Del West, une haute précision manuelle au coeur des moteurs de F1

Les entreprises qui font les marques L’entreprise de Roche applique sa science des matériaux et de l’usinage aux pièces de sports mécaniques et dans l’habillage de montres.

Usinées par les machines et affinées à la main, les pièces sont sous contrôle en tous points grâce à l’appareil de mesures 3D

Usinées par les machines et affinées à la main, les pièces sont sous contrôle en tous points grâce à l’appareil de mesures 3D Image: Chantal Dervey

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Une course de Formule 1 ou de Grand Prix moto (MotoGP) se joue souvent sur d’infimes détails. Ceux-ci peuvent dépendre de la fiabilité d’une pièce travaillée dans des matériaux spéciaux, compliqués à usiner dans une précision de quelques microns.

Situés au coeur de l’usine Del West Europe, le labo de contrôle des produits finis et sa machine à mesures 3D jouent ainsi un rôle essentiel dans la livraison de composants destinés à des moteurs de sports mécaniques, mais également à l’habillage sophistiqué de montres de luxe.

Le plus intriguant chez ce fabricant spécialisé, qui innove grâce à sa science des matériaux et de leur usinage largement automatisé, est que plusieurs de ces pièces nécessitent une finition manuelle de la part de collaborateurs formés à un savoir-faire singulier.

Ainsi le rodage (un type de polissage) des chemises – dans lesquelles coulissent le piston – est affiné à la main pour parvenir à la rendre ultra précise et la plus lisse afin de réduire au maximum les frottements et en accroître les performances. «Cette dernière touche est purement du ressenti, remarque admiratif Olivier Conne, le directeur général. On mélange les technologies de pointe dans la mise en forme de la matière avec des métiers très manuels.»

Fournisseur de la NASA

Aujourd’hui, la fabrication de pièces essentielles pour les systèmes de distribution des moteurs de compétitions est toujours l’activité phare de Del West Europe. L’entreprise équipe quasi toutes les écuries, de la MotoGP à la F1, «là où il y a le plus de développement», ainsi que les voitures de courses d’endurance (Le Mans) et de rallyes.

La société-mère, fondée en Californie par un métallurgiste en 1973, d’abord fournisseur des constructeurs aéronautique et spatial de la NASA, s’était par la suite focalisée sur la production de composants pour les moteurs de véhicules de courses. En 1996, elle avait fondé une unité européenne à Aigle afin de se rapprocher des marchés-clés que sont le nord de l’Italie, la France (région parisienne), le sud de l’Allemagne et la Grande-Bretagne. Bruno Engelric, le prédécesseur d’Olivier Conne – qu’il a remplacé en 2007 – était d’ailleurs parti chez Ferrari... Quatre ans plus tôt, l’entreprise, qui voulait s’agrandir, avait déménagé à Roche dans une halle de 3000 m2.

Del West est pionnière dans la fabrication de soupapes en titane, de linguets (pièces qui actionnent les soupapes) et des systèmes de rappel de soupapes pneumatiques. Pour certaines pièces extrêmement précises du rappel de soupapes, elle réalise un traitement technique très sophistiqué par transformation du métal en céramique. Les ingénieurs ont beaucoup travaillé sur ce nouveau procédé de céramisation, selon le directeur. D’ailleurs, explique-t-il, «la série automobile s’intéresse de plus en plus au ressort pneumatique car c’est une technologie verte avec un potentiel de réduction des émissions polluantes de 5% à 10%».

L’entreprise chablaisanne, qui compte une dizaine d’ingénieurs dans le département recherche et développement sur un total de 75 employés, façonne des métaux de haute performance (aciers, titane, magnésium ou aluminium) et diverses matières plus exotiques comme le carbone ou les composites à matrice métallique - alliages du futur – développées par une société du groupe aux Etats-Unis. Les propriétés des divers matériaux utilisés permettent d’améliorer la performance des moteurs et leur durée de vie. Olivier Conne nous apprend ainsi que les moteurs des voitures de courses reines du sport et automobile ont maintenant une espérance de vie de 5000 km contre 300 km autrefois! «Ces moteurs de F1 ont une efficacité énergétique diabolique, assure cet ingénieur EPFL».

La société - qui a reçu mandat d’une écurie F1 pour plancher sur la partie distribution de son moteur 2021 - produit généralement des prototypes et des séries de quelques milliers de pièces. Mais elle vise à l’avenir un retour sur investissement de ses développements technologiques, en particulier dans les voitures de séries puissantes haut de gamme. Mais son contrat le plus important, en volume - pour lequel elle investit un à deux millions dans son usine - a été signé avec un prestigieux fabricant anglais de motos pour produire quelques 180'000 linguets par an (à raison de 16 pièces par moteur) pour un nouveau modèle qui sortira à la fin 2020.

Rêves plus mesurés

L’aventure entrepreneuriale de Del West Europe ne s’est pas déroulée sans virages plus ou moins contrôlés, notamment à l’époque où son ancienne direction rêvait de créer une écurie de formule 1 et de constituer un «pôle d’excellence en matière de moteurs de compétition» près de Villeneuve. L’activité de l’entreprise, qui a compté plus de 100 employés au milieu des années 2000 avant de passer sous la barre des 50 pendant la crise de 2009, semble maintenant stabilisée.

Il y a une dizaine d’années, elle a pris un tournant important en utilisant son expérience et ses compétences dans l’usinage de nouveaux matériaux et les revêtements pour l’habillage de composants horlogers. Le sous-traitant produit des pièces où la dimension esthétique est primordiale telles que des boîtes complètes de montres, lunettes, fonds, poussoirs, protège-couronne, etc. pour différentes marques suisses.

Pour l’heure, cette activité de diversification représente environ un cinquième du chiffre d’affaires de la société - non révélé - indique son directeur. Mais l’objectif est d’atteindre le tiers dans une vision de croissance globale, conforté dans sa position de leader dans son marché de référence et avec de grandes ambitions dans sa nouvelle activité de pièces automobiles de série. Mais Olivier Conne pense que l’entreprise pourrait également se profiler - toujours dans la transformation d’énergie - dans des applications futures du médical, de l’aéronautique ou des piles à combustible.

Créé: 07.10.2019, 16h10

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