, économie en pleine forme, faible chômage, système unique d’apprentissage… Les bases seraient bien meilleures pour encaisser le choc que provoqueront malgré tout des machines soutenues par des intelligences artificielles de plus en plus perfectionnées. «Il ne faut pas se voiler la face. Les robots vont provoquer des changements sur le marché du travail, c’est une évidence», assure Dario Floreano. Pour le directeur du NCCR Robotics, le meilleur moyen d’en atténuer les bouleversements sera de maintenir la Suisse à son niveau d’excellence dans le domaine de la robotique (lire en encadré).

Tout sera aussi question de proportion, à en croire les spécialistes du WEF. «La question la plus importante pour les entreprises, les gouvernements et les individus ne sera pas de savoir à quel point l’automatisation va affecter les chiffres de l’emploi, affirment-ils, mais comment le marché du travail pourra être accompagné dans la recherche d’un nouvel équilibre dans la division du travail entre humains, robots et algorithmes.» (24 heures)

Créé: 01.11.2018, 20h51

«Le défi sera de conserver son rang»

Après avoir fondé avec succès Sensefly, une start-up visionnaire active dans les drones et rachetée 5 millions de francs par le géant français Parrot en 2012, Dario Floreano est aujourd’hui à la tête du laboratoire des systèmes intelligents de l’EPFL ainsi que du centre national suisse de compétences dans la robotique (NCCR Robotics). Depuis de nombreuses années, ce dernier œuvre pour assurer à notre pays sa place dans le monde robotique en devenir. Interview.



La Suisse est-elle bien positionnée dans le secteur de la robotique?
En comparaison de géants comme la Chine, la Corée ou les États-Unis, la Suisse reste toute petite. Toutefois, par nombre d’habitants, plusieurs études ont démontré que notre pays était celui comptant le plus grand nombre de start-up actives dans la robotique ainsi que celui publiant le plus grand nombre d’études scientifiques au monde dans ce domaine. Le défi à l’avenir sera de conserver un tel rang et, sur ce point, l’argent reste le nerf de la guerre.

Votre budget au NCCR Robotics est de 60 millions de francs sur douze ans, un chiffre qui paraît ridicule en comparaison des moyens d’un géant comme Apple, dont le trésor de guerre s’approche des 300 milliards de dollars…
Pour rester compétitif, pour réussir à passer à l’étape suivante qui sera de transformer nos jeunes pousses comptant quelques dizaines de salariés en entreprises de plusieurs centaines voire de milliers d’employés, il faudra effectivement investir beaucoup plus. Je parle naturellement du besoin d’augmenter les fonds publics tels que ceux qui ont financé notre centre de recherches. Il faudra surtout convaincre les fameux venture capitalists de miser de manière beaucoup plus active sur nos start-up.

À quel point les robots seront-ils déterminants pour notre futur?
La révolution est en marche et soyons honnêtes: au vu des défis que poseront les robots dans notre société, notamment sur les plans éthiques et sociaux, il vaut mieux développer son propre savoir-faire plutôt que de se le faire imposer par d’autres pays moins rigoureux.

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