La nouvelle batterie verte qui charge les mobiles en Afrique

EnergieInstallé à Renens, Hilyte lance un appel de fonds pour commercialiser son ingénieux système de production d’énergie à bas coût.

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Au stade de prototypes, ces boîtes de plastique vertes ne paient pas de mine. Avec leurs petites portes qui s’ouvrent, on dirait un kit de cuisine pour enfants. Sauf que si on s’amuse à remplir le réservoir qui remplace les plaques avec une solution d’eau et de sel de fer, on peut produire l’énergie nécessaire à éclairer une pièce et à charger un mobile là où il n’y a pas de réseau électrique! Développée à Renens par la start-up Hilyte, cette batterie écologique à bas coût, destinée en priorité aux pays émergents, est prête à être commercialisée.

Appel de fonds

Grâce à son appel de fonds en cours (par crowdfunding), elle compte collecter 35 000 francs qui lui permettront de produire le moule très précis nécessaire à la fabrication en série de cette batterie d’autant plus efficace qu’elle est «rudimentaire» dans sa conception. Celle-ci est constituée de quatre cellules dans chacune desquelles est insérée une petite plaque de fer, le «consommable»! L’énergie n’est pas stockée, mais directement produite par réaction chimique avec le fer lorsque le liquide s’écoule dans la batterie. Elle permet ainsi d’alimenter une lampe électrique et, durant la nuit, de recharger un mobile par le port USB, grâce à un petit système électronique qui permet d’atteindre le voltage nécessaire.

Lors des essais, la batterie verte d’origine suisse a séduit les écoliers de la région d’Arusha, au nord de la Tanzanie.

Contrairement aux panneaux solaires, cette batterie verte fonctionne parfaitement la nuit et n’utilise que des matières premières courantes. Le liquide peut être utilisé 5 ou 6 fois avant d’être changé et jeté dans les WC ou recyclé comme fertilisant… Il faut seulement changer les plaquettes de fer qui ont une durée de vie d’environ 5 heures. Cet appareil qui produit de l’électricité est donc très économique, explique Briac Barthes, directeur et cofondateur de Hilyte. En Afrique subsaharienne, où lui-même a vécu un certain temps pour développer un autre projet agro-industriel, près de 90% de la population possède un téléphone portable, mais seul un tiers dispose d’une prise pour les recharger. Pour cette opération, les utilisateurs de mobiles doivent donc se rendre dans un kiosque à recharges multiples, parfois très éloigné de leur habitation. Or, ce service est très cher. «Ils dépensent parfois plus de 30% de leurs revenus pour s’éclairer et charger leur téléphone», selon Briac Barthes. Pour avoir de la lumière électrique, se désole l’ingénieur qui a appris la langue swahilie, ceux-ci brûlent du kérosène, qu’ils paient cher et qui est très toxique à cause des fumées noires qu’il dégage.

Invention californienne

C’est un autre cofondateur de Hilyte, David Lambelet, ingénieur en microtechnique de l’EPFL, qui a développé la technologie du système. En 2016, il a planché sur un projet de batterie au fer pour son master dans la célèbre Université de Berkeley à San Francisco. L’invention est née dans un de ses laboratoires, mais son brevet n’ayant pas été prolongé, elle est à disposition des entrepreneurs. L’innovation réside dans la technique de récupération de l’énergie grâce à un feutre de carbone qui est traité spécialement. Après des premiers essais avec un petit prototype en zone rurale au nord de la Tanzanie – à une heure de route du Kilimandjaro – les deux ingénieurs étaient assurés de l’intérêt des gens pour leur système de production d’énergie maison. Hilyte, dont le siège est à Neuchâtel, est fondé début 2018 et en juin leur projet d’entreprise est choisi par le programme d’accélération de start-up MassChallenge à Renens. Il a été élu au final parmi les 10 meilleurs sur 1000 dossiers de candidats!

Imprimante 3D

Hilyte travaille actuellement dans ces locaux aux derniers détails techniques de la batterie verte et à la commercialisation d’une première série. Les prototypes du boîtier, en plastique à base de maïs, ont été fabriqués avec une imprimante 3D. Mais le but, explique Briac Barthes, est de les faire produire en série - en plastique recyclé - dans les pays où ils sont vendus, d’où la nécessité d’un moule de première qualité. La batterie sera vendue au prix de 12 dollars (environ 12 francs), alors que le consommable (plaquettes de fer) reviendra à environ 10 centimes par jour. Ils économisent ainsi 70% sur l’éclairage selon l’entrepreneur. En Tanzanie, des entreprises de télécoms et d’énergie se sont déjà montrées intéressées à vendre ce produit. La start-up, qui réunit cinq collaborateurs (représentant trois pleins-temps), devra en écouler 75 000 pour être rentable - objectif visé à fin 2020 - mais son modèle d’affaires repose également sur la vente des consommables.

Chez Hilyte - labélisée par Solar Impulse comme solution pour lutter contre le réchauffement climatique - on relève que de multiples applications dérivées pourraient voir le jour avec cette technologie, notamment pour alimenter de petits capteurs. Par contre, dans notre pays, excepté pour les cabanes de montagne ou les maisons très isolées qui pourraient s’y intéresser en raison de son aspect écologique, le système n’est pas concurrentiel, en termes de marché, face aux piles. En attendant, parallèlement à cette activité, la start-up vend un kit (Hilyte Education) du parfait petit chimiste-producteur d’énergie à l’intention des écoles, qui rencontre un certain succès auprès des établissements de la région. (24 heures)

Créé: 04.02.2019, 12h38

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