À la pointe dans les matériaux composites, NTPT a le vent en poupe

Les entreprises qui font les marques (série) Portée par ses voiles de fibres de carbone pour «Alinghi», l’entreprise de Renens brille dans le golf et les montres Richard Mille.

Équipement de confection des composites en salle grise, à Renens. On y traite des bobines de fibres de quartz en nappes dans lesquelles ces dernières sont alignées et imprégnées de résine avant cuisson pour créer le nouveau matériau composite.

Équipement de confection des composites en salle grise, à Renens. On y traite des bobines de fibres de quartz en nappes dans lesquelles ces dernières sont alignées et imprégnées de résine avant cuisson pour créer le nouveau matériau composite. Image: NTPT

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North Thin Ply Technology: derrière ce nom énigmatique se cache le Hollandais volant de la sous-traitance. NTPT, dont le siège est situé aujourd’hui dans les Ateliers de Renens, fabricant de matériaux composites de pointe, a été l’un des grands artisans des exploits d’Alinghi à la Coupe de l’America et de Solar Impulse 2, l’avion solaire de Bertrand Piccard dans son tour du globe.

Amenant sa science des fibres de carbone dans certains composants de Formule 1 et dans le domaine spatial, il équipe désormais les meilleurs compétiteurs de golf. Mais c’est grâce aux montres Richard Mille – portées par Rafael Nadal – que NTPT apparaît au grand jour, car ses produits carbone ou quartz donnent une esthétique singulière à la marque de luxe dont elle est un partenaire exclusif.

Des performances de choc

La société développe depuis 2012 un matériau composite en fibres de carbone très particulier, fourni sous forme de bloc, qui sert à fabriquer des boîtiers de géométrie complexe pour les montres haut de gamme Richard Mille (RM). Celui-ci est fabriqué par superposition de centaines de couches utrafines imprégnées de résine et chauffées à 120 degrés. L’horloger a acquis le savoir-faire pour usiner et découper ce matériau aux propriétés hors norme, alliant résistance aux chocs et aux ondes électromagnétiques, rigidité, étanchéité et stabilité thermique avec un gain de poids très élevé en comparaison des composants métalliques. Des performances qui ont été éprouvées sur terre battue par le tennisman espagnol.

Au fil de leur collaboration, NTPT a travaillé sur de nouvelles esthétiques avec les horlogers des Breuleux (JU), modifiant l’orientation des fibres et donc des textures du matériau d’origine, et en utilisant d’autres composites que le carbone noir afin de varier les couleurs. Notamment le quartz d’aspect blanc, rouge ou orange, obtenu par l’imprégnation de résines teintées entre les couches avant leur cuisson. Et des modèles originaux ont été lancés ces dernières années, combinant quartz et carbone avec des feuilles d’or.

L’entreprise vaudoise, qui a développé aussi les procédés industriels de production de ces matériaux composites – car leur fabrication, complexe, nécessite des machines spéciales – a inauguré l’an dernier à Renens une nouvelle salle grise de 300 m2 en partenariat avec Richard Mille. Les nouvelles installations ont une capacité de production de 7 tonnes de matériaux composites, essentiellement du quartz.

Le carbone et autres composites comme les fibres de verre ou d’aramide sont produits dans l’usine NTPT de Pologne. Ce site, qui compte aujourd’hui près d’une centaine d’employés, a été agrandi en 2016 avec la volonté d’accroître les volumes de production destinés à la voile, diverses applications industrielles, les châssis et éléments de carrosserie de F1 ainsi que les véhicules aériens électriques sans pilote.

Mais l’histoire de North Thin Ply Technology, fondée à Morges en 2009 dans le but d’étendre les applications de ses matériaux composites, remonte plus loin dans le temps, raconte François Mordasini, cofondateur et président. L’idée est née dans la tête de son compère Gérard Gautier, maître voilier, qui avait imaginé dès 2003 le futur de la voile des bateaux de compétition sous la forme d’une aile rigide. Il a ainsi inventé un tissu hybride – à la fois souple et solide – conçu avec une matière composite à la manière des coques de bateau. Il s’agissait alors de travailler des couches ultra­fines de carbone dans le sens des fibres, permettant de supporter les intenses efforts physiques, un peu comme le bois contreplaqué. Et de créer une membrane en matériaux composites, rigide et très légère, formée d’une multitude de couches extrafines. La chimie venant remplacer la couture pour fabriquer la voile!

Au départ, explique François Mordasini, amusé, les premiers prototypes de voile ont été créés à genoux avec un fer à repasser. Mais rapidement North TPT développe ses propres machines robotisées. Cette innovation dans les matériaux, qui fait partie de la «garde-robe d’Alinghi» à la Coupe de l’America, va révolutionner le monde de la voile de compétition, notamment aux États-Unis et en Nouvelle-Zélande. «Nos voiles pesaient bien moins que le poids habituel tout en étant beaucoup plus stables», commente l’ancien marin de compétition.

Au ciel, sur mer, sur neige…

Dans les deux années qui suivent son second sacre à Valence en 2007, North TPT industrialise sa production en partenariat avec le géant américain North Sails qui a investi 7 millions de francs dans le projet après les 6 millions du syndicat Alinghi. La production a été transférée dans la zone industrielle de Penthalaz, où elle disposait de locaux assez grands pour fabriquer ses voiles de bateaux en fibres de carbone. Durant huit ans, la nouvelle société a développé des matériaux composites pour de multiples secteurs qui avaient besoin de pièces et de matériel plus performants, comme le nautisme pour les mâts et foils de bateaux, l’aéronautique (Airbus et Boeing), les snowboards (Burton) et skis (Movement), cadres de vélos, battes de baseball et… cannes à pêche. De là, il n’y avait qu’un lancer pour atteindre les golfeurs de compétition sur le green.

«Dès 2017, nous avons arrêté de céder aux mirages et décidé d’aller dans des niches où nous pouvons contrôler notre destin, là où notre technologie est indispensable», dit le président de NTPT. La raison? Les matériaux composites qu’elle produit apportent plus de performances, mais dans de nombreux secteurs où la pression sur les prix fait rage, la valeur ajoutée apportée n’engendre pas une marge suffisante pour la société. Ainsi, aujourd’hui, NTPT se concentre sur deux domaines phares: l’horlogerie-joaillerie (deux tiers du chiffre d’affaires) et le golf. Les matériaux composites utilisés pour les manches des clubs de golf, sous forme de tubes, sont aussi en train de révolutionner ce sport, remportant déjà quinze victoires dans le circuit PGA professionnel. La F1 reste toutefois un bon client, selon François Mordasini, tout comme le domaine en plein décollage des avions et drones électriques.

La société s’est installée à Renens en 2016, à la suite du transfert de la production en Pologne, ne conservant d’abord que la R&D en Suisse et le développement de nouveaux matériaux. Mais son partenariat horloger ainsi que la nécessité de dissocier la production des carbones et des quartz – afin d’assurer la pureté du matériau – l’ont amené à construire la nouvelle salle grise. NTPT, qui emploie une trentaine de collaborateurs sur le site proche de Lausanne, a produit l’an dernier la matière pour l’usinage de quelque 2000 boîtiers en composites dans les ateliers Richard Mille.

Créé: 24.06.2019, 19h44

François Mordasini, cofondateur et président de NTPT. (Image: JMC)

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