Accusé de mensonge sur le climat, Exxon risque très gros

PétroleLe géant américain est accusé d’avoir trompé ses actionnaires en sous-estimant les coûts du réchauffement climatique.

Des activistes manifestent devant la Cour suprême de l’État de New York, vendredi, au premier jour du procès d’Exxon Mobil.

Des activistes manifestent devant la Cour suprême de l’État de New York, vendredi, au premier jour du procès d’Exxon Mobil. Image: ANGELA WEISS/AFP

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Les yeux se ferment lentement, puis se rouvrent brusquement avant de se refermer. L’un des avocats d’Exxon Mobil semble finalement avoir baissé les armes face à la rafale de questions techniques de Jonathan Zweig, procureur assistant de l’État de New York, qui s’abat sur Robert Bailes, l’un des cadres d’Exxon Mobil assis dans le box des témoins.

Au 3e jour du procès du géant pétrolier accusé d’avoir trompé ses actionnaires en sous-estimant les coûts générés par les émissions de CO2, la bataille se déroule sur un terrain difficile d’accès aux non-initiés. Il oppose, sous les yeux attentifs du juge Barry Ostrager, un jeune procureur méthodique à des quinquagénaires en cravate à qui Exxon Mobil avait confié la planification des dépenses générées par la lutte contre le réchauffement climatique. Cette bataille se joue sur des nuances, des notes de bas de page, des graphiques de projections publiées dans des rapports internes.

Des actifs peu sûrs

L’État de New York cherche à prouver qu’Exxon Mobil, groupe basé au Texas, a donné à ses actionnaires l’apparence que ses actifs étaient nettement plus sûrs qu’ils ne l’étaient en réalité à cause de leur exposition aux mesures prises pour lutter contre le réchauffement climatique. Selon la plainte déposée l’année dernière par Laetitia James, la procureure de l’État de New York, «Exxon a offert des assurances fausses et trompeuses, selon lesquelles elle gérait de manière efficace les risques pour ses affaires, créés par les décisions politiques de plus en plus restrictives» des autorités pour lutter contre les changements climatiques.

En réalité, la politique d’Exxon Mobil, décidée en interne, aurait exposé ses investissements aux risques des régulations mises en œuvre face au chaos climatique. Au final, selon l’accusation, cette pratique du géant texan aurait coûté entre 476 millions et 1,6 milliard de dollars à ses actionnaires.

Vendredi, Robert Bailes, l’ancien responsable de la gestion des coûts liés aux émissions de CO2 chez Exxon Mobil, n’a cessé d’insister sur le fait que les documents internes sur lequel s’appuyait le procureur reflétaient simplement des discussions au sein du groupe pétrolier sur des scénarios potentiels. «C’est un monde incertain», a-t-il glissé peu avant d’assurer que le géant pétrolier n’avait pas présenté aux actionnaires des projections différentes de celles qui étaient discutées en interne. «Nous ne décidons pas de la politique du groupe sur la base d’un document», a-t-il assuré.

Déjà sur le banc des accusés à New York, Exxon Mobil fait depuis jeudi l’objet d’une nouvelle plainte dans le Massachusetts. Maura Healey, la procureure de cet État du nord-est, accuse le géant pétrolier d’avoir non seulement trompé les investisseurs sur les risques induits par le réchauffement climatique, mais aussi les consommateurs. «Exxon connaît depuis des décennies l’impact catastrophique sur le climat de la combustion des énergies fossiles, son principal produit», a-t-elle affirmé dans un communiqué. «Et pourtant jusqu’à ce jour, Exxon continue de tromper les consommateurs et les investisseurs du Massachusetts sur les dégâts dangereux causés au climat par les produits pétroliers.»

Martin Hoffert, un scientifique qui a travaillé pour Exxon, a affirmé mercredi au Congrès que le géant pétrolier connaissait depuis les années 70 les risques que faisaient courir ses activités à la planète. Malgré cela, Exxon aurait délibérément alimenté les doutes sur le réchauffement climatique.

Exxon a été défendu au Congrès par une personne invitée par les élus républicains. Mandy Gunasekara, employée du Ministère de l’environnement nommée par le clan Trump, a dénoncé «une cabale politique» pour «pousser à la faillite l’une des plus grandes compagnies énergétiques américaines». Et elle a loué la politique de déréglementation environnementale de l’administration Trump.

Créé: 25.10.2019, 22h45

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