Les actionnaires d’UBS expriment leur défiance

Assemblée généraleLes propriétaires de la première banque helvétique refusent d’accorder la décharge aux dirigeants de la société.

Le PDG d’UBS, Sergio Ermotti, à la tribune jeudi à Bâle, face aux actionnaires de la banque réunis en assemblée. Son salaire au titre de l’exercice écoulé, 14,1 millions
de francs, a suscité quelque émotion.

Le PDG d’UBS, Sergio Ermotti, à la tribune jeudi à Bâle, face aux actionnaires de la banque réunis en assemblée. Son salaire au titre de l’exercice écoulé, 14,1 millions de francs, a suscité quelque émotion. Image: Keystone

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Atmosphère plombée jeudi à Bâle, dans la fameuse Halle Saint-Jacques. Face à des milliers d’actionnaires, les yeux dans les yeux, les présidents du directoire et du conseil d’administration d’UBS ont subi un véritable soufflet de défiance. La confiance n’est plus de mise entre les propriétaires de la première banque helvétique et ses dirigeants.

Dans les faits, la décharge aux membres du directoire et du conseil d’administration d’UBS pour leur gestion au cours de l’exercice écoulé n’a été approuvée que par 41,7% des droits de vote. Autrement dit, le quitus leur a été refusé.


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Une telle décision ne saurait certes bouleverser les relations des clients ou des employés avec ladite banque. Elle donne néanmoins aux actionnaires la possibilité d’intenter des actions judiciaires contre des membres du directoire ou du conseil d’administration, s’ils estiment qu’ils ont failli à leurs obligations. Et cela au-delà du délai de six mois usuel, pour tous les actionnaires ayant eux-mêmes rejeté la décharge.

À l’issue de l’assemblée générale de jeudi, un des leaders mondiaux des services et conseils en procuration, l’américain Institutional Shareholder Services (ISS), confirmait lui-même que le refus de la décharge faciliterait d’éventuelles procédures contre les organes dirigeants d’UBS.

Actions en justice?

«À court terme, il n’y a toutefois pas lieu de s’attendre à des actions judiciaires d’actionnaires d’UBS contre les dirigeants de cet établissement, estime Vincent Kaufmann, directeur d’Ethos (fondation genevoise conseillant des actionnaires assurant le deuxième pilier de 1,4 million de personnes en Suisse, actifs ou retraités). À moins que des responsabilités ne soient définitivement établies quant à l’éventuelle illégalité d’activités conduites en France entre 2004 et 2011.»

Il est vrai qu’UBS est poursuivie pour de graves accusations dans l’Hexagone, depuis sa mise en examen le 23 juillet 2014. En février dernier, le leader mondial de la gestion de fortune a été condamné à 3,7 milliards d’euros d’amende et 800 millions d’euros de dommages et intérêts pour «blanchiment aggravé de fraude fiscale» et «démarchage bancaire illégal sur le territoire français», par la 32e Chambre du Tribunal de grande instance de Paris. Et, deux mois plus tard, les actionnaires refusent la décharge.

Dégât d’image

Le dégât d’image devient lourd. Même si UBS fait des pieds et des mains pour s’efforcer de convaincre qu’aucune preuve n’atteste les accusations portées contre elle par la justice française. La banque a évidemment contesté le verdict du 20 février en se pourvoyant en appel. Le suspense promet donc de se prolonger. Le chef du service juridique d’UBS, Markus Diethelm, estime lui-même que les premières audiences en Cour d’appel devraient débuter vers la fin de 2020.

Autre indice d’affaiblissement face à l’adversité: le président du directoire, Sergio Ermotti, en est venu à exprimer ses sentiments de solitude dans le «Blick» de jeudi, juste avant l’assemblée générale. Il reproche même aux autorités helvétiques de ne pas avoir soutenu la banque lorsqu’un ministre des Finances français s’était permis des commentaires peu amènes au sujet d’UBS, alors que la procédure judiciaire était encore en cours.

Le Tessinois à la tête d’UBS se permettrait-il dès lors, en ces termes, d’adresser des griefs au Conseil fédéral? La direction de la première banque helvétique a pourtant elle-même dénoncé sans relâche les aspects politiques de la procédure judiciaire qu’elle endure dans l’Hexagone. Sans être dissuadé par la débâcle socialiste de mai 2017, Michel Sapin, l’ex-ministre français de l’Économie et des Finances, était, il est vrai, revenu à la charge juste après le jugement du 20 février contre UBS: «Il crédibilise les outils français en matière de répression de la fraude.»

«Rémunérations en baisse»

Bien qu’approuvé par environ 80% des droits de vote, le rapport sur les rémunérations versées au titre de l’exercice écoulé a aussi suscité quelque émotion. À commencer par le montant global dont a bénéficié Sergio Ermotti: 14,1 millions de francs.

Le président du conseil d’administration, Axel Weber, n’esquive pas pour autant les questions au sujet d’une telle somme: «UBS est une banque globale avec des racines suisses. Cela signifie que nous ne pouvons pas seulement tenir compte des salaires en Suisse. Nous sommes en effet confrontés à la concurrence d’autres banques globales dans la recherche et le recrutement de talents. Depuis 2006, avant la crise financière, les rémunérations globales des directoire et conseil d’administration ont en outre diminué de plus de 50%.»

Créé: 03.05.2019, 06h50

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