Pour réduire ses coûts, Nestlé rudoie son berceau suisse

AlimentationAprès avoir été longtemps épargnée, la Suisse est touchée de plein fouet par la stratégie élaborée par Mark Schneider.

Au siège mondial de Nestlé à Vevey, l’ambiance est actuellement des plus morose au sein des salariés qui craignent pour leur avenir.

Au siège mondial de Nestlé à Vevey, l’ambiance est actuellement des plus morose au sein des salariés qui craignent pour leur avenir. Image: Keystone

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A Vevey, au siège mondial de Nestlé, l’ambiance est actuellement des plus moroses. Pour retrouver de la croissance, le géant veveysan a en effet commencé à se serrer la ceinture. Drastiquement même, puisque le groupe compte réduire ses coûts de 2 à 2,5 milliards de francs dans les deux années à venir.

Du coup, les employés s’inquiètent de leur avenir professionnel. Au cours des derniers mois, l’annonce de premiers remaniements a prouvé que le berceau de Nestlé est en train de subir les effets du régime sévère imposé par le nouveau CEO, Mark Schneider. Venu du monde de la pharma, le patron d’origine allemande annonçait clairement la couleur dès son arrivée, il y a un an: «Nous faisons face à une situation sans précédent qui nécessitera de prendre des décisions difficiles.» Catalogue des mesures en cours.

Concentration à Vevey

L’appréhension des salariés suisses a augmenté d’un cran en fin d’année, lorsque Mark Schneider a présenté à Londres, devant un parterre d’analystes financiers, ses desseins pour Vevey. Le CEO a évoqué en effet vouloir concentrer les activités de Nestlé sur six sites au lieu de 21 actuellement.

Le groupe prétend qu’il ne s’agit pas de réduire les emplois, mais de profiter de nouveaux espaces construits à Vevey et à La Tour-de-Peilz. «D’ici à 2020, ce ne sont pas loin de 2000 nouvelles places de travail qui seront créées sur ces deux sites. Ces espaces pourront être attribués à des unités actuellement dispersées dans les deux villes», précise leur porte-parole, Christoph Meier.

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Usine fermée à Soleure

Durant l’été 2017, Nestlé annonçait également la fermeture dans les dix-huit mois de l’usine d’Eger­kingen. Dans le cadre d’un «programme de transformation» amorcé ces derniers mois et où le mot d’ordre serait de réduire nettement la voilure en Suisse, Nestlé Skin Health va transférer d’ici à la fin de l’année sa production vers ses autres usines dans le monde. Seules les fonctions «corporate» resteront en Suisse. Elles seront regroupées sur Lausanne, où se trouve le siège mondial de cette filiale. In fine, cette fermeture devrait aboutir à la disparition de quelque 190 postes dans le canton de Soleure.

Centre de Broc déplacé

Plus récemment, le groupe confirmait dans nos pages la délocalisation vers l’Angleterre de son centre de recherches sur le chocolat à Broc. S’il assure que l’usine n’est pas menacée par cette décision, ce sont tout de même 25 emplois qui passent à la trappe.

«Notre priorité est de nous assurer que toutes nos opérations en Suisse restent compétitives et s’adaptent à un environnement changeant rapidement. La marche courante de nos affaires nous force donc à revoir sans cesse nos opérations», explique Christoph Meier.

Nestlé IT en Espagne?

Concernant les services informatiques de Nestlé, certaines mesures se précisent également. D’après nos informations, les contrats signés avec de nombreux sous-traitants romands n’ont pas été renouvelés et devraient arriver à terme tout au long de 2018. «Il faut s’attendre à une vraie vague frappant les services informatiques basés en Suisse», explique un employé souhaitant rester anonyme et parlant d’un immense sentiment de gâchis. Au lieu de continuer à faire appel à des consultants externes avec qui le groupe travaille depuis des années, ce dernier envisagerait de regrouper ses forces en Espagne.

À Barcelone, en 2016, Nestlé a effectivement ouvert un hub IT avec l’objectif d’en faire l’unique pôle d’excellence du groupe. «Entre les mois de juin et novembre 2017, nous avons informé toutes les personnes travaillant dans cette entité de notre volonté de mener une étude de nos supports informatiques en vue d’améliorer nos processus internes», répond l’entreprise, en précisant que cette analyse n’est pas encore terminée.

