BonGénie verra son chiffre d’affaires baisser de 10%

Commerce de détailComme ses concurrents, l’enseigne genevoise subit de plein fouet les affres du franc fort

Pierre Brunschwig, président du groupe BonGénie

Pierre Brunschwig, président du groupe BonGénie Image: Pierre Abensur

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A l’instar d’une bonne partie du commerce de détail suisse, le groupe BonGénie fait face à une année 2015 particulièrement rude. Pierre Brunschwig, président du groupe, en détaille les difficultés. Interview.

Comment avez-vous encaissé le choc du 15 janvier?

Durement. Le choc fut d’autant plus violent pour nous que nous avions déjà acheté l’entier de nos nouvelles collections. Or du jour au lendemain, elles perdaient 10 à 20% de leur valeur.

Votre frère, Nicolas Brunschwig, évoquait au printemps que 2015 pourrait être «l’année la plus difficile pour votre groupe depuis le choc pétrolier de 1973…» Cette prédiction se concrétise-t-elle?

Il a oublié l’année 2002, où nous avions été confrontés à une baisse de 10% de notre chiffre d’affaires… 2015 entrera effectivement dans nos années les plus rudes, car le premier semestre a été extrêmement mauvais et l’été tout aussi caniculaire pour la météo que pour nos affaires. Tout cela sans oublier que la fin de l’année dernière avait déjà été extrêmement difficile (ndlr: BonGénie a fait 170 millions de chiffre d’affaires en 2014).

Comment expliquez-vous que la situation ait commencé à se dégrader bien avant le 15 janvier?

Il y a deux facteurs principaux. En premier, la baisse continue, ces derniers temps, du pouvoir d’achat d’une bonne partie de la population, pour la plupart cliente de BonGénie. L’autre facteur résulte du discours anticonsommation en vogue depuis de nombreuses années. Ce dernier porte ses fruits, puisque les gens consomment effectivement moins ou différemment.

Concrètement, comment cela se répercute-t-il sur votre chiffre d’affaires?

Alors qu’en début d’année nous avions budgété une hausse de nos revenus de l’ordre de 2%, nous tablons désormais sur une baisse d’environ 10% de nos affaires en 2015.

D’où la démission, en mai, de votre frère à la présidence de la FER Genève et son retour au sein du groupe familial…

Contrairement à ce qui a été rapporté par les médias, Nicolas n’a jamais quitté l’entreprise familiale. Il est vrai par contre qu’il a toujours eu beaucoup d’activités extraprofessionnelles, dont la carrière politique qu’on lui connaît. D’ailleurs il en a presque autant aujourd’hui que lorsqu’il présidait la FER Genève.

Comment vous êtes-vous réparti les tâches au sein de la famille?

Nous sommes quatre partenaires. En plus de mon frère, il y a mon cousin Jean-Marc Brunschwig et ma cousine Anne-Marie de Picciotto. Depuis trente ans, nous avons mis en place un mode de fonctionnement très collégial, nécessitant une unanimité des voix pour tout projet important.

Globus vient de dévoiler son plan de restructuration englobant notamment 60 suppressions de poste… Faut-il s’attendre à de telles mesures chez BonGénie?

Si notre masse salariale a baissé d’environ 7-8% depuis le début de l’année, cette réduction s’est faite en douceur par des départs en retraite et quelques renvois. Sans nouvelles catastrophes, un licenciement collectif n’est absolument pas envisagé dans notre programme d’optimisation des coûts.

Et qu’en est-il du niveau salarial de vos employés?

Nous n’avons touché ni aux salaires ni au temps de travail de nos employés. Mais nous ne les avons pas non plus augmentés. Donc avec la hausse du coût de la vie et la baisse de nos affaires (et donc de l’intéressement sur les ventes), le pouvoir d’achat de nos employés s’est forcément réduit ces dernières années.

Vos difficultés actuelles vous ont-elles contraintes à geler certains projets?

Il est évident qu’elles ont eu un impact sur nos dépenses en général. Après une décennie à investir entre 6 à 8 millions chaque année, désormais ce chiffre tourne autour des 3 à 4 millions. Nous venons toutefois d’investir près de 1,8 million dans la rénovation de notre département «homme» à Lausanne. Quant à Genève, nous prévoyons déjà de refaire tout le rez-de-chaussée.

