Le groupe Volkswagen reconnaît son soutien à la dictature au Brésil

CompromissionSelon un rapport, le constructeur a dénoncé ses salariés pour s’assurer la bienveillance d’un régime favorable aux entreprises.

L’historien Christopher Kopper vient de présenter un rapport accablant, commandé par le groupe Volkswagen lui-même.

L’historien Christopher Kopper vient de présenter un rapport accablant, commandé par le groupe Volkswagen lui-même. Image: KEYSTONE

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Lúcio Bellentani n’a rien oublié de son arrestation, le 29 juillet 1972, alors qu’il était à son poste de travail chez Volkswagen do Brasil. «Vers 23 heures, deux types sont arrivés derrière moi en m’enfonçant le canon d’une mitraillette dans le dos. Ils m’ont mis les menottes et j’ai été torturé sur place pour que je dénonce mes camarades», raconte-t-il. Ce militant communiste ne sera pas le seul parmi les salariés de l’usine à être livré par la direction pour ses activités politiques.

Lúcio Bellentani accuse aujourd’hui les responsables de l’époque de l’avoir espionné et d’avoir autorisé la police politique à le maltraiter dans l’enceinte même de l’usine. «Son arrestation s’est produite alors même que la torture était notoire au Brésil et dans l’opinion publique allemande», insiste Christopher Kopper, historien de l’Université de Bielefeld qui vient de présenter un rapport – indépendant et accablant – commandé par le groupe Volkswagen lui-même.

Le constructeur a décidé de faire la lumière sur cette époque après la mise en place en 2011 au Brésil de la Commission nationale de la vérité, chargée d’enquêter sur les violations des droits de l’homme pendant la dictature militaire de 1964 à 1985. Accusé par la justice brésilienne d’avoir soutenu le régime, Volkswagen a donc été forcé de faire le pas. Les recherches de l’historien s’appuient sur les archives de Volkswagen à Wolfsburg (siège), sur celles de la filiale brésilienne (Volkswagen do Brasil) et sur la base d’informations recueillies auprès de témoins de l’époque, comme Lúcio Bellentani.

«La surveillance des syndicats par le régime a permis de maintenir les salaires à un bas niveau»

Conclusion: les membres de la direction de Volkswagen do Brasil ont accueilli «positivement» la mise en place de la dictature en raison d’une politique plus favorable aux entreprises. «La surveillance des syndicats par le régime a permis de maintenir les salaires à un bas niveau», remarque le rapport. Quant aux dirigeants en Allemagne, ils ont fermé les yeux. Au siège de Wolfsburg, on savait que la filiale brésilienne surveillait et dénonçait les opposants politiques. La direction allemande a «clairement soutenu» le régime pour s’assurer la faveur des militaires. «La correspondance entre la filiale brésilienne et le directoire de Wolfsburg jusqu’en 1979 ne fait aucun doute (…) Le directoire s’est tu en connaissance de cause», assure Christopher Kopper.

En revanche, les soupçons qui pèsent sur une aide matérielle de Volkswagen do Brasil au centre de torture n’ont pas été confirmés par les recherches. «Il n’y a pour l’instant aucun indice qui permette de le prouver», assure l’historien. En revanche, il est très probable que le constructeur ait mis à disposition des voitures gratuitement aux cadres du régime.

Intérêts énormes
Les intérêts de Volkswagen, installé au Brésil depuis 1953, étaient énormes dans ce pays. Après le coup d’État de 1964, le constructeur détenait plus de 50% de parts de marché. Toutefois, «la suppression des principes les plus élémentaires du droit du travail a profité à tout le groupe Volkswagen», résume Christopher Kopper. Les bénéfices juteux engrangés grâce à l’exploitation des salariés pendant la dictature étaient rapatriés en Allemagne et versés aux actionnaires, dont la région de Basse-Saxe.

Au grand dam de Volkswagen, la présentation du rapport ce jeudi à l’usine de São Bernardo, au Brésil, a été assombrie par l’appel au boycott de la part de victimes réunies autour de Lúcio Bellentani. Elles reprochent à la direction de Volkswagen un manque de respect. Le constructeur a néanmoins reconnu ses torts et se dit prêt à payer des réparations. «Volkswagen reconnaît sa responsabilité morale pour actes d’injustice commis sous la dictature militaire et veut indemniser financièrement les victimes», a assuré Dieter Landenberger, le chef du département historique du groupe Volkswagen.

Mais le constructeur veut auparavant un compromis judiciaire avec le procureur fédéral brésilien, qui a ouvert une enquête sur la complicité des dirigeants de l’époque avec les militaires. Les conclusions pourraient apporter de nouvelles révélations sur le degré d’implication du constructeur dans la dictature. (24 heures)

Créé: 15.12.2017, 19h03

Articles en relation

Volkswagen limite le salaire de son président

Industrie Les dirigeants des grandes firmes allemandes sont accusés de s’octroyer des salaires mirobolants sans lien avec leurs résultats Plus...

Volkswagen accélère la mort du diesel à Detroit

Industrie Après avoir été voué aux gémonies en 2015 chez l’Oncle Sam, à cause du dieselgate, le constructeur allemand transforme un de ses véhicules mythiques en version électrique. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.