L’industrie vaudoise manque de bras pour s’occuper des robots

Emploi Les industriels investissent gros dans des machines robotisées. Mais ils font face à une pénurie de personnel qualifié.

Chez Redel à Sainte-Croix, on a besoin de spécialistes pour des machines automatisées de plus en plus sophistiquées.

Chez Redel à Sainte-Croix, on a besoin de spécialistes pour des machines automatisées de plus en plus sophistiquées. Image: Jean-Paul Guinnard

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Non, la place industrielle vaudoise n’est pas en péril! Ni la crise financière mondiale de 2008, ni le choc du franc fort de 2015, ni la guerre commerciale orchestrée par le président américain en 2019 n’ont laissé entrevoir un scénario catastrophe. Des réductions d’emplois et des délocalisations, il y en a. Mais malgré les incertitudes, les industriels du canton ont beaucoup embauché ces deux dernières années, plus que dans les services, relevait la Commission Conjoncture vaudoise en décembre. Les entreprises tournées vers l’exportation se sont pour la plupart adaptées au taux de change élevé.

Ce qui inquiète aujourd’hui particulièrement le secteur, c’est le manque de personnel qualifié pour faire tourner un outil de production qui a été modernisé et automatisé de façon spectaculaire au moment où les départs à la retraite des travailleurs expérimentés commencent à se multiplier.

Investissements massifs

Un exemple frappant: Redel à Sainte-Croix qui produit des connecteurs plastiques haut de gamme – notamment pour des appareils médicaux – et de multiples composants pour sa maison mère, LEMO à Écublens, leader mondial de la connectique hightech. En 2016, l’année qui a suivi la fin du taux plancher de l’euro, le sous-traitant du Nord vaudois transférait son activité d’assemblages de composants – une des dernières tâches manuelles du site, assumée par 20 employés – en Hongrie. Mais entre 2016 et 2019, le nombre de collaborateurs passait de 120 à 145 alors que le volume de production progressait de 30%.

Redel a de gros projets d’extension en vue. Toutes ces dernières années, elle a investi massivement dans ses équipements poussant loin l’automatisation et la numérisation de l’entreprise. Dans son parc de machines – plus d’une centaine –, certaines valent près de 1 million de francs, loin de son dernier bijou: une machine Mikron (suisse) à près de 3 millions – avec options – équipée de 24 outils (84 axes numériques), capables d’usiner 24 pièces complexes de haute précision en même temps.

Pour faire tourner ces installations – une grande partie fonctionne en automatique la nuit –, le besoin de main-d’œuvre qualifiée est élevé selon Abraham Ratano, responsable des projets stratégiques opérationnels au sein du groupe, directeur du site jusqu’à fin 2019: «La formation est un gros challenge. On engage des professionnels très spécialisés qui complètent leur expertise sur le site pendant six mois à une année.»

10 000 collaborateurs à trouver

Polymécaniciens, automaticiens, micromécaniciens et mécaniciens de production – il y a actuellement 1300 places d’apprentissage ouvertes dans ces professions en Suisse –, auxquels s’ajoutent les ingénieurs et informaticiens, sont les métiers spécialisés les plus recherchés dans le monde industriel et de la sous-traitance.

Antonio Rubino, secrétaire général du Groupement suisse de l’industrie mécanique GIM-CH, basé à Paudex, confirme ce constat. Il a piloté une grande enquête dans la branche MEM (industrie technique de précision et des machines, sous-traitance) publiée il y a deux ans. Sa conclusion: «Le secteur devrait former 10 000 nouveaux collaborateurs en Suisse romande ces cinq prochaines années, alors qu’elle n’en forme que 4000!» Cela représente entre 20% et 25% des effectifs de la branche. Aujourd’hui, affirme-t-il, ce constat est toujours d’actualité.

Ce déficit s’explique en grande partie par le départ annoncé de nombreux collaborateurs à la retraite. Au sein du groupe LEMO, qui compte près de 800 employés en Suisse sur ses deux sites vaudois et un jurassien, 20% du personnel partira à la retraite dans les dix prochaines années. Heureusement pour Redel que le bassin de frontaliers, formés à bonne école, n’est pas loin. Ils représentent 80% des emplois à Sainte-Croix, jugé trop éloigné pour beaucoup de jeunes du bassin lémanique… C’est pourquoi, chez LEMO, on lance diverses initiatives pour rendre l’entreprise plus attractive, notamment en terme de mobilité. De plus, une équipe d’experts basée à Delémont développe des machines-outils plus accessibles à des profils de métiers de base pour contourner la pénurie des plus spécialisés.

À la vallée de Joux, la difficulté d’attirer les «jeunes de la plaine» se fait aussi ressentir. Sous-traitant horloger lancé dans une automatisation forcée au Sentier, Kif Parechoc compte 70% de frontaliers parmi ses 185 employés. Pas étonnant dans une vallée qui a moins d’habitants (6900) que d’emplois (8000, dont 75% dans le secteur industriel)!

"Pérenniser l'entreprise"

Mais le manque de personnel qualifié est ressenti dans une majorité d’entreprises industrielles. Dans l’industrie alimentaire notamment, au sein des usines Nestlé et Nespresso, ou Sapal à Écublens, qui conçoit et développe des équipements d’emballage industriel qui valent entre 500 000 et 5 millions. Elle investit 5% de son chiffre d’affaires dans l’innovation.

Les entreprises plus petites font le même constat à l’image du sous-traitant de pièces mécaniques et micromécaniques Dany & Fils à Yverdon qui compte une vingtaine de collaborateurs, en majorité des polymécaniciens (quatre ans de formation) ou des mécaniciens de production (trois ans). Le patron Alain Nicolet explique avoir fait d’importants investissements pour sa taille dans le parc machines et un gros effort de formation. Stratégie payante sur le long terme: «Nous avons pris un risque, mais c’est ainsi qu’on a une équipe de plus en plus performante et qu’on peut pérenniser l’entreprise” nous confiait-il l’an dernier.

Créé: 27.01.2020, 11h31

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