Prévoyez-vous d’ouvrir de nouveaux magasins?

Avec nos 17 points de vente dispersés à travers toute la Suisse, nous considérons avoir une bonne couverture du pays. Par contre nous envisageons de nouvelles implantations dans des sites fréquentés par les touristes (aéroports et zones touristiques).

Depuis 2013, vous avez de grandes ambitions pour la vente sur Internet. Où en êtes-vous dans le développement de vos affaires en ligne?

Elles restent marginales pour nous avec seulement 1% du volume global de nos ventes. Contrairement à ce que les gens peuvent croire, la vente online n’est pas la panacée, car elle nécessite une logistique très complexe et coûteuse, surtout dans le domaine du retour de marchandises (35-40%). Le plus important est qu’aujourd’hui cette activité n’est plus déficitaire pour BonGénie.

Pourquoi insister si la vente en ligne est si peu rentable?

Nous la considérons comme un service complémentaire nécessaire. Nos statistiques démontrent en effet qu’environ 45% de nos clients sur Internet achètent régulièrement des habits/objets dans nos magasins physiques. Elle nous permet également de toucher des régions où BonGénie n’est pas présente et d’offrir un service d’achat disponible 24 heures sur 24.

L’on vous sait mécontent du blocage actuel concernant l’ouverture des magasins en Suisse romande…

Nous demandons en effet depuis longtemps à ce que la Suisse romande suive la Suisse alémanique en ouvrant 2 ou 3 dimanches par année. Sans succès. Cette situation est d’autant plus malheureuse qu’elle risque de booster un peu plus le tourisme d’achat, puisque la France vient en effet d’accorder à ses détaillants de pouvoir ouvrir douze dimanches par année.

Créé: 12.10.2015, 10h26

Temps si difficiles pour les détaillants

Manor, Globus, BonGénie… les temps sont durs pour les grands détaillants suisses. Ces derniers font face à une accumulation de facteurs touchant de plein fouet leurs revenus. En tête, la force galopante du franc depuis le 15 janvier dernier une fois le taux plancher avec l’euro abandonné par la Banque nationale suisse, suivi par une explosion du tourisme d’achat. Selon le Credit Suisse, en 2015, ce seront plus de 11 milliards de francs qui auront été dépensés par les Suisses hors du pays.
Les statistiques les plus récentes parlent aussi d’un recul général des prix de 2,3% dans le non alimentaire et de 0,4% dans l’alimentaire. Certaines branches telles que l’électronique ou le textile font face à des baisses drastiques de l’ordre de 10%. Des chutes non sans conséquence sur les chiffres d’affaires des commerçants. Selon l’institut GFK, rien que pour le premier semestre, l’ensemble de la branche aurait perdu pour 1,9% de chiffre d’affaires.

Pour la mode, la situation est particulièrement rude. Le secteur fait face à une suroffre généralisée qui, ces derniers mois, a plongé dans la tourmente certaines marques célèbres telles que Benetton, Gap ou encore Quiksilver. D’après GFK, c’est le domaine de l’habillement et de la mode (ventes en baisse de 4,2%) qui est le deuxième à avoir le plus souffert dans le commerce de détail (pour tout ce qui est non alimentaire).

Ces difficultés commencent à se répercuter sur les employés. Sans compter un gel à la hausse des salaires dans la plupart des cas, les annonces de réduction de postes s’enchaînent. Manor a déjà biffé une centaine d’emplois; Globus a présenté il y a quelques jours son plan de suppression de soixante postes. Quant à BonGénie, les licenciements se sont faits sur la durée et en toute discrétion, sans passer par la case «licenciement collectif».


La période de Noël s’annonce tendue et cela d’autant plus que toute une série de rabais est déjà en train d’apparaître. Dimanche dernier, Le Matin Dimanche recensait déjà 480 promotions hebdomadaires. «Nous observons que, sans relâche, les consommateurs s’attendent à des prix plus bas», expliquait à l’hebdomadaire dominical Martin Hotz, expert du domaine.

O.W

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