Nespresso réorganisé

Le déménagement récent d’une septantaine de salariés de Lausanne à Romont laisse planer certains doutes pour Nespresso. Dévoilé par Le Temps, ce regroupement prévu en 2018 entrerait dans le cadre du programme de réduction des coûts entamé par Mark Schneider. Christoph Meier répond pour sa part qu’il s’agit en réalité de profiter de l’ouverture de leur «Centre de Développement Produits» pour regrouper leurs équipes R&D et ventes sous un même toit. Quant au reste des salariés du siège, «aucun déménagement ne serait envisagé pour le moment», assure le groupe, en réaction aux rumeurs de déplacement d’autres équipes.

Restructuration saluée

Déménagement, suppression de postes, fermeture de centres et sites de production… Après avoir été longtemps épargnée, la Suisse est touchée de plein fouet par la stratégie élaborée par son nouveau CEO et subit ainsi l’une des plus fortes restructurations de son histoire.

Christophe Laborde, analyste financier à la Banque Bordier & Cie, estime toutefois qu’il était temps que Nestlé embrasse une nouvelle dynamique et sorte de l’inertie de ces dernières années. «En cédant des actifs à croissance et profitabilité modestes, en restructurant ceux qui conservent de bonnes perspectives d’avenir et en optant pour des acquisitions dans des secteurs prometteurs comme les produits sains et bio, la stratégie élaborée par Mark Schneider me semble aller dans le bon sens», assure-t-il. (24 heures)

Créé: 15.02.2018, 07h46

Coupes culturelles à nuancer

À Vevey, lieu de son siège mondial, Nestlé a stoppé net un projet développé depuis des mois avec la Fondation Images: un espace d’art contemporain dans La Ferblanterie, ex-fabrique située à côté du musée nest. De plus, la société suspend pour cinq ans une partie de l’argent versé au Musée Jenisch. Bien que Nestlé ait affirmé «continuer de s’engager pour la vie culturelle et économique de la ville», le géant se désengage-t-il de son soutien à la culture veveysanne? La réalité est nuancée.

Certes, Nestlé a fait une brusque volte-face pour La Ferblanterie, où elle devait engager autour du million pour rénover le lieu avant de le louer à Images. Mais les 65 000 fr. retirés à Jenisch concernent les achats pour la propre collection de la multinationale. À l’image de Jean-Marc Yersin, directeur du Musée suisse de l’appareil photo, plusieurs acteurs culturels font la lecture suivante: «La directrice de Jenisch et son adjointe sont parties. Il n’y a plus personne pour faire le job!» Logique que Nestlé ne donne pas le porte-monnaie pour acheter de nouvelles œuvres, mais maintienne le montant alloué à la conservation de sa collection.

En revanche, deux institutions théâtrales voient leurs subventions amputées. Celle de L’Oriental est passée de 10 000 à 7500 fr. Le Reflet, lui, a perdu les 12 500 fr. soutenant les spectacles jeune public. «Nestlé dit aider quelques années un projet puis passer à un autre», constatent plusieurs sources.
Plus dur pour le Reflet: Nestlé avait injecté quelque 4 millions pour la rénovation du Théâtre au début des années 90. Mais la multinationale n’est pas entrée en matière pour soutenir les festivités des 150 ans.

D’autres entités sont «épargnées». Le festival Nox Orae a «bon espoir» de recevoir ses 1000 à 2000 fr. annuels. Le Festival des artistes de rue continuera à toucher ses 10 000 à 12 000 fr., même si, après deux ans de test, ses organisateurs renoncent à maintenir une scène devant le nest. Le festival Septembre musical (qui se tient à Montreux, mais avec des concerts à Vevey) a été soutenu pour 2018, mais les négociations pour 2019 seraient «tendues».

Pour expliquer les coupes, l’hypothèse que Nestlé veuille faire pression sur la Ville a été évoquée: Vevey a gelé les constructions dans un quartier (Plan Dessus), où la multinationale espérait développer deux projets immobiliers. Le fait que les entités où siègent des membres des autorités politiques soient davantage impactées que des structures plus indépendantes appuierait cette hypothèse.

Cependant la tenue de la Fête des Vignerons en 2019 n’est pas étrangère à la situation: depuis 2015, Nestlé dit attribuer à la culture veveysanne 400 000 fr. annuels. Une somme qui n’augmentera pas, même si une partie est absorbée depuis 2016 par la Fête des Vignerons, qui touchera au total 1,3 million, réparti en quatre tranches.

À noter que d’autres types de restrictions sont imposés au siège: l’historique femme qui distribuait le café dans les étages n’existe plus. Et les femmes de ménage ont été petit à petit remplacées par une entreprise externe.

Stéphanie Arboit

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