Une fondation romande étrille Credit Suisse

Assemblée d'actionnairesEthos déverse un flot de critiques sur les dirigeants de la deuxième banque du pays et recommande le rejet de la décharge à ses dirigeants.

La fondation genevoise Ethos fustige Credit Suisse, ses managers et ses administrateurs.

La fondation genevoise Ethos fustige Credit Suisse, ses managers et ses administrateurs. Image: REUTERS

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Dire qu’Ethos fustige Credit Suisse serait un oephémisme. En fait, la fondation genevoise déverse un véritable flot de critiques sur la deuxième banque du pays, ses managers et ses administrateurs. Trois semaines avant l’assemblée générale des actionnaires de la société, la direction d’Ethos adresse en outre un message clair à ses pairs: «Nous estimons prématuré d'accorder la décharge aux instances dirigeantes de Credit Suisse.»

Ethos recommande aussi aux autres actionnaires de refuser les rémunérations prévues, au bénéfice des membres du directoire et du conseil d’administration. Il s’agit de solides montants. Tidjane Thiam, directeur général de Credit Suisse, doit recevoir 11,9 millions de francs pour l’année 2016, après avoir touché 18,9 millions pour 2015. Ce montant incluait il est vrai 14,3 millions à titre de dédommagement. Une somme que l’assureur britannique Prudential aurait versée au Franco-Ivoirien, s’il n’avait pas repris le gouvernail à la tête de Credit Suisse en 2015. Urs Rohner, le président du conseil d’administration, doit encaisser 4 millions de francs au titre de l’exercice écoulé, contre 3,2 millions au titre du précédent.

Administrateurs exposés au risque de sanction

Ethos, et probablement un nombre appréciable d’autres actionnaires, estiment que de telles rétributions ne se justifient pas au regard des résultats de Credit Suisse en 2016. Le rapport annuel de l’établissement confesse il est vrai une perte nette de 2,71 milliards de francs. La fondation recommande en outre de sanctionner au-delà des rétributions. Ethos s'oppose ainsi à la réélection du président du conseil d'administration, Urs Rohner, ainsi que du vice-président du conseil, Richard E. Thornburgh.

Le niveau de fonds propres de la société renforce les inquiétudes d’Ethos: «Les ratios de fonds propres actuels de la banque restent insuffisants, notamment au niveau du Leverage ratio (CET1). Celui-ci se limitait à 3.2% à la fin de l’an dernier, au lieu des 3.5% requis par la FINMA (Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers), d'ici deux ans et demi.»

Des milliers de travailleurs Genevois et vaudois concernés

Les gros tracas judiciaires retiennent aussi l’attention d’Ethos. Début 2017, la banque a été condamnée aux Etats-Unis pour avoir vendu, entre 2005 et 2007, des produits financiers toxiques, c’est-à-dire avant l’éclatement de la crise financière. Cet incident a conduit Credit Suisse à enregistrer de nouvelles provisions pour un montant supérieur à 2 milliards de francs, entre décembre 2016 et mars 2017. Depuis qu’Urs Rohner a pris la présidence du conseil d'administration, en avril 2011, la banque a ainsi réalisé pour 10.9 milliards de francs de provisions et affecté 7.4 milliards à la résolution de contentieux juridiques. «Dans le même temps, l'action Credit Suisse a perdu près de la moitié de sa valeur et le nombre d'employés de la banque en Suisse a diminué d’un cinquième, à 17'020 postes à la fin de l’an dernier», regrette la direction d’Ethos

La fondation genevoise s’en prend finalement à l’argent qui devrait lui revenir en sa qualité d’actionnaire: «Nous considérons que la proposition du conseil d’administration de payer un dividende de 70 centimes par action (en espèces et/ou en actions) est difficilement justifiable, du fait même du renforcement des fonds propres, désormais requis par la réglementation.»

Rappelons qu’en étrillant ainsi Credit Suisse, Ethos vise à prendre soin des intérêts de milliers de travailleurs genevois et vaudois. La fondation genevoise, sert depuis vingt ans le financement de retraites. A cette fin, elle conseille 215 caisses de pension pour leurs votes en qualité d’actionnaires de sociétés cotées. Les clients institutionnels d’Ethos détiennent des actions suisses dont la valeur totale approche les 40 milliards de francs, soit environ 3,5% de la capitalisation boursière suisse. De ces investissements dépendent les retraites de 1,1 million d’assurés, actifs ou pensionnés, domiciliés en grande partie dans les cantons de Genève et Vaud. (24 heures)

Créé: 07.04.2017, 17h35

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