À Davos, Kudelski est dans son cœur de cible

SécuritéLe patron du groupe vaudois constate que la sécurité du monde virtuel est devenue un enjeu majeur au WEF et une opportunité pour sa société.

Pour les chefs d’entreprise, le Forum de Davos est un lieu privilégié pour saisir les tendances du moment et parler affaires.

Pour les chefs d’entreprise, le Forum de Davos est un lieu privilégié pour saisir les tendances du moment et parler affaires. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le Forum économique mondial de Davos (WEF) ne se résume pas à des sessions de discussions. C’est aussi un lieu où les chefs d’entreprise du monde entier se rencontrent pour parler affaires. André Kudelski est l’un d’eux. Il profite de la réunion de Davos pour saisir les tendances du moment et échanger avec une partie de sa clientèle: «Près de 60% de nos clients dans le domaine de la TV digitale sont aujourd’hui présents alors qu’il y a 20 ans, ils se comptaient sur les doigts de la main. Pour les nouveaux secteurs tels que la cybersécurité ou l’internet des objets, ce pourcentage est encore plus élevé.»

L’internet des objets

Cette année, André Kudelski est particulièrement attentif aux développements dans les technologies qui donnent aux choses une identité numérique (internet des objets). Rien d’étonnant, car Kudelski a fait de ce nouveau domaine l’un de ses piliers de développement futur. Il constate une convergence des technologies vers les solutions développées par la multinationale de Cheseaux. Au début, Kudelski s’occupait de sécuriser l’accès aux émissions des chaînes TV. Aujourd’hui, ces mêmes TV cherchent à protéger l’intégralité de leurs contenus, tout au long du processus de production, histoire d’éviter le vol ou le piratage.

Un autre marché s’ouvre: «La voiture est aujourd’hui un objet connecté. Il est essentiel de garantir que les données ne pourront pas être piratées ou utilisées de façon malveillante. C’est la même préoccupation que l’on rencontre dans le domaine des appareils ou implants médicaux. Avec une exigence particulière: en cas d’urgence et notamment d’indisponibilité d’un réseau de communication, il faut pouvoir garantir une prise de décision sécurisée à l’échelon local.» Les compétences de la société vaudoise sont au cœur des développements technologiques du moment, notamment avec l’intelligence artificielle et la blockchain, ces contrats informatiques dits inviolables.

Entre deux réunions à Davos, André Kudelski se montre confiant sur l’avenir de sa société, même si les résultats financiers ont été décevants en 2018 et resteront difficiles en 2019. À ses yeux, l’évolution du monde des médias exige de nouvelles prestations, notamment pour garantir l’authenticité et la véracité de leurs productions. Des besoins voisins des applications utilisées dans la cybersécurité. En s’installant aux États-Unis, Kudelski est aujourd’hui au cœur de ce marché en plein boom et de la vague d’innovations dans le domaine de l’internet des objets. Si autrefois Kudelski pouvait apparaître comme une société active dans des technologies très différentes, son repositionnement la place aujourd’hui au carrefour des processus numériques utilisant des codes et protocoles très similaires. Et surtout, la sécurité n’est plus la seule préoccupation des États ou des grandes entreprises. Avec l’internet des objets, les PME vont devoir maîtriser la sécurité numérique comme elles ont dû le faire autrefois dans leurs activités physiques. Une préoccupation qui concerne également les individus qui échangent des données mais qui perdent souvent leur trace.

Si pendant longtemps le monde numérique a paru sans frontière et ouvert, tout montre que pour se développer les technologies doivent apporter la preuve qu’elles sont fiables et respectent la propriété intellectuelle ou la vie privée. «C’est une évolution majeure et nécessaire. Je suis convaincu que nous avons raison d’investir dans ces développements, même si cette transformation est douloureuse et souvent difficile à comprendre de l’extérieur.»

Plus de transparence

Évidemment, le cours de Bourse de Kudelski montre que les investisseurs sont encore largement dubitatifs: «C’est une des raisons pour lesquelles nous avons décidé d’apporter plus de transparence financière aux activités de nos divisions», explique André Kudelski.

Le déploiement de la stratégie du groupe Kudelski intervient à un moment clé. Les conflits entre la Chine et les États-Unis sont peut-être le prélude à une nouvelle forme de guerre froide qui aura pour enjeu la maîtrise des technologies.

Enfin, à Davos, il a été beaucoup question de cybersécurité et de la nécessité d’une meilleure collaboration entre les États, les polices et les entreprises. André Kudelski plaide pour une action plus déterminée: «Même s’il y a une vraie motivation politique au niveau fédéral et que l’on fait des progrès, le dossier n’avance pas assez vite à mes yeux. C’est un enjeu stratégique pour la Suisse. Notre économie est axée sur des activités à haute valeur ajoutée qu’il faut protéger.»


Le Forum de Martin Vetterli

Le président de l’EPFL, Martin Vetterli, profite de Davos pour rencontrer les acteurs de la technologie et de la science. Cette année, il est particulièrement intéressé par le dossier des conventions numériques, soit des régulations nécessaires pour préserver la vie privée et les populations civiles contre des cyberattaques ou autres menaces qui proviendront de ce que l’on appelle le «cyberespace».

«Genève et ses institutions internationales peuvent jouer un rôle majeur dans ce domaine. C’est même leur essence et leur raison historiques. Ce sont les Conventions de Genève qui ont apporté de l’humanité et le respect dans les conflits humains. La Suisse doit se positionner. C’est notre intérêt et celui du monde au XXIe siècle.» Ce dossier a été également l’un des plus importants abordés dans les discussions qui se sont déroulées à la Maison Suisse, dirigée par Présence suisse et l’ambassadeur Nicolas Bideau. Le pavillon, logé dans l’espace VIP de la patinoire de Davos, est une première. Et un succès, selon les échos. La Suisse a pu expliquer aux leaders présents au WEF l’ensemble de ses initiatives prises dans le domaine humanitaire, et cela en bonne entente avec la Genève internationale, toujours très active dans les débats qui se déroulent au Forum de Davos. P.VE.

Créé: 24.01.2019, 23h13

Articles en relation

Kudelski dit adieu aux décodeurs

Technologie Les coûts associés à la restructuration du groupe ont pesé sur les résultats au premier semestre 2018. Plus...

L’industriel André Kudelski est parti à la conquête de l'Ouest

Par Monde et par Vaud (4/41) Le patron du groupe technologique qui porte son nom a ouvert un siège à Phoenix. Un basculement américain qui le concerne aussi: il s’est installé en Arizona. Plus...

«Les raisons de notre implantation aux États-Unis sont tout sauf fiscales»

Technologie À l’heure du protectionnisme, André Kudelski livre sa vision des enjeux économiques et des défis technologiques du moment. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.