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Les entrepreneurs partent en guerre contre l’UDC

L’initiative pour le droit à l’autodétermination menace 600 traités économiques, estime economiesuisse.

Mobilisation générale. De g. à dr.: Patrick Odier, senior associé chez Lombard Odier et membre du Comité directeur d’economiesuisse, Cristina Gaggini, directrice romande d’economiesuisse, et Nicolas Durand, CEO d’Abionic
Mobilisation générale. De g. à dr.: Patrick Odier, senior associé chez Lombard Odier et membre du Comité directeur d’economiesuisse, Cristina Gaggini, directrice romande d’economiesuisse, et Nicolas Durand, CEO d’Abionic
Odile Meylan

Le vote du 9 février 2014 contre l’immigration de masse a laissé des traces. «Nous pensions que cette initiative n’avait aucune chance, et nous nous sommes réveillés trop tard», constate Nicolas Durand, CEO d’Abionic, start-up spécialisée dans la medtch, à Épalinges (VD). C’est dans ses locaux que l’organisation patronale EconomieSuisse a donné lundi le coup d’envoi de la campagne romande contre l’initiative de l’UDC pour le droit à l’autodétermination, qui sera soumise au vote le 25 novembre. Juste avant la conférence de presse du Conseil fédéral, qui se tient ce mardi. «Nous nous mobilisons tôt, car l’initiative de l’UDC est une attaque en règle contre l’économie d’exportation, et, par ricochet, contre l’économie locale», argumente Cristina Gaggini, directrice romande d’EconomieSuisse.

Patrick Odier, senior associé chez Lombard Odier et membre du comité directeur d’EconomieSuisse, rappelle pour sa part que lorsque deux normes, suisse et européenne, se trouvent en contradiction, «nous disposons des outils nécessaires pour aboutir à des compromis, comme cela a été le cas avec les armes à feu semi-automatiques, pour lesquelles la Suisse a obtenu de l’UE des aménagements juridiques spécifiques».

Deux francs sur cinq sont gagnés à l’étranger

«Alors que deux francs sur cinq sont gagnés à l’étranger, que 97 000 entreprises suisses sont tournées vers l’exportation, dont 90% de PME, soit des centaines de milliers d’emplois, un oui le 25 novembre causerait un dégât d’image incalculable pour la Suisse», renchérit Aude Pugin. Directrice d’APCO Technology, une entreprise liée notamment à l’Agence spatiale européenne, elle dépend fortement de la coopération internationale en la matière, qu’il s’agisse de la participation à des programmes comme le futur lanceur Ariane 6 ou l’accès à une main-d’œuvre étrangère qualifiée. Comme d’autres entrepreneurs, elle a choisi de s’impliquer dans cette campagne en posant sur des affiches. «Je suis aux côtés d’un paysan soleurois», indique-t-elle. Ceci pour bien souligner que le texte de l’UDC aurait des conséquences catastrophiques dans tous les secteurs. «Il ne s’agit pas de juges étrangers, comme le simplifie l’initiative, mais de droit international, qui est d’ores et déjà incorporé à notre système politique.» Avis partagé par Isabelle Harsch, CEO de Harsch, entreprise spécialisée dans les déménagements pour multinationales et expatriés, ainsi que dans le transport international d’œuvres d’art: «Le droit international pose un cadre qui protège les entreprises et les citoyens. Sans cela, ce serait la loi de la jungle.» Nicolas Durand craint pour sa part une «difficulté accrue dans la recherche d’investisseurs étrangers.

Quelle confiance pourraient-ils avoir en notre projet si la dénonciation de tel ou tel traité venait à le fragiliser, voire à en rendre impossible l’extension à l’étranger?» Grâce aux nanotechnologies, Abionic a mis au point une procédure à même de livrer, à partir de quelques gouttes de sang, un diagnostic médical en cinq minutes. «Notre objectif est de sauver des millions de vies dans le monde. Un repli de la Suisse en termes de coopération serait catastrophique.»

Risque d’isolement

Concrètement, la Suisse est liée à l’international (Union européenne, mais aussi États-Unis ou Asie par exemple) par 5000 traités, dont 600 relèvent spécifiquement de l’économie. En cas d’acceptation de l’initiative le 25 novembre, ceux-ci ne seraient pas caducs du jour au lendemain. Cependant, insiste Patrick Odier, «en cas de conflit entre le droit international et la Constitution, celle-ci l’emporterait et le traité en question serait de facto dénoncé, et donc violé unilatéralement par la Suisse». Une renégociation au cas par cas est toujours possible, «mais pour cela, il faut être deux, objecte Cristina Gaggini, et rien ne dit que le ou les partenaires seraient prêts à le faire».

Les entrepreneurs craignent que le message de l’UDC ne laisse penser que le droit international s’impose de manière abrupte. «Mais la Suisse ne s’engage que si elle y trouve un intérêt, sans perte de souveraineté incontrôlée ou soumise à de mystérieux juges étrangers», rappelle Patrick Odier.

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