Comment l'ancienne usine de SICPA à Annemasse est sortie du gouffre

France voisineCédé il y a douze ans, le plus gros site du fabricant d'encre lausannois a failli fermer. Son repreneur allemand Siegwerk, y a investi plus de 12 millions et en a fait son centre pilote dans les encres «numériques».

Le site de SICPA se situe à  Vétraz-Monthoux.

Le site de SICPA se situe à Vétraz-Monthoux. Image: Keystone

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Revendue il y a douze ans à l'allemand Siegwerk, la plus importante usine du groupe lausannois SICPA vient de lancer une nouvelle activité et tourne la page sur cinq années marquées par de lourds plans de restructuration. Employant aujourd'hui 245 personnes – il en a compté plus de 500 sous l'ère SICPA – le site situé à Vétraz-Monthoux, a bénéficié de 12 millions d'euros d'investissement dans le cadre d'un programme drastique mis en place à partir de 2012.

«A l'époque on nous parlait de pertes continues, de chômage, il était même question que l'usine disparaisse», se souvient Bernard Boccard, vice-président de l'agglomération annemassienne. «Cette entreprise a été sauvée de la délocalisation», résume de son côté Virginie Duby-Muller, députée de la Haute-Savoie, présente vendredi sur place pour rencontrer les salariés.

Le fabricant du «rose Evian»

Employant 5200 collaborateurs dans le monde, la société chimique allemande a fait de Vétraz-Monthoux son centre européen pour les encres et vernis à eau – dont il est devenu le deuxième producteur européen. Une installation de mélange d'encres à solvant alimentant l'Europe et l'Afrique du Nord , dont l'entrelac de tubes rappelle la nouvelle parfumerie de Firmenich à Meyrin, a également été montée sur le site. Aujourd'hui la filiale française de Siegwerk, qui produit notamment la couleur rose des bouteilles d'Evian, affiche des ventes annuelles de 110 millions d'euros, environ le dixième de l'activité du groupe fondé en 1830.

«Près de 30 chimistes travaillent ici afin d'innover dans l'impression sur emballages», explique Philippe Giguet, directeur technique, en parcourant les couloirs de bâtiments fatigués. Le groupe allemand a retenu l'an dernier le site pour y développer une nouvelle gamme destinée à des imprimantes à jet d'encre, débloquant pour cela une enveloppe de 2 millions sur cinq ans.

«Une usine pérenne à la compétitivité renforcée»

Directement reliée à un ordinateur – comme sur un bureau – ce système permet de tirer des étiquettes adhésives sans avoir recours à des rotatives de flexographie. Si la productivité de ces mastodontes crachant 400 mètres d'emballage à la minute reste inatteignable, le numérique «permet aux imprimeurs de s'adapter aux flux tendus et aux petites séries désormais imposées par les grands groupes comme L'Oréal ou Danone, qui ne veulent plus commander de millions d'étiquettes à l'avance», explique Matthieu Carni, responsable du développement de cette activité. Cette souplesse du numérique a, par exemple, permis à la marque de soda américain d'inscrire des prénoms sur ses canettes dans le cadre de sa récente campagne promotionnelle «Share a Coke».

Dix personnes travaillent au développement des ventes - balbutiantes - de ces encres «numériques» qui peuvent atteindre 50 euros le kilo, dix fois le prix d'un vernis à eau classique. «Annemasse est désormais une usine pérenne à la compétitivité renforcée», explique Herbert Forker, le directeur général du groupe allemand. Ce dernier estime que les effectifs sont aujourd'hui «stabilisés».

L'ex usine SICPA revient de loin

Il n'en a pas toujours été ainsi. A l'époque de son rachat en 2005, ce qui était la plus grosse usine de SICPA, «faisait tout moyennement et perdait de l'argent année après année», résume d'un trait Vincent Ernoult, directeur des ventes en poste dans l'entreprise depuis près de vingt ans.

Véritable coup de poker de la part de SICPA – en se séparant de ses encres pour emballage, la société vaudoise abandonnait alors la moitié de son activité et 2800 collaborateurs sur un total de 3600 – l'opération a permis au repreneur allemand Siegwerk de doubler de taille. «En 2005 nous avons racheté 36 sites à SICPA dans le monde, ici il y avait beaucoup de choses à faire et aucun argent en caisse», décrit Herbert Forker.

Les faibles performances d'une usine haut-savoyarde qui ne parvient plus à maintenir ses marges bénéficiaires conduisent au lancement d'un plan de sauvegarde en 2012. En contrepartie 12 millions d'euros sont investis dans la modernisation du site.

«Il était prévu de supprimer 84 postes sur 325, finalement, les départs à la retraite ou volontaires ainsi que les reclassements auront permis de réduire les licenciements secs à 23 postes», décrit la directrice du site. Ancienne directrice du personnel arrivée en 2007, Véronique Dunois a géré trois plans de restructuration en dix ans, avant de prendre la tête de la filiale française de Siegwerk l'an dernier. Aujourd'hui tout repart: à la fin du mois de septembre, les ventes affichent une croissance de 10% sur un an. Des résultats qui, enfin, ne sont plus inscrits dans les comptes à l'encre rouge.

Créé: 19.10.2017, 17h13

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