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La «Health Valley» lémanique tient une nouvelle licorne

Fondée en 2012 par Chris Martin et Michael Forer, ADC Therapeutics s’est spécialisée dans le développement de médicaments contre le cancer.

«Nous avions choisi de nous installer à Lausanne en concertation avec notre principal actionnaire, Auven Therapeutics», explique Chris Martin, CEO d’ADC Therapeutics.
«Nous avions choisi de nous installer à Lausanne en concertation avec notre principal actionnaire, Auven Therapeutics», explique Chris Martin, CEO d’ADC Therapeutics.
Patrick Martin

Après plusieurs mois relativement calmes en termes d’annonce, les affaires s’accélèrent pour les jeunes pousses suisses en ce début d’automne. Après Lunaphore (6 millions de francs) et Aleva (13 millions), ADC Therapeutics annonçait lundi matin avoir encaissé 200 millions de dollars (196 millions de francs), soit la plus importante levée de fonds en Europe depuis 2015. Installée au sein du Biopôle d’Epalinges, cette start-up enchaîne les tours de table depuis trois ans, dont 80 millions en septembre 2015 et 105 millions il y a un peu plus d’un an.

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En tout, ADC Therapeutics est ainsi parvenue à lever 455 millions de dollars. Au vu des montants encaissés, même si sa direction ne souhaite pas fournir de chiffres précis, cette dernière confirme une valorisation de la société supérieure au milliard. Avec MindMaze (entreprise utilisant la réalité virtuelle pour la rééducation motrice), l’arc lémanique détient donc sa deuxième «licorne», soit une start-up qui, sans même être cotée en Bourse, vaut déjà un voire plusieurs milliards de dollars.

Un développement accéléré

A l’origine de cette entreprise développant des traitements contre certains types de cancer, deux hommes, Chris Martin et Michael Forer, mais aussi une société de capital-investissement axée sur l’industrie de la santé: Auven Therapeutics. Cette dernière a contribué au financement de la jeune pousse dès sa fondation, en 2012. «Le fait d’avoir pu, dès le départ, compter sur le soutien d’un actionnaire d’une telle envergure s’est avéré être un avantage énorme pour nous, notamment lorsqu’il fut question d’aller chercher d’autres investisseurs (ndlr: comme le géant de la pharma Astra­Zeneca)», confirme Chris Martin, aujourd’hui CEO d’ADC Therapeutics.

L’autre avantage majeur de la jeune société concerne le champ d’action des médicaments en cours de développement dans ses laboratoires. «Nous sommes en train de travailler sur des traitements destinés à des patients sans plus aucune autre option thérapeutique», explique son CEO. Contrairement à un médicament classique, qui nécessiterait des milliers de patients testés, des années de travail et des montants faramineux en R&D, les composés mis au point par ADC Therapeutics devraient bénéficier d’une procédure d’examen accélérée par les autorités de la santé puisqu’ils répondent à un besoin de traitements vitaux pour les malades. ADC Therapeutics devrait donc parvenir à les commercialiser plus rapidement. Les deux premiers médicaments, destinés à soigner les cancers du système lymphatique (lymphome hodgkinien et non hodgkinien), devraient ainsi arriver sur le marché juste avant 2020.

Cette rapidité d’action – qui permet également à la société de limiter ses coûts – s’est logiquement répercutée sur la stratégie de croissance mise en place par la direction d’ADC Therapeutics. Cette dernière a en effet choisi de multiplier les études cliniques. De quatre cette année, elle passera à six essais d’ici au milieu de l’année prochaine, puis à huit dans les dix-huit mois à venir.

Siège sur les hauts de Lausanne

Actuellement, ADC Therapeutics exploite trois laboratoires en Grande-Bretagne. Une petite équipe de chercheurs est également installée dans le New Jersey, aux Etats-Unis. «Nous sommes aussi présents à San Francisco pour gérer les sous-traitants qui y produisent nos solutions médicamenteuses», explique Chris Martin. Sur les 66 employés que compte actuellement l’entreprise, seulement une quinzaine est basée à Epalinges. En plus de la direction, le site lausannois accueille les services juridiques et financiers du groupe, ainsi qu’une petite équipe qui gère les essais cliniques de l’entreprise en Europe.

Du coup, la question de la pertinence de la présence d’ADC Therapeutics dans la capitale vaudoise se pose. «A l’origine, nous avions choisi de nous installer dans cette ville en concertation avec notre principal actionnaire, Auven Therapeutics (ndlr: cette dernière compte une filiale basée à Lausanne)», précise le CEO.

Après plusieurs années de présence en Suisse, Chris Martin semble être attaché à son siège lausannois. «L’écosystème suisse, très favorable au secteur de la pharma, est devenu un atout très important pour nous», reconnaît-il sans pour autant évoquer de partenariats stratégiques avec une entité comme l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). ADC Therapeutics compte même agrandir son équipe sur les hauts de Lausanne, en passant de 14 à 17 personnes d’ici à la fin de l’année, voire à une vingtaine en 2018 suivant l’évolution des affaires. «Et, en se serrant un peu, nous avons de la place pour environ 25 personnes», estime déjà son patron.

Face aux agences de régulation

Sans compter le lancement de nouveaux tests cliniques et le développement de ceux en cours, la direction se prépare à la prochaine étape, qui se résume à aller démontrer l’efficacité et la fiabilité de leurs traitements aux diverses autorités de régulation, comme la toute-puissante FDA (Food and Drug Administration) américaine ou l’Agence européenne des médicaments. «C’est une étape extrêmement longue (entre six et douze mois) et surtout coûteuse», explique le CEO.

Les prochains mois seront donc critiques pour l’entreprise, qui annonce déjà qu’une nouvelle levée de fonds sera nécessaire pour aboutir à la commercialisation de son premier médicament. Estimant la capacité de revenus de chaque solution à 1 milliard de dollars, ADC Therapeutics pense pouvoir être capable de s’autofinancer une fois ses deux premiers traitements lancés.

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Un écosystème de start-up toujours aussi dynamique

Avant l’importante levée de fonds bouclée lundi par ADC Therapeutics, le sentiment était que le tissu romand de start-up, particulièrement dynamique ces dernières années, connaissait un petit coup de mou en 2017. Jordi Montserrat, codirecteur de Venture Kick et responsable romand de Venturelab, contredit cette impression. Interview.

De quelle manière avez-vous accueilli la nouvelle, lundi, concernant ADC Therapeutics?

Ce type de nouvelles est toujours positif, bien sûr, notamment parce qu’elle montre que la Suisse figure sur la carte des pays les plus dynamiques dans le secteur de la pharma. Maintenant, il faut relativiser l’importance des montants en jeu, puisqu’ils sont dans les normes propres à la biotech. Je regrette par contre qu’il ne s’agisse pas d’une société ayant aussi sa recherche en Suisse.

Mis à part les 200 millions de dollars levés par cette société lausannoise, est-il correct de penser que le climat a été moins favorable aux start-up en Suisse?

Non, le dynamisme de ces dernières années perdure, notamment avec la création de nombreuses jeunes pousses en 2017. Il est donc faux de penser que nous sommes entrés dans un cycle baissier ou dans une quelconque phase post-bulle pour nos start-up. Et cela même si, en termes de volumes d’argent, faute de très grosses autres levées de fonds, il est possible qu’à Venture Kick, nous ne battions pas cette année un nouveau record… mais l’année n’est pas terminée!

Est-ce que cette situation est à attribuer au manque d’investisseurs suisses?

Remettons les choses en perspective en signalant que cette problématique n’est pas propre à la Suisse mais concerne également de nombreux autres pays européens, dont les start-up font aussi appel à des investisseurs étrangers pour les grosses levées de fonds. Il faut comprendre également qu’un tour de table ne se limite pas à une simple question nationale mais que les enjeux sont mondiaux, surtout lorsqu’une start-up veut étendre son champ d’action à d’autres marchés. Cela étant dit, l’objectif est clairement que les fonds en provenance d’acteurs suisses augmentent ces prochaines années et viennent s’ajouter – et non pas se substituer – à ceux provenant de l’étranger. Ils contribueraient de la sorte à renforcer notre écosystème toujours aussi prometteur de start-up. O.W.

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