Alpiq vend ses activités rentables au groupe Bouygues

ElectricitéLe géant suisse de l’électricité touchera 850 millions de francs. Des fonds qui lui permettent de gagner du temps.

Jasmin Staiblin, directrice-générale d'Alpiq, annonce lundi aux médias, à Olten, le démantèlement de la société.

Jasmin Staiblin, directrice-générale d'Alpiq, annonce lundi aux médias, à Olten, le démantèlement de la société. Image: Keystone

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Alpiq se sépare de ses activités industrielles. Le géant suisse de l’électricité a annoncé lundi lors de la présentation de ses résultats annuels qu’il cédait ses deux unités de service et d’ingénierie à Bouygues Construction et Colas Rail, filiales du groupe français Bouygues. Prix de vente: 850 millions de francs.

Les deux entités cédées, InTec et le Groupe Kraftanlagen, regroupent 7650 collaborateurs dont 4420 employés en Suisse (819 en Suisse romande) pour la première, la seconde n’étant pas présente sur le territoire helvétique. L’effectif global du groupe Alpiq se trouve désormais considérablement réduit, fort de 1550 collaborateurs. Bouygues Construction assure que l’achat n’aura pas d’impact sur les places de travail, les nouvelles acquisitions étant complémentaires à son portefeuille actuel.

La transaction devrait être finalisée dans le courant du second semestre de 2018. Les autorités de la concurrence de l’Union européenne et de la Suisse doivent encore donner leur feu vert.

Le démantèlement était attendu, comme nous le relevions dans nos colonnes au début du mois. Restait à savoir qui se porterait acquéreur. Le groupe Bouygues Construction s’est réjoui dans un communiqué de renforcer grâce à cette transaction son ancrage en Suisse. Celle-ci lui permet aussi de s’implanter sur de nouveaux marchés européens. Les activités industrielles d’Alpiq ont réalisé en 2017 un chiffre d’affaires d’environ 1,7 milliard de francs, essentiellement en Suisse (57%), en Allemagne (24%) et en Italie (12%), selon le groupe français.

Plus les moyens d’investir
Alpiq ne dit pas quels autres acquéreurs potentiels étaient intéressés. L’entreprise se félicite d’une transaction «gagnant-gagnant», qui va lui permettre de se recentrer sur la production d’électricité en Suisse et, à l’étranger, sur son parc de centrales, sur les nouvelles énergies renouvelables et le négoce d’énergie. Alpiq assure ne pas avoir l’intention de se dessaisir de ces entités, qui constituent son «cœur de métier».

Si le groupe se sépare de ses activités rentables, c’est qu’il n’a pas les capacités financières pour les développer et maintenir sa position de leader sur divers marchés. Prise à la gorge par les faibles prix de vente du courant, la société a vu ses ventes baisser de moitié en une décennie; elle n’avait d’autre choix que de désinvestir pour se désendetter. La surproduction généralisée en Europe a provoqué un effondrement des prix de gros de l’électricité. Alpiq a tenté de sortir de l’impasse en 2016 en mettant en vente une partie de ses barrages, dont la Grande-Dixence. Un parc hydraulique structurellement déficitaire qui n’a pas trouvé preneur. La recherche de nouveaux propriétaires a été suspendue l’an dernier. De plus, la société Alpiq n’a pas accès aux petits consommateurs (ménages et PME), qui paient plus cher leur électricité.

La cession de ses actifs industriels entérine un changement radical de stratégie. Elle met un terme à la politique de diversification du groupe qui est né il y a dix ans de la fusion entre EOS (Énergie Ouest Suisse) et Atel. La Fondation suisse de l’énergie a réagi en critiquant les «erreurs du passé» qui reviennent hanter Alpiq. «Un endettement élevé nécessite de l’argent», souligne-t-elle à l’agence économique AWP.

Chiffres rouges
L’an dernier, les faibles prix ont à nouveau pénalisé les résultats d’Alpiq. L’énergéticien valdo-soleurois a essuyé une perte de 84 millions de francs en 2017 contre un bénéfice de 294 millions en 2016 (+115 millions hors exceptionnels). Les arrêts imprévus de la centrale nucléaire de Leibstadt (AG) ont également eu un impact négatif sur l’exercice, tout comme les effets de change, qui ont grevé le résultat à hauteur de 77 millions de francs. Pour 2018, Alpiq s’attend à un résultat opérationnel inférieur à celui de l’exercice écoulé.

La cession de ses entités industrielles permet au géant suisse de gagner du temps en espérant une hausse des prix de l’électricité (lire en encadré). Elle permet surtout de rassurer les créanciers de la société. L’apport de liquidités résultant de la vente devrait permettre au groupe d’effacer sa dette. Celle-ci atteignait près de 4 milliards de francs il y a cinq ans. Le conseil d’administration proposera aux actionnaires de renoncer une nouvelle fois au dividende.

Les analystes et les investisseurs ont dans l’ensemble salué le démantèlement de la société. Le titre Alpiq a grimpé de 6,3% à 77 fr. 70 à la clôture de la Bourse suisse.

Créé: 26.03.2018, 19h31

«Nous ne sommes plus le propriétaire adéquat»

Trois questions à Jasmin Staiblin, Directrice générale (CEO) d’Alpiq

– La vente de vos activités industrielles va-t-elle conduire à des licenciements? Avez-vous obtenu des garanties de la part de Bouygues?
– Je ne fais aucun commentaire sur les détails de la transaction, c’est à Bouygues de répondre. Ce que je peux dire est que je me réjouis d’avoir offert de nouvelles perspectives aux 7650 employés (ndlr: dont 4420 collaborateurs en Suisse) d’un secteur que nous n’avions plus les moyens de développer. Il s’agit d’activités de service qui reposent sur les collaborateurs et qui sont complémentaires au portefeuille actuel de Bouygues, il n’y a pas de doublon. Je suppose donc que le groupe va les renforcer et continuer de les développer.

– Quand vous attendez-vous à ce que la production hydraulique retrouve la croissance?
– Les deux à trois prochaines années seront encore difficiles. Les prix du courant ne permettent pas d’être concurrentiel aujourd’hui. Mais les perspectives s’améliorent. D’une part, on observe une légère reprise des prix du courant en raison de la hausse des prix de CO2 et la sortie de l’Allemagne du nucléaire. Cela ne suffira pas pour renforcer le secteur hydraulique. Il faut encore corriger l’asymétrie réglementaire. Cela passe par une réforme nécessaire de la redevance hydraulique, un régime vieux de plus de cent ans, et par la libéralisation du marché de l’électricité. Enfin, les effets de change, qui nous ont pénalisés depuis l’abandon du taux plancher, seront positifs dans les prochaines années. La combinaison de tous ces facteurs permet de miser sur une reprise à moyen ou long terme.

– C’est un pari risqué de vous séparer de vos activités rentables. La décision a-t-elle été dure à prendre?
– Nous y avons certainement bien réfléchi. Nous ne sommes simplement plus le propriétaire adéquat car nous n’avons pas les moyens de développer ces secteurs. Aujourd’hui, les activités énergétiques internationales contribuent à plus de 60% à notre résultat. Cette transaction est très importante, car elle nous permet d’effacer notre dette et d’être parés pour l’avenir tout en consolidant notre cœur d’activité. C’est la bonne décision.

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