La faillite de Thomas Cook frappe un million de clients

TourismeLe célèbre voyagiste britannique a cessé toute activité lundi matin. Le plus gros rapatriement de touristes a débuté.

Confusion dans des dizaines d’aéroports européens: les clients de Thomas Cook ignoraient tout de la faillite du voyagiste britannique et attendent leur rapatriement par d’autres voies.

Confusion dans des dizaines d’aéroports européens: les clients de Thomas Cook ignoraient tout de la faillite du voyagiste britannique et attendent leur rapatriement par d’autres voies. Image: AFP / JAIME REINA

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L’impensable est arrivé. L’inventeur des voyages organisés, Thomas Cook, s’est mis en faillite lundi matin, après cent septante-huit ans d’histoire. Le dernier vol du voyagiste Orlando-Manchester a atterri à 9h52 (heure suisse), avec des passagers et surtout un personnel volant en larmes. Le communiqué du Département britannique des transports, diffusé sur le compte Twitter de Thomas Cook, est aussi sec que la nouvelle est brutale: «Thomas Cook Group cesse ses activités avec effet immédiat. Toutes les réservations, y compris pour les vols et les vacances, sont annulées.»

Depuis lundi, les scènes de passagers en rade défilent sur la BBC ou les sites internet des quotidiens britanniques, rappelant, pour les Suisses, celles qu’ils vécurent avec une certaine honte lors du grounding de Swissair le 2 octobre 2001: du soir au lendemain, la compagnie aérienne helvétique avait vu 400 avions et 40'000 passagers cloués au sol. À Thomas Cook, il aura manqué 200 millions de livres sterling (247 millions de francs) pour éviter cette liquidation brutale.

Endettée à hauteur de 1,7 milliard de livres, affligée d’une perte de 1,5 milliard de livres au premier semestre 2019 et, surtout, rescapée d’une première mort imminente en 2011, plus personne n’a voulu mettre la main au porte-monnaie, ni les banques créancières, ni le groupe chinois Fosun pourtant prêt à un rachat en juillet dernier, ni même le gouvernement de Boris Johnson.

Opération Matterhorn

La Grande-Bretagne est sous le choc. Il s’avère que la plus vaste opération de rapatriement de l’histoire du tourisme, baptisée Opération Matterhorn, devrait secourir dans les trois jours les centaines de milliers de clients de Thomas Cook, en vacances partout dans le monde, mais principalement dans le pourtour méditerranéen (Grèce, Espagne et Turquie en tête).

Ironiquement, c’est une directive européenne ATOL, en vigueur jusqu’au 31 octobre, date officielle du Brexit, qui va permettre notamment aux Britanniques de finir leurs vacances, puis de rentrer normalement par des vols d’autres compagnies. Et, pour ceux qui ne sont pas encore partis, de bénéficier d’un remboursement ou d’une offre de rechange pour leurs vacances. Ce sont quelque 600'000 clients, ayant acquis un séjour all inclusive chez Thomas Cook, qui se trouvent actuellement à l’étranger et environ 400'000 qui s’apprêtaient à partir en vacances ou en lune de miel. Au total, plus de 1 million de personnes sont donc affectées.

Très peu de Suisses touchés

Combien de Suisses parmi elles? «Certes, c’est un choc pour tout le secteur du tourisme – en raison du poids historique de ce groupe dirigé, qui plus est, par le Suisse Peter Fankhauser –, mais ses conséquences directes restent marginales dans notre pays et encore plus dans sa partie romande», répond Stéphane Jayet, vice-président de la Fédération suisse du voyage (FSV). Ce dernier rappelle qu’à l’heure actuelle seul Thomas Cook en Grande-Bretagne est en liquidation judiciaire. En Allemagne, la société fait l’objet d’une procédure d’insolvabilité et il en va de même pour la Suisse.

Selon lui, quelques centaines de personnes au maximum devraient donc être concernées. Lundi, 90 souscripteurs de l’assurance Livret ETI avaient contacté le TCS pour une demande d’assistance. À Berne, le Département fédéral des affaires étrangères affirme qu’il «ignore le nombre de Suisses frappés par la faillite de Thomas Cook» et qu’il n’organisera pas de rapatriement.

Si le voyagiste n’occupe plus qu’un rôle secondaire en Suisse, il a néanmoins eu un lien privilégié avec Genève. Thomas Cook a par exemple longtemps organisé les voyages des fonctionnaires internationaux et disposait d’une agence au sein du Palais des Nations.

Quel sort attend ces infortunés voyageurs helvétiques? «Les agences de voyages peuvent faire entrer leur fonds de garantie en action, mais les choses se compliquent vite si un séjour Thomas Cook était combiné à une autre prestation, par exemple un vol standard», précise Stéphane Jayet, qui dirige par ailleurs le tour-opérateur VT Vacances à Écublens.

Même constat de la part du président du Groupement des agences de voyages de Genève, Olivier Emch. Lui-même directeur de Executive Travel, ce dernier pointe qu’un effet indirect pourrait venir de Condor, l’une des compagnies aériennes du groupe britannique, «qui n’a cependant pas annoncé d’annulations de vols à ce jour». Basée en Allemagne, la compagnie charter a annoncé lundi matin avoir demandé un prêt relais auprès des autorités.


Zermatt proteste

Le plan d’urgence des autorités britanniques pour rapatrier les touristes lésés en raison de la faillite du voyagiste Thomas Cook fait réagir la station de Zermatt. Le village valaisan n’apprécie guère que cette opération ait été appelée Matterhorn, le nom allemand du Cervin. Pour le gouvernement britannique, l’opération Matterhorn fait référence à une campagne américaine de bombardements durant la Seconde Guerre mondiale. Zermatt estime en revanche que le nom de ce plan d’urgence fait davantage penser à son emblématique sommet.

«Le gouvernement britannique ne sait sans doute pas que Matterhorn est une marque protégée, un symbole de vacances paisibles et de qualité», écrit lundi l’Office du tourisme de Zermatt sur son site internet. Il n’en perd toutefois pas son humour. «Ce dernier voulait peut-être donner un conseil aux voyageurs affectés par cette faillite sur un endroit où ils pourraient passer des vacances sans problème à l’avenir.» ATS

Créé: 23.09.2019, 21h32

Thomas Cook copie Swissair

Dix-huit ans plus tard, presque jour pour jour, la faillite de Thomas Cook a quelques similitudes avec celle de Swissair. Non seulement elles ont frappé deux icônes nationales qu’on pensait «too precious to fail», mais, peut-être à cause de cette certitude d’incarner l’identité patriotique, elles ont sanctionné les mêmes défauts. Tant pour notre défunte compagnie aérienne que pour le voyagiste britannique, inventeur au XIXe siècle des vacances organisées, la décennie qui a précédé leur disparition a été marquée par leur soif inextinguible de s’accroître, de tout avaler, sûrs de leur puissance dans un pays qui ne saurait décemment les laisser choir. Dans les deux cas, la stratégie du chasseur a prévalu sur la réalité d’un monde qui change.

Thomas Cook comme Swissair ont multiplié les excuses: le 11 septembre 2001 pour la seconde, le Brexit et le trop beau temps pour la première, lequel qui aurait dissuadé les Européens en général et les Britanniques en particulier de chercher le chaud dans le pourtour méditerranéen. Dans les faits, la compagnie à croix blanche n’avait pas vu que la libéralisation du ciel donnait naissance à des concurrents low cost, cassant les prix et surfant sur la vague des week-ends festifs dans les capitales du Vieux-Continent. Plutôt que d’opérer les restructurations nécessaires, elle a multiplié les rachats foireux de compagnies aériennes en difficulté (pensons à Sabena).

Thomas Cook a fait preuve d’un même aveuglement. Certain que les voyages organisés restaient l’alpha et l’oméga, le groupe a vu bien trop tard qu’internet allait tout balayer, encourageant les touristes à s’organiser seuls, de la réservation du vol à celle d’un hôtel. C’est bête, mais c’est comme cela. Or, aucune loi nationale ne punit l’incompétence des dirigeants. Ne reste plus maintenant au million de clients du voyagiste anglais qu’à s’énerver et à ses 22'000 salariés qu’à pleurer.

Élisabeth Eckert

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