L'année 2015 sentait le vinaigre pour Reitzel

AlimentationLe fabricant de cornichons, basé à Aigle, a beaucoup souffert l'an dernier. Son chiffre d’affaire a reculé de 13,6%.

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Patron de Reitzel, Bernard Poupon confie avoir vécu en 2015 la pire des 30 années qu’il a passé à la tête de l’entreprise alimentaire suisse. La faute n’incombe pas seulement à la Banque nationale suisse qui a laissé le franc s’envoler. Mais aussi à la conjoncture mondiale qui a déprimé des marché-clés pour la société. Pourtant, lors de la présentation des résultats ce matin, l’administrateur-délégué a insisté sur sa détermination à maintenir une production en Suisse, malgré toutes les difficultés de ce secteur.

Il faisait écho à Philippe Reitzel, président et petit-fils du fondateur Hugo Reitzel: «Nous somme la dernière conserverie de produits vinaigrés en Suisse, a-t-il répété. Depuis plus d’un siècle nous sommes à Aigle, 110 personnes travaillent ici. Toutes les autres marques produisent les «pickles» à l’étranger, excepté la nôtre. Nous tenons beaucoup à rester un groupe familial». Une entreprise familiale «bicéphale» depuis que la famille Poupon, de la maison des moutardes Grey Poupon de Dijon, s’est unie à celle implantée à Aigle dans les années 70.

Reitzel derrière un grand nombre de marques de distributeurs

Dans le Chablais vaudois, l’entreprise produit principalement ce qu’on nomme aujourd’hui des «pikles» (62% du chiffre d’affaires), soit des légumes et autres végétaux conservés dans des condiments, à commencer par les cornichons, ainsi que des sauces (19%): moutardes, sauces à salades, vinaigres, mayonnaises et ketchup. Au gré d’un rachat en France, la société fabrique également, uniquement dans ce pays, des plats cuisinés.

Si sa propre marque se fait parfois trop discrète au rayon des supermarchés helvétiques, en tant que produit de marque suisse, déplore Bernard Poupon, la production d’Aigle est beaucoup plus importante qu’on ne l’imagine puisqu’elle couvre de nombreuses marques de distributeurs. Chez l’ensemble des distributeurs alimentaires dans notre pays, sa production représente près de 20% de ces aliments de conserverie, et même 38% chez Migros. Le reste étant des produits importés.

Le groupe Reitzel, qui possède deux usines de production en France (186 collaborateurs), est un acteur nettement plus important dans ce pays puisque , selon son administrateur délégué, quatre bocaux sur cinq vendus dans les grandes chaînes de distribution sont produits par son groupe sous leurs propres marques Ainsi, plus de la moitié du chiffre d’affaires de Reitzel réalisé en 2015, soit 111,7 millions de francs suisses, n’apparaît pas aux yeux du consommateurs comme un produit de la multinationale vaudoise.

Yoyo des changes

Toutefois, cette identité suisse de la société n’est pas sans poser de grandes difficultés de gestion financière en regard du yoyo des taux de changes qui voilent la réalité des chiffres de vente. Pour illustrer ce fait, Bernard Poupon présentait ce matin les chiffres en francs mais aussi en euros. Dans la première des deux monnaies, le chiffre d’affaires recule de 13,6%, alors que dans la seconde, la baisse n’est «que» de 1,6%! Plus grave encore, cet effet sur les comptes de Reitzel Suisse: - 6,6% en francs et + 6,4% en euros. Compte tenu de cet effet du change, le patron du groupe se dit, non sans une certaine ironie, «satisfait» que la baisse ne dépasse pas 7% dans les comptes officiels. Car il a fallu réagir vite face à la concurrence des produits importés, dont le prix a chuté du jour au lendemain, le 15 janvier 2015, de près de 20%. «On a perdu des marchés très spécifiques, dit-il, car on est devenu soudain trop cher. Mais on a rapidement répercuté les gains sur la matière première et on a prospecté de nouveaux marchés».

Hors de Suisse, la filiale française a été pénalisée par une baisse des ventes, limitée à 2,1% exprimée en euros. Mais c’est la division internationale (13% des affaires), qui a le plus souffert, enregistrant une chute de 18,2% des revenus (euros). C’est essentiellement la Russie qui plombe le résultat à cause de la chute du rouble de 50%. Et là, ce ne sont pas les coûts de la main d’œuvre helvétique qui sont en cause, puisque les produits de vinaigre vendus en Russie sont produits sur le site Reitzel de Bangalore en Inde.

2016 mieux parti

Aujourd’hui, Bernard Poupon n’a pas la langue trop pimentée sur l’avenir du groupe qui compte 653 collaborateurs au total. Le début d’année 2016 a été plutôt satisfaisant, En Suisse, le chiffre d’affaires s’est stabilisé et il entrevoit une reprise de certains marchés importants comme l’Allemagne, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Du côté de l’est, il voit plus loin avec un énorme potentiel en Asie. Reitzel, qui compte aussi un site de production en Turquie, est en train d’investir l’équivalent de 4,4 millions de francs pour agrandir celui de Bangalore pour des produits destinés aux fast-food. Cette clientèle de restauration représente en effet un axe de développement important dans le monde, particulièrement en Asie où pas grand monde n’achète un bocal de cornichons à manger à la maison, relève le patron.

Quant à la Suisse, Reitzel veut faire plus de place dans les rayons à ses produits transformés à Aigle, surtout chez les producteurs qui se targuent de vendre des produits locaux. D’ailleurs, si les cornichons poussent en majorité loin de la Suisse, il y a tout de même une petite culture de niche: 310 tonnes sur les 2160 transformés dans notre pays, rincipalement en Thurgovie. Mais un agriculteur vaudois a commencé l’an dernier cette culture non loin de l’usine d’Aigle. Et Reitzel aimerait en voir d’autres l'imiter pour faire pousser des cornichons dans le terroir suisse, histoire d’identifier ses bocaux moins marginalement avec le drapeau suisse sur le couvercle!

Créé: 12.04.2016, 19h16

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