Elles mettent le paquet pour des alternatives vertes aux plastiques

Alimentation One Stepup, née dans l’incubateur de l’Ecole hôtelière de Lausanne (EHL), aide les distributeurs à adopter des emballages compostables

Jeanne Guerlais et Chanelle Youssefi derrière leurs produits d’emballage 100% compostables

Jeanne Guerlais et Chanelle Youssefi derrière leurs produits d’emballage 100% compostables Image: Odile Meylan

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Atterrés par les masses de plastiques qui finissent leur vie dans la nature ou dans les océans, beaucoup de consommateurs sont choqués en voyant, dans de grandes surfaces, des bananes bios emballées sous plastique ou des quantités de barquettes contenant des mets à emporter vite ingurgités, vite jetés à la poubelle. L’idée même d’emballer leurs légumes et salades dans ce matériau leur donnent des scrupules. Mais la chasse aux plastiques sur les rayons a commencé. À l’ombre du géant Nestlé (lire encadré), une petite start-up née dans l’incubateur de l’École hôtelière de Lausanne (EHL), One Stepup, veut lancer sur le marché sa solution d’emballage en matière végétale entièrement compostable.

Assurant que les technologies de production sont au point, Jeanne Guerlais et Chanelle Youssefi fournissent aux distributeurs de produits alimentaires des sacs, sachets et barquettes non seulement recyclables mais que l’on peut mettre au compost à la maison. «Après mes études à l’École hôtelière, je suis partie en Inde, raconte la seconde. J’ai été choquée par tous les plastiques que j’ai vus à même le sol. Nous avons fait beaucoup de recherches avec mon père, ancien chimiste dans l’industrie de l’emballage, et nous avons découvert que des solutions existent, mais elles ne sont pas commercialisées.»

Pas tous bons pour la terre

Chanelle Youssefi n’est pas dupe: «Il y a beaucoup de bioplastiques, mais tous ne sont pas performants et bons pour la terre. Nous avons trouvé en Europe des fabricants de produits compostables que nous avons fait certifier par le label allemand TÜV pour vérifier qu’ils se décomposent entièrement et apportent des nutriments au compost.»

Aujourd’hui, One Stepup a développé plusieurs types de contenants, des sachets pour divers aliments et des sacs pour fruits et légumes. Transparents et imperméables, ceux-ci ressemblent à s’y méprendre aux emballages plastiques traditionnels et présentent des caractéristiques similaires. C’est justement là un des points les plus délicats de leur commerce, estiment les deux entrepreneuses: même les consommateurs avertis peinent à croire qu’ils ne sont pas en présence du matériau qu’ils voudraient bannir.

Il s’agit dès lors de convaincre les clients avec un marquage très clair via les responsables de chaînes alimentaires et les producteurs qui veulent afficher un label de durabilité. Chanelle Youssefi explique que les matières premières qui servent à fabriquer les différents sachets sont des déchets industriels de bois – dont le principal constituant est la cellulose – ainsi que les racines de manioc, qui contiennent beaucoup de fibres, améliorant ainsi la résistance. D’autres matières végétales, telles les pommes de terre, le maïs, le soja, le blé ou la canne à sucre, sont à même de remplacer les plastiques dérivés du pétrole. Des industriels ont développé des techniques de polymérisation spécifiques.

Prix encore élevé

Le prix de production des emballages 100% compostables est encore élevé en comparaison des dérivés du pétrole. Les deux coéquipières visent dès lors en priorité les grands distributeurs qui chercheront à compenser le surcoût par une augmentation des ventes. One Stepup a déjà réussi à en convaincre quelques-uns, qui mènent actuellement leurs propres tests de qualité et de conservation des produits.

La jeune entreprise fondée il y a un an souhaite tester ses gobelets de café compostables avec un vernis d’amidon de maïs pour l’étanchéité. Elle veut aussi développer une ligne à base de PLA (acide polylactique), produite habituellement avec l’amidon de maïs, mais en n’exploitant que les déchets de cette culture. Cette matière d’origine végétale utilisée aussi en impression 3D est solide, elle résiste à la chaleur et supporte l’humidité.

Créé: 22.03.2020, 10h01

Nestlé va investir près de 2 milliards

Au marché du dimanche de Plainpalais à Genève – ville qui a interdit ce 1er janvier la distribution de produits à usage unique sur le domaine public –, les marchands de fruits et légumes utilisent des sacs biodégradables et compostables. Le géant Nestlé s’est lui engagé à investir jusqu’à 2 milliards de francs pour diminuer l’utilisation de plastique dans les emballages et améliorer le recyclage. Il a rejoint le Pacte plastiques européen lancé le 6 mars à l’initiative de la France et des Pays-Bas, qui regroupe près de 80 entreprises, gouvernements et ONG. Ceux-ci s’engagent d’ici à 2025 à réduire d’au moins 20% les produits et emballages en plastique vierge, à augmenter d’au moins 25% les capacités de collecte et de recyclage et à utiliser au moins 30% de plastique recyclé dans les emballages (en moyenne).

Le groupe Nestlé – très critiqué par Greenpeace pour être, après Coca-Cola, la firme dont on retrouve le plus de produits plastiques dans la nature – veut créer un nouveau marché d’emballages recyclables grâce aux producteurs. Il s’engage à «acheter jusqu’à 2 millions de tonnes de plastiques recyclés de qualité alimentaire et à affecter plus de 1,5 milliard au paiement d’une prime pour ces matériaux d’ici à 2025». La multinationale veut aussi accélérer les travaux de recherche avec un fonds de 250 millions de francs destinés à des start-up et à son propre Institut des sciences de l’emballage à Vers-chez-les-Blancs. Inauguré en septembre, il travaille aussi sur les matériaux biosourcés, compostables et biodégradables. J.-M. C.

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