Fischer Connectors, un modèle de la nouvelle ère industrielle 4.0

Saint-Prex Spécialisée dans les connecteurs haut de gamme, l’entreprise investit gros dans son siège et site de production. Elle est en forte croissance

Dans les ateliers de montage, à Saint-Prex, la finition d’une partie des connecteurs est manuelle, mais les technologies numériques sont présentes dans chaque phase de la fabrication, notamment dans la gestion des flux de composants.

Dans les ateliers de montage, à Saint-Prex, la finition d’une partie des connecteurs est manuelle, mais les technologies numériques sont présentes dans chaque phase de la fabrication, notamment dans la gestion des flux de composants. Image: VANESSA CARDOSO

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Industrie 4.0 n’est pas qu’un slogan à la mode. Dans nombre d’entreprises, la transition vers cette nouvelle ère industrielle est en marche. Spécialisée dans les connecteurs haut de gamme, Fischer Connectors intègre les technologies numériques, l’internet des objets et les services en réseaux dans toutes ses activités.

Dans son site modulable de Saint-Prex, construit il y a à peine plus de dix ans, l’entreprise modernise constamment ses équipements en intégrant les nouvelles technologies dans toute «la chaîne» de fabrication, depuis le programme de modélisation de la conception des produits, la gestion des stocks et des flux de composants, l’automation, les tests de qualité, jusqu’à la logistique de la livraison.

Pourtant, dans cette industrie de niche, qui comprend une vaste gamme de produits pour une demande très variable en volumes, un nombre important d’opérateurs et opératrices reste nécessaire pour le montage.

Le sceau de la Suisse

«Notre métier est proche de l’horlogerie, relève Jonathan Brossard, CEO du groupe depuis septembre 2016. Nous sommes des micromécaniciens, nous misons beaucoup sur la miniaturisation. Dans l’atelier de montage, il y a quelques robots en début de ligne, des machines semi-automatisées, mais une partie de l’assemblage comprend une finition manuelle. On ne peut pas tout robotiser car nous avons beaucoup de produits très diversifiés qui nécessitent du savoir-faire et une certaine dextérité. Le robot a besoin d’une grande standardisation. Notre outil de production doit être agile et très réactif. Cela demande une architecture industrielle très aboutie qu’on trouve ici en Suisse.»

Jonathan Brossard souligne toutefois que les investissements ne touchent pas que les équipements: «Nous investissons massivement dans la recherche et le développement, soit l’être humain, et travaillons sur de nouveaux axes de diversification qui nous apportent de la valeur ajoutée dans nos produits.»

En 1954, Walter Werner Fischer, expert dans la technologie du vide, fondait la société à Morges afin de développer le premier connecteur étanche haut de gamme pour des applications industrielles. Huit ans après, il brevetait son système de verrouillage «push-pull» puis lançait le premier connecteur hermétique. L’entreprise a ainsi développé des systèmes de connexions électriques et optiques caractérisés notamment par leur étanchéité et leur robustesse dans des conditions extrêmes ou des transmissions de données haut débit.

Aujourd’hui, les trois domaines principaux de Fischer Connectors, qui compte 30'000 connecteurs à son catalogue, sont le secteur médical, l’instrumentation pour l’industrie ainsi que la défense-sécurité. Mais ses connecteurs servent également dans les télécoms, l’audiovisuel, les transports ou l’énergie.

Nous voulons évoluer avec de nouveaux produits pour être un fournisseur de solutions, non seulement de connecteurs, mais de connectivité.

«Depuis 65 ans, nous faisons le métier de la connectique, explique le jeune CEO de 30 ans, membre de la famille propriétaire de la société. Nous voulons évoluer avec de nouveaux produits pour être un fournisseur de solutions, non seulement de connecteurs, mais de connectivité.» C’est ainsi qu’à Saint-Prex, mais également dans les grandes filiales – en particulier celle d’Atlanta pour l’Amérique du Nord –, les équipes de R&D développent des solutions avec des clients spécifiques du secteur électronique, dans les nouvelles applications miniaturisées, la connectivité portable ou l’internet des objets.

Veste intelligente

L’une de ces innovations, mise au point avec la start-up britannique Wearable Technologies spécialisée dans les «habits intelligents», a été dévoilée l’automne dernier. Il s’agit d’une veste connectée pour ouvriers de chantier et d’usine, qui comporte quatre connexions d’un nouveau type – à enfichage à 360 degrés – sur lesquels on peut brancher divers capteurs de santé et de sécurité: miniradar d’alerte si un engin s’approche trop près, détecteur de gaz, radio, GPS, caméra, etc.

Participant au projet d’avion solaire SolarStratos, basé à Payerne, la firme collabore également avec l’EPFL, dans le domaine robotique, à la réalisation de l’exosquelette Twiice (système d’aide à la marche des handicapés). Ses recherches, qui concernent souvent le domaine médical, ont dopé l’équipe de R&D qui, en trois ans, aura bientôt doublé son effectif: une trentaine à Saint-Prex.

Si des câblages sont produits dans certaines filiales, toute la fabrication des connecteurs eux-mêmes se fait à Saint-Prex. Fischer Connectors y emploie dés­ormais près de 280 collaborateurs (300 à la fin de l’année avec les engagements prévus) sur un total de 550 dans le groupe qui compte huit filiales, la dernière fondée en 2017 au Japon, la plus importante (120 employés) aux États-Unis. Jonathan Brossard rappelle qu’à son arrivée en 2016, le groupe comptait 380 employés. Cette augmentation répond à la hausse des ventes – dont 95% vont à l’exportation – ces dernières années. L’entreprise familiale ne dévoile plus son chiffre d’affaires, qui était de l’ordre de 75 millions de francs en 2008. Il n’a pas encore franchi les 200 millions. Toutefois, le directeur général consent à dire que, depuis son arrivée, la croissance a atteint 35% sur deux ans!

À l’étroit

La multinationale, installée à Apples entre 1975 et 2008, est désormais aussi «à l’étroit» à Saint-Prex. Ayant acquis le double de terrain nécessaire à son usine-siège dans la zone industrielle, elle réfléchit à son expansion. Mais le jeune dirigeant cache encore son jeu. Franco-Suisse, juriste de formation, fils de banquier «que rien ne prédisposait à prendre les rênes de l’entreprise», Jonathan Brossard se sent à l’aise dans son fauteuil directorial. Sans bagage d’ingénieur, il se place dans une vision globale «business». Le beau-fils du président Peter Fischer ne redoute rien, ni la guerre commerciale attisée par Trump ni la concurrence de son rival local, Lemo à Écublens, autre leader mondial de la connectique high-tech.

Adepte de la voltige aérienne, mais aussi coureur automobile, s’il admet la supériorité en ce domaine de l’écurie Rebellion Racing qui est dans le giron de Lemo, en tant qu’entrepreneur, il se sent pousser des ailes de «niveau stratosphérique» avec Fischer Connectors!

Créé: 11.02.2019, 11h00

Jonathan Brossard, CEO de Fischer Connectors. (Image: Jean-Marc Corset)

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