L'endettement croissant des nations inquiète

FMILa dette fait courir des risques considérables aux pays à très faibles revenus qui n'utiliseraient pas cet argent à bon escient.

Tobias Adrian, responsable du département chargé des marchés monétaires et des capitaux du FMI, tire la sonnette d'alarme.

Tobias Adrian, responsable du département chargé des marchés monétaires et des capitaux du FMI, tire la sonnette d'alarme. Image: Keystone

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L'endettement croissant des pays émergents et de certains membres du G20 constitue «l'un des risques les plus importants» pour la reprise économique, estime le Fonds monétaire international (FMI). L'institution se montre pourtant plus optimiste sur la croissance mondiale.

«Malgré des taux bas, le poids des intérêts de la dette a augmenté dans plusieurs économies majeures», a expliqué Tobias Adrian, responsable du département chargé des marchés monétaires et des capitaux du FMI. Ce dernier s'exprimait lors de la présentation du rapport de son institution sur la stabilité financière mondiale.

«Cela représente l'un des risques les plus importants à terme si les taux d'intérêt remontent fortement», a-t-il prévenu, à un moment où la Réserve fédérale américaine (Fed) et la Banque centrale européenne (BCE) mettent progressivement un terme à leur politique accommodante de ces dernières années.

Cette période a permis aux Etats de financer leur croissance en empruntant sur les marchés internationaux à des conditions très favorables, à tel point que certains pays pourraient faire face à de sérieuses difficultés si les taux repartaient fortement à la hausse.

«Frappés durement»

Tobias Adrian est convaincu que cet endettement constitue l'une des plus grandes «vulnérabilités» de la croissance mondiale. Et elle n'épargne pas les pays du G20, dont font partie les principales économies mondiales comme les Etats-Unis, mais aussi des puissances émergentes comme la Chine, la Turquie ou le Brésil.

Pour les pays émergents et les régions les plus pauvres, «la plus forte dépendance aux emprunts étrangers pourrait devenir à terme une vulnérabilité, particulièrement pour les pays à très faibles revenus qui n'utiliseraient pas cet argent à bon escient», a ajouté M. Adrian. Ce dernier a travaillé sur un scénario de poursuite de l'endettement avec un «choc adverse».

«Certains pays seraient frappés durement par des répercussions défavorables, avec l'accumulation de dette qui les rend vulnérables», a prévenu le responsable du FMI.

Vers une crise obligataire

«Il existe de potentiels problèmes», a déclaré Sonja Gibbs, de l'Institut pour la finance internationale (IIF), à l'issue d'une table ronde sur la hausse de l'endettement des pays émergents à l'occasion de la réunion annuelle du FMI et de la Banque mondiale (BM).

«L'endettement pendant cette période de politique monétaire accommodante a été plutôt significatif», a-t-elle noté, rappelant que tous les pays ne s'étaient toutefois pas endettés de la même manière.

Cela sera «un défi le jour où la banque centrale américaine augmentera ses taux d'intérêt, que les taux remonteront à l'échelle mondiale et que les intérêts de la dette progresseront par conséquent», a admis Sonja Gibbs. Elle a toutefois ajouté que la plupart des pays émergents se trouvaient dans une meilleure situation que dans le passé, expérimentant de forts taux de croissance.

Au cours de la table ronde sur la dette souveraine, la plupart des participants ont insisté sur le besoin d'une bonne gestion des comptes publics.

«Il n'y a pas de remède miracle», a précisé le secrétaire d'Etat adjoint du Mexique, Alberto Torres. «Mais il faut avoir une politique budgétaire saine comme toujours», a-t-il poursuivi, reprenant à son compte l'appel du FMI à une gestion efficace des dépenses publiques.

Aux Etats-Unis, une nouvelle hausse des taux est attendue en décembre. De nombreux membres du Comité monétaire de la banque centrale ont estimé nécessaire de relever encore une fois cette année le coût du crédit même s'ils restent divisés sur le sujet, selon la transcription de la réunion du 19 et 20 septembre. L'institut d'émission a resserré les taux d'intérêt trois fois d'un quart de point, depuis l'élection de Donald Trump en novembre 2016.

Face à la perspective d'un endettement trop lourd, Ludovic Subran, chef économiste chez Euler Hermes, n'écarte pas «une crise obligataire à long terme, notamment sur les marchés émergents qui financent leur croissance avec le déficit public», a-t-il expliqué. «C'est un vrai sujet qui, pour le coup, est systémique pour l'économie mondiale», a averti un participant à la réunion du FMI, qui s'est exprimé anonymement. (ats/nxp)

Créé: 12.10.2017, 10h40

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