La nouvelle directrice imprime un esprit de Silicon Valley à Y-Parc

Des femmes cheffes d’entreprises (série) L’Yverdonnoise Juliana Pantet, qui a fait ses études et un début de carrière en Californie, est arrivée dans un parc en plein boom.

Juliana Pantet a pris la direction d’un parc scientifique et technologique en pleine transformation.

Juliana Pantet a pris la direction d’un parc scientifique et technologique en pleine transformation. Image: Patrick Martin

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Premier parc scientifique à avoir vu le jour en Suisse, en pleine crise au début des années 1990, Y-Parc a longtemps fait figure de friche économique fantôme. Il a connu un premier essor dès l’an 2000, mais son développement s’est véritablement concrétisé depuis six ou sept ans. Il s’illustre notamment comme un pôle fintech et cybersécurité. Depuis l’an dernier, les annonces d’implantation se sont encore accélérées avec un fait marquant: la construction prévue de nouveaux bâtiments industriels de taille.

Si le parc prend un nouveau visage, la société Y-Parc SA aussi: Juliana Pantet a débuté au poste de directrice le 1er septembre 2017, succédant à Sandy Wetzel, qui incarnait ce dynamisme depuis 2012. Formée en Californie, experte en financement de start-up, la jeune cheffe d’entreprise âgée de 34 ans imprime un esprit de Silicon Valley à Y-Parc.

La Suisse en avance

Ainsi, si la firme américaine biopharmaceutique Incyte, spécialisée dans les traitements en oncologie, avait un œil sur différents lieux d’implantation, il a fallu moins de trois mois pour la convaincre de construire son usine de production à Yverdon. En annonçant sa venue en novembre dernier, elle a dit vouloir investir quelque 100 millions de francs sur ce site qui devrait être opérationnel en 2020 avec 140 employés.

«C’était toute une négociation, relève Juliana Pantet. Incyte voulait commencer son projet au plus vite. Il fallait répondre à des besoins précis, en termes de rapidité de construction, d’accès pour les transports et d’engagement de talents techniques et multiculturels. Nous devions également expliquer certaines particularités du système suisse, qui font ses qualités dans le long terme, mais ne sont pas forcément dans la culture d’une entreprise américaine. C’est tout un écosystème, avec ses aspects fiscaux et légaux, qui facilite l’arrivée des entreprises étrangères. Mais nous avons beaucoup de soutien de la Ville, du Canton et des différents services de promotion économique. En Suisse, nous sommes probablement en avance.»

Incyte – qui a annoncé entretemps vouloir installer son siège européen à Morges – a acquis un terrain de 21 000 m2, mais elle a réservé une surface supplémentaire de 47 000 m2 pour une future extension de la production. Cette annonce marque d’une pierre blanche l’expansion du parc scientifique et technologique, «qui se vend désormais tout seul», selon Juliana Pantet. Il y avait déjà la perspective de l’arrivée de Kindercity – une cité des sciences avec espaces thématiques, ateliers et animations prévoyant d’accueillir 100 000 visiteurs par an – ainsi que d’un futur centre de services (commerces, fitness, garderie et restaurants). La pose de la première pierre de Kindercity est prévue fin mai.

Coaching

Mais durant cet hiver, quatre autres projets importants ont été annoncés par la directrice et la Ville d’Yverdon. Deux sociétés vaudoises en pleine croissance: Sylvac, fabricant d’instruments de mesure de précision, qui déménagera depuis Crissier, et JPF-Ducret SA Constructions Bois, à Orges et à Bulle, qui bâtira un nouveau centre de production et de R&D. Dans moins d’un mois, Y-Parc inaugurera un nouvel espace de coworking permettant à une dizaine de start-up de bénéficier des services de l’incubateur Y-Start, notamment le coaching d’experts. Lancé en 2011, celui-ci abrite treize jeunes pousses. Cet automne, c’est le Centre des Entrepreneurs, sponsorisé par le groupe Raiffeisen, qui ouvrira ses portes, permettant aux patrons des PME romandes de se lier à un réseau d’entrepreneurs actifs dans toute la Suisse pour des conseils et expertises.

Ces initiatives renforcent l’émulation entrepreneuriale qui fait la réputation de la Silicon Valley et que Juliana Pantet connaît bien. Elle a grandi à Yverdon, mais à 13 ans, elle part vivre en Californie avec ses trois frères et sœur, suivant leur maman, qui a épousé un Américain. Elle fait ses études à San Francisco, où elle décroche un doctorat en droit à la John F. Kennedy School of Law, puis dans cette ville entame sa carrière professionnelle en tant que déléguée commerciale au consulat général du Canada. Durant quatre ans, elle soutient les entreprises canadiennes qui veulent s’établir dans la Silicon Valley.

Pas peur de se tromper

À partir de 2013, elle occupe un poste élevé dans une société d’investissement spécialisée dans les start-up. Pour elle, ce qui distingue avant tout la Suisse du berceau des Apple, Google ou Facebook, c’est le manque d’investisseurs focalisés sur les jeunes entreprises innovantes. «Aux États-Unis, on n’a pas peur de se tromper, c’est dans la culture d’entreprise. On investit sur des opportunités même si le projet repose sur des estimations de clients potentiels et ne génère pas de revenus. Alors qu’ici on n’ose pas se lancer si on n’est pas sûr du résultat. Pourtant les ressources existent et je pense qu’il y a beaucoup plus de réelles opportunités.»

Même si San Francisco lui manque, elle est réjouie de se rapprocher de sa famille yverdonnoise et d’avoir trouvé dans Y-Parc un environnement semblable à celui qu’elle a quitté. «Je n’imaginais pas que c’était possible en Suisse.» L’avenir du site, elle le rêve avec un décor de grues. Mais son but, avec les prochaines arrivées, est de densifier le parc. Car il n’y a plus beaucoup de locaux disponibles à la location. En 2020, lorsque tous les projets en cours auront vu le jour, il ne disposera plus que d’un quart de surface disponible sur son total de 52 hectares, soit autant que le terrain réservé par Incyte…

L'exemple Strong.codes

Y-Parc dénombrera alors quelque 2000 emplois contre 1400 actuellement (pour 167 entreprises). Sur la carte que nous présente la directrice – où aucun nom n’est dévoilé –, une grande partie des terrains restants est déjà colorée: réservée ou l’objet d’intentions de nouvelles implantations. «Nous sommes en contact avec des investisseurs immobiliers privés qui sont prêts à mettre des surfaces à disposition de sociétés ou de start-up qui n’ont pas les moyens ou l’expérience de construire elles-mêmes.» Car la vocation première du parc, rappelle Juliana Pantet, est de permettre aux entreprises innovantes d’éclore dans l’incubateur d’Y-Parc avant de s’installer dans le parc technologique. À l’image de Strong.codes, spécialisée dans la sécurité des jeux informatiques, rachetée par Snap, le groupe de Los Angeles propriétaire de Snapchat, et qui vient de faire ce transfert. L’esprit d’innovation qui brille en Californie est bien présent dans le Nord vaudois. (24 heures)

Créé: 26.03.2018, 12h59

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.