General Mills a décuplé sa taille en quinze ans à Nyon

MultinationalesLe géant américain derrière Häagen- Dazs vise les 200 employés en Suisse. Calcul fiscal? Non, conquête de l’Europe, répond sa présidente.

«Notre métier reste de proposer au consommateur ce qu’il veut» assure Bethany Quam, présidente de General Mills.

«Notre métier reste de proposer au consommateur ce qu’il veut» assure Bethany Quam, présidente de General Mills. Image: VANESSA CARDOSO

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Buffet gourmand pour fêter les quinze ans de présence à Nyon de General Mills, l’un des géants américains de l’alimentation industrielle. Tout est fait maison. La multinationale fête le décuplement de ses effectifs depuis l’installation de son siège européen sur les bords du Léman.

C’était en 2003 et le groupe du Midwest venait de mettre un pied de l’autre côté de l’Atlantique deux ans plus tôt, en rachetant Pillsbury, autre géant de Minneapolis très présent au Royaume-Uni. Ce dernier lui apportait des marques phares comme les glaces Häagen-Dazs ou les conserves Géant Vert.

La multinationale de 40'000 collaborateurs emploie aujourd’hui 177 personnes dans son siège européen nyonnais et devrait franchir «le cap des 200 salariés d’ici à la fin de l’année», promet la responsable du groupe pour l’Europe et l’Australie. «Onze postes sont actuellement ouverts», poursuit Bethany Quam, tout en proposant une barre énergétique Nature Valley. Gratuité du parking, club de gym ou «assistance à la garde d’enfant» sont également mis en avant pour attirer les «talents» dans des bureaux dont la moitié des effectifs sont féminins.

Après avoir plongé une tortilla-chips dans du guacamole en boîte Old El Paso, deux questions brûlent les lèvres des invités. Vous resterez ici après la hausse d’impôts de 2019? À quoi ressemblent ces étranges tartelettes Jus-Rol vantées sur une affiche?

Do you know «PF17»?

Alors que les parlementaires du Conseil national viennent de voter la grande réforme dite «PF17» de la taxation des entreprises, la première interrogation est plus que jamais d’actualité. D’autant que le canton de Vaud unifiera dès janvier le taux d’imposition de toutes ses sociétés à 13,78%. Probablement le double des conditions que pouvait attendre, il y a peu encore, une multinationale comme General Mills. Et ce sans compter que pendant ce temps, là-bas, «back home» aux États-Unis, l’administration Trump envisage de passer un deuxième coup de rabot sur l’imposition des bénéfices des sociétés, qui a déjà été sabrée de 35% à 21%.

Bethany Quam, a derrière elle vingt-cinq ans de maison, sur tous les points du globe. Elle maîtrise donc l’art d’évincer les chiffres qui doivent être tus. «Même avec les réformes actuelles le niveau [des impôts aux États-Unis] n’a rien à voir avec celui pratiqué ici», se borne à commenter la responsable du site. Avant d’insister, avec un sourire Ultra Brite, sur le fait que ce siège régional, loin de répondre à de simples motivations fiscales, est installé au cœur de l’Europe pour «piloter une production locale et s’approvisionner auprès de fournisseurs locaux». Son usine la plus proche est située à Vienne – au sud de Lyon. On y brasse des yogourts Yoplait.

Non, il n’y a pas que les impôts

Présent à l’événement, Daniel Rossellat, le syndic de Nyon, n’en dira pas davantage. Un bon connaisseur de la vie des multinationales de l’arc lémanique rappelle de son côté qu’en 2003, le choix de General Mills s’était porté sur Nyon. Et non sur les proches municipalités vaudoises qui, quelques kilomètres plus loin, faisaient miroiter le zéro-impôt grâce aux allégements offerts par un «arrêté Bonny», aujourd’hui disparu. Des avantages «qui ont scellé la renommée de Morges auprès de tous les fiscalistes de la planète», ironise cette source.

L’Europe vaut 2 milliards

Les impôts n’expliqueraient donc pas tout. Le renforcement, sur les bords du Léman, du siège régional de cette multinationale de 16 milliards de dollars d’activité annuelle reflète surtout sa volonté de convertir le Vieux-Continent à ses spécialités culinaires, explique sa direction.

Exemple avec la Suisse, où les barres énergétiques Nature Valley sont vendues par la Coop depuis cet été. Les chips Food Should Taste Good débarquent, elles, au Royaume-Uni. «Nous connaissons depuis trois ans une croissance explosive dans des pays comme le Royaume-Uni et la France», relate Bethany Quam. Avant de rappeler que l’Europe, où le groupe emploie 4000 personnes, représente aujourd’hui 2 milliards de dollars d’activité annuelle.

Des raisons internes expliquent également ce renforcement des effectifs à Nyon: le groupe y a déplacé l’année dernière l’ensemble des équipes en charges des approvisionnements, jusque-là installées au siège de Minneapolis. Ces employés du «sourcing», qui coordonnent par exemple les achats de lait pour les usines Yoplait du monde entier, représentent le tiers des effectifs de Nyon.

Et si on ne mange plus de blé?

Cette expansion paraît cependant menacée par la conversion tout aussi «explosive» des consommateurs européens au bio, au végane ou au sans-gluten – ce qui devrait sonner comme une hérésie pour un groupe créé par des minotiers dans le Midwest du XIXe. «Au bout du compte notre métier reste de proposer au consommateur ce qu’il veut», rétorque la présidente.

«Tous sont loin de demander du bio – ne serait-ce que pour une question de prix – et le défi est donc de multiplier les stratégies commerciales, adaptant à ces tendances nos marques actuelles, en lançant d’autres ou rachetant des sociétés», poursuit Bethany Quam. Exemple avec la reprise des Lärabar, des goûters «naturels» qui mettent en avant leurs origines artisanales à Denvers – métropole américaine très tendance. La deuxième question initiale revient à l’esprit. Et Jus-Rol, au fait? Une gamme de pâte à rouler toute prête, répond une employée, désignant de lourds feuilletés à l’aspect très américain. Parfait pour cet anniversaire. (24 heures)

Créé: 13.09.2018, 22h07

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