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Pourquoi Alpiq ne vend plus les grands barrages

Politique et finance se sont mêlées pour maintenir la Grande-Dixence dans le giron du géant électrique.

Ni la liste exacte des barrages concernés ni le nombre de milliards attendus n’ont été rendus publics.
Ni la liste exacte des barrages concernés ni le nombre de milliards attendus n’ont été rendus publics.
Keystone

La phrase, laconique, tranche avec l’ampleur du débat qui entoure depuis dix-huit mois l’avenir des grands barrages du pays, annoncés en faillite. «Le conseil d’administration a décidé de suspendre le processus d’ouverture de [notre] portefeuille hydroélectrique», a indiqué Alpiq lundi matin. Le premier électricien du pays met ainsi en veille la vente d’une participation de 49% dans ses monuments de béton, décidée en mars 2016.

Ni la liste exacte des barrages concernés ni le nombre de milliards attendus n’ont été rendus publics. Mais un possible passage de la Grande-Dixence en mains étrangères avait suffi à faire de la grande hydroélectricité l’enjeu clé de la votation sur la Stratégie énergétique 2050 en mai dernier.

Pas d’offres à la hauteur

Les raisons avancées par le groupe d’Olten pour justifier ce revirement? «Les trois critères définis pour la réalisation de la transaction (…) n’ont pas tous été remplis.» Pour Sven Bucher, responsable de la recherche à la Banque cantonale de Zurich, «les offres reçues pour ces barrages, qui continuent de perdre de l’argent, n’étaient pas à la hauteur de ce qu’attendait Alpiq».

Selon ce dernier, «les actionnaires du groupe ne s’attendaient de toute façon pas à une vente à un prix acceptable». Parmi ces actionnaires figurent – via le groupe EOS – les Services industriels genevois (SIG) ou Romande Energie. Directeur général des SIG, Christian Brunier se «réjouit de cette décision d’Alpiq, réaffirmant l’importance de l’énergie renouvelable, propre, locale». Nouveau secrétaire général de Romande Energie – un groupe qui avait mené des pourparlers avec Alpiq en vue d’une reprise des barrages – Daniel Hammer ne fait, lui, aucun commentaire.

En faillite, ces barrages?

Les géants européens de l’électricité n’ont donc pas bougé. Mais la décision d’Alpiq pourrait également refléter une volonté de garder ses barrages après avoir «revu un peu plus favorablement les calculs de rentabilité de ces ouvrages», esquisse Massimiliano Capezzali, professeur associé en énergie à la HEIG-VD. Après tout, le nouveau plan énergétique voté en mai promet 120 millions de subventions sur six ans à la grande hydraulique. Et le Conseil fédéral prévoit de réduire la manne de la «redevance hydraulique» versée aux cantons et communes abritant les barrages – 150 millions par an – faisant fi de la levée de boucliers des cantons alpins.

Ancien directeur associé de l’Energy Center de l’EPFL, l’expert avance une autre explication. Les installations hydroélectriques de pompage-turbinage fournissent une électricité de «réglage», injectée sur le réseau lors des pics de consommation hivernaux ou stockée dans les barrages lorsque les panneaux solaires italiens chauffent à plein. «L’hydraulique est le complément idéal de l’électricité renouvelable, elle garantit la stabilité de tout le réseau européen», esquisse Massimiliano Capezzali. Un marché de ce courant de «réglage» – qui vaut de l’or – est en formation en Europe. Or si la Suisse n’y a pas accès, «peut-être qu’Alpiq fait le pari que, dans une dizaine d'années, la valeur ajoutée apportée au réseau par ses barrages sera très différente», avance le responsable du nouveau pôle de compétences «Energies» de la HEIG-VD.

«Pour concrétiser la Stratégie énergétique 2050, il est fondamental que la Suisse conserve la maîtrise de ses outils de production d’hydroélectricité», relève de son côté le directeur général des SIG.

Subventions à négocier

Cette décision d’Alpiq de conserver un patrimoine national ne cacherait-elle pas un accord beaucoup plus politique avec Berne? «La Stratégie énergétique 2050 apparaît comme une façon de sauver nos grands barrages et un environnement politique plus favorable entoure la grande hydraulique», admet Massimiliano Capezzali, même si ce dernier ne croit pas à un accord négocié dans l’ombre.

«Alpiq n’a cessé de crier à la faillite des barrages et, plutôt qu’un deal sciemment noué, je vois surtout dans cette décision un signal de la part des électriciens: ils veulent retrouver un levier dans les négociations qui s’ouvrent sur la suite des soutiens apportés à la grande hydraulique», juge le conseiller national valaisan Yannick Buttet.

La page du débat sur l’avenir des barrages est loin d’être tournée. Aux yeux de ce parlementaire PDC, membre de la commission de l’énergie, cette décision d’Alpiq ne fait que repousser le problème des barrages de quelques années, «peut-être seulement de quelques mois». Après tout, l’électricien a simplement «suspendu» la vente de ses colosses de pierre.

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