Ingvar Kamprad s’en est allé abreuver le ciel de meubles en kit

Carnet noirSuite à une courte maladie, le créateur emblématique de la célèbre marque suédoise est décédé à l’âge de 91 ans.

En 1958, l’entrepreneur suédois ouvre son premier magasin à Älmhult pour présenter ses meubles faciles à monter et surtout bon marché.

En 1958, l’entrepreneur suédois ouvre son premier magasin à Älmhult pour présenter ses meubles faciles à monter et surtout bon marché. Image: DR

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Même si, de nos jours, les yeux sont braqués sur la Silicon Valley, où les entrepreneurs les plus en vue sont tous liés aux nouvelles technologies, Ingvar Kamprad laissera une trace indélébile dans l’histoire entrepreneuriale mondiale. À 91 ans, suite à une courte maladie, le fondateur du groupe Ikea s’en est allé. Il est parti abreuver les cieux de meubles faciles à monter et surtout bon marché.

Car avant toute chose, ce Suédois était un commerçant dans l’âme. Peu scolaire, le jeune Ingvar préfère ne pas perdre de temps aux études et démarrer sa carrière dans la vente. Dès l’âge de 17 ans, il écoule ainsi tout ce qui lui tombe sous la main. Ses premiers pas – ou plutôt trajets à vélo – dans les affaires se font ainsi dans la vente d’allumettes, de stylos et d’autres articles de décoration. Ikea est né.

À cette époque, ce nom ne signifie pas grand-chose, puisqu’il est l’acronyme de «Ingvar Kamprad Elmtaryd Agunnaryd». Si le dernier mot fait allusion au nom de son village natal, Elmtaryd est celui donné à la ferme de ses parents dans le Småland, une province méridionale de Suède.

L’idée de génie
Son attrait pour les meubles démarre quelques années plus tard. Au départ, il s’agit de refourguer des modèles normaux, fabriqués par des artisans locaux. Puis, comme souvent, l’idée de génie qui permettra l’essor de sa société survient par hasard. Elle se résume à une question: Comment faire entrer une table entière dans une voiture? «Et si l’on en démontait les pieds?» propose à cette époque l’un de ses employés. Dès lors, l’idée d’un «meuble en kit» ne quittera plus l’esprit de ce self-made-man.

En 1958, quinze ans après sa première vente d’allumettes, l’entrepreneur suédois ouvre son premier magasin à Älmhult pour présenter ses meubles «prêts-à-monter» et prouver que malgré cela, l’objet est de bonne qualité. Convaincu du potentiel de son concept, Ingvar Kamprad se décide très vite à aller le tester sur d’autres marchés. Dès les années 70, il s’étend aux quatre coins du monde et crée un empire du meuble standardisé, à monter soi-même et surtout à bas prix.

«L’amour fou de l’argent»
«L’amour fou de l’argent» est certainement le deuxième aspect le plus marquant concernant Ingvar Kamprad. Le Suédois fait d’ailleurs souvent penser à Picsou ou son rival Gripsou, les célèbres personnages de Walt Disney. L’homme s’avère effectivement prêt à tout pour la moindre économie.

Malgré une fortune estimée en 2017 à plus de 43 milliards de francs (selon Bilan), le fondateur d’Ikea était connu à Epalinges (ndlr: commune où il a vécu de nombreuses années) pour débarquer en fin de journée au supermarché du coin et s’assurer d’avoir accès à des produits vendus à moitié prix. «C’est dans la nature du Småland, je crois, d’être économe. Si vous me regardez, je pense ne rien porter qui n’ait pas été acheté sur un marché aux puces», avait-il déclaré sur la chaîne suédoise TV4 en assurant vouloir surtout montrer le bon exemple.

Roi de l’optimisation fiscale
Un sou étant un sou pour Ingvar Kamprad, ce dernier a vite cherché à optimiser au maximum la fiscalité de son groupe, dont les caisses se remplissaient de plus en plus. Il fait ainsi partie des pionniers qui ont monté des structures particulièrement nébuleuses.

En 2011, après plus d’un an d’enquête, des journalistes détaillent la méthode Kamprad. En résumé, ces derniers découvrent que sur chaque produit vendu, 3% du prix est reversé à Inter Ikea, holding qui exploite les droits de propriété du groupe. D’après eux, 9 milliards d’euros en tout, sans jamais être taxés, ont été placés en vingt ans sur les comptes d’une fondation installée au Liechtenstein et contrôlée par la famille Kamprad. Depuis la fin de l’année dernière, Ikea est d’ailleurs dans le collimateur de Bruxelles, puisque la Commission européenne a ouvert une enquête approfondie sur le traitement fiscal appliqué à Inter Ikea.

Sa radinerie serait du reste l’une des principales raisons qui l’a poussé à s’installer en Suisse. En tout cas, c’est ce qu’il affirmait en 1976 au moment de poser ses bagages dans le canton de Vaud. Il y était resté jusqu’en 2013 avant de retourner vivre ses derniers jours dans le Småland. (24 heures)

Créé: 28.01.2018, 21h28

Un «radin» plutôt généreux envers son canton d’accueil

On le décrivait souvent comme un homme près de ses sous. Ingvar Kamprad aura laissé une autre image en sa terre d’accueil, le canton de Vaud, où il s’est régulièrement engagé pour la collectivité. À Epalinges, où il avait élu domicile en 1976, un lotissement d’appartements protégés doit ouvrir dans quelques semaines: le patron d’Ikea en est le grand artisan, lui qui l’a financé en faisant don en 2012 de 10 millions à la commune vaudoise. Contacté par l’ATS, son syndic, Maurice Mischler, s’est dit très touché par le décès de l’homme d’affaires suédois. «C’était quelqu’un que nous avons beaucoup apprécié à Epalinges. M. Kamprad est rentré en Suède en nous laissant un bon souvenir.»

Pierre Keller se souvient bien de sa première rencontre avec lui: «J’étais à la recherche de mécènes lorsque je travaillais sur la nouvelle ECAL, raconte l’ancien directeur de l’établissement. Je suis allé le voir avec des plans, un projet ficelé et la possibilité de financer différents objets. Dont des fauteuils à 500 francs, parce qu’on m’avait dit qu’il était radin. Mais aussi un auditorium à 100 000 francs et le grand auditorium à 500 000 francs. Il m’a rappelé quelques semaines plus tard pour me dire: «C’est bon.» En l’occurrence, il avait décidé de financer le grand auditorium.» Celui-ci est d’ailleurs baptisé Ikea.

De ces premières rencontres est née une véritable amitié. Pierre Keller décrit le Suédois comme un homme très intéressant, visionnaire, simple, proche de son entreprise et de ses employés. «Le décès de sa femme, en 2012, a marqué la fin de son histoire avec la Suisse.»

Le président sortant de l’Office de vins vaudois le rencontrera une dernière fois, en Suède. «Je savais qu’il aimait notre vin. Je lui ai porté une caisse de Baronnie de Dézaley. Et je l’ai fait, à cette occasion, commandeur de l’Ordre des vins vaudois.» La Fondation Asile des aveugles, à Lausanne, a également bénéficié des largesses du Suédois, recevant en 2012 un don de 10 millions de francs. David Genillard